I. Serrano Canete
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tient surtout à ses proportions réduites, au fini des moindres détails, à la délicatesse du trait, à l'harmonie des couleurs. Miniature qui, dans cette galerie du théâtre espagnol où la prolixité est de règle, surprend par son charme discret, par sa retenue de bonne compagnie, par une finesse qui n'empêche pas la vigueur. Miniature enfin dont l'art s'était assez simplifié pour plaire au peuple, miniature dont la place n'est point forcément dans un musée, mais assez claire dans son dessin, assez nette dans ses contours, assez lumineuse dans son coloris, jDOur qu on ait pu sur un tréteau 1 exposer aux regards d'une multitude.
Il n'est point certain que Y auto de Ferruz ait tenu longtemps la scène. Peut-être n'a-t-il guère survécu aux circonstances qui en avaient provoqué la naissance. Sans doute Augustin de Rojas Villandrando, dans le Viaje entretenido'^ prête au comédien Rios le récit burlesque d'un spectacle de village où l'on jouait précisément un Auto de Gain y Ahel, et cette circonstance donnerait à penser que, une trentaine d'années après la date de sa composition, près de dix ans après la mort de son auteur, la pièce de Ferruz aurait encore figuré au répertoire des troupes de campagne. Mais n'y avait-il qu'un seul auto où le meurtre d'Abel ait été représenté .^^ Celui de Ferruz, en tout cas, veut, pour être joué, une troupe d'au moins trois acteurs, même si l'on supprime l'apparition finale de La Mort ; or, les héros de l'aventure contée par Rojas Villandrando forment tout juste la paire; il est manifeste, après cela, que Ferruz n'était pour rien dans leur spectacle, bien que le village où ils l'ont impiovisé se trouvât non loin de Valencia sur la route de Saragosse.
Ce qui semble vrai, c'est que l archevêque de Ribera, malgré des collaborations aussi précieuses que celles de Timoneda et de Jaime Ferruz, n a point réussi à implanter à Valencia la coutume des autos sacranientales. La tradition fut plus forte
I, Madrid, 1901. (Colecciôn de tibros picarescos, l, 122-123.)
2^0 l'art dramatique a valexcia.
que sa volonté. Longtemps encore, et pour le moins jusqu'à la fin de son épiscopat, on s'en est tenu, pour célébrer la Fête-Dieu, aux mystères indisènes, le « Mystère du roi Hérode », le a Mystère de saint Christophe », le « Mystère d'Adam et d'Eve », et à d'autres du même modèle dont le texte ne nous est point parvenu. Ils étaient écrits en valencien et ils ne se référaient point spécialement au culte eucharistique, mais ils étaient nés sur place, et il n en fallait pas davantage pour que leur vertu fût efficace. On a joué des aiilos sacramentelles à Valencia comme on en a joué dans lEspagne entière, mais peut-être en a-t-on joué moins qu'ailleurs et ils ont été pour la plupart importés de Castille. Parmi les innombrables variétés du genre dramatique, il n'y en a guère qui ait été moins assidûment cultivée sur les rives du Turia.
Etrange contradiction ! Au moment où dans la plupart des régions d'Espagne le théâtre édifiant prenait volontiers, par les progrès de Vaiito sacrarnental, une forme abstraite et dogmatique, à Valencia, vers la fin du seizième siècle, il s'est inspiré des circonstances locales plutôt que du dogme. Le particularisme de l'art dramatique nes'y est jamais plus clairement manifesté que dans la matière qui par son universalité semblait devoir l'en préserver. De Timoneda à Târrega ou Aguilar, c'est un changement complet. L'un, par ses allégories et ses paraboles, mettait l'auditoire en présence des vérités essentielles de la foi. Les autres, quand d'aventure ils se soucient de faire œuvre pie, portent au théâtre, non plus les vérités éternelles dans leur pureté à peine voilée par un symbole, mais des épisodes qui en sont des applications de détail, limitées dans le temps et dans l'espace, circonscrites au cas d'un saint homme de la région ou d'un miracle familier. L'action de grâce, Vex-voto en remerciement d'un danger évité ou d'une faveur accordée prenaient tout naturellement à Valencia la forme d'un spectacle dramatique. Ainsi procède, vers i588, le pieux Ausias Izquierdo. La vierge du Puig avait accompli pour lui et son frère un miracle. Il ne se crut pas quitte envers elle pour lui avoir consacré quelques écrits d'his-
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toire et de poésie religieuses. Il fit encore imprimer, en iSSg, chez les héritiers de Juan Navarro, une « Représentation d'un miracle de la Vierge du Rosaire », où il mettait en scène son aventure et celle de' son frère. De son œuvre, aucun exemplaire n a pu être retrouvé, mais les indications d un bibliographe valencien* permettent den deviner le caractère. C était une anecdote édifiante, ce n'était pas sous la forme dramatique l'exposé d un mystère de la foi.
Y>'aiitos sacrai nenlales qui puissent passer pour valenciens, un seul nous est connu postérieurement à Timoneda et à Ferruz. 11 s intitule Auto del (Jolnienar et il s'abrite sous le nom du chanoine Târrega. Qu'il soit véritablement son œuvre, on en peut discuter. Rien ne prouve en tout cas, puisqu'il a été impiimé à Salamanque où en effet le chanoine avait passé dans sa jeunesse, qu'il ait été représenté à Valencia. Par suite, il intéresse moins 1 histoire de l'art dramatique dans notre ville que 1 étude particuHère d'un auteur, et, comme le seul exemplaire connu en a été égaré, il semble qu'il ne doive pas, de longtemps, prendre place dans la lignée des œuvres valenciennes.
Dès l'époque de Târrega, la comedia avait établi à Valencia son empire. C est sous cette forme nouvelle que le théâtre religieux s'y manifestera de préféience. Gaspar Aguilar, Guillén de Castro, Ricardo de Turia ont fait représenter des comedias d lo divino, ils n'ont pas composé un seul auto sacramental. Comedia, et non auto, ainsi doit être qualifiée, malgré le soustitre qu'elle porte, une œuvre dramatique, La Passio de Chrisfo, nostre Senor, conservée dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Madrid. Elle s'ouvre par le tableau de la Cène. Jésus-Christ convie ses disciples au repas symbolique,
Jésus : Dexeblas', sens mes tardailas pasquas vull selebrar, haont sera lo fill de Ueu prehit y posât en Cre'u...