‹ L'art du boyaudierChapitre 11 sur 16 · DES BOYAUX DE DIVERS ANIMAUX · texte numérisé non relu

DES BOYAUX DE DIVERS ANIMAUX

Tout ce que nous avons dit jusqu’à présent a rapport aux boyaux de bœufs, les fabricans n’en ayant pas soufflé d’autres. Celui de cheval peut supporter cette opération, et se comporte , en suivant le procédé usité, comme avec le réactif, de la même manière que le boyau de bœuf. Il est plus dur que ce dernier , et tient bien le vent comme disent les ouvriers. Il est préparé ordinairement pour être filé sous forme de grosses cordes. Nous exposerons , dans la seconde Partie de notre travail , le procédé qui est suivi pour eet effet.

Le boyau d’âne a été préparé des deux manières, comme celui de cheval, et a offert les mêmes résultats que celui de bœuf, excepté qu’il ne peut être soufflé. L’air dilate pour ainsi

dire les pores de l’intestin , le pénétré , et ü crève en différens endroits. Il n’est pas usité ; seulement on le mêle quelquefois avec le boyau de cheval dans la fabrication des cordes , qu’il n’améliore pas.

Celui de veau peut être insufflé; mais il est d’un prix trop élevé , attendu qu’il sert d’aliment, et d’ailleurs d’un tissu trop faible pour être utilisé comme boyau soufflé. Nous n’avons rien observé de particulier dans sa préparation, qui a été semblable à celle du boyau de bœuf, c’est-à-dire selon la méthode usitée et selon notre procédé.

Il nous a été impossible de nous procurer du boyau de mulet , qui probablement tient le milieu entre celui de l’âne et celui de cheval.

La membrane muqueuse est plus facile à détacher dans le boyau de cochon , car on n’a pas besoin de fermentation pour y parvenir. Du reste , nous l’avons travaillé de la manière indiquée pour le boyau de bœuf. Le dégraissage se fait plus facilement que sur ce dernier. Rien de particulier n’a été observé dans sa préparation , si ce n’est qu’il tient le vent très-difficilement, vu sa finesse extrême.

Les boyaux de chien et de chat nous sont arrivés très-fétides. Nous les avons mis dans une quantité suffisante de réactif et d’eau , ils se

sont dépouillés très-facilement au bout de quelques heures, et ont supporté le soufflage (i). L’odeur a été instantanément détruite. Le boyau est très-solide et très-beau. Une chose digne de remarque, est que les intestins de ces deux animaux ont la membrane péritonéale très-épaisse, et la membrane muqueuse mince, tandis que chez les herbivores , au contraire, la membrane externe est comme une pelure d’oignon , et l’interne très- épaisse (2). Cela tiendrait-il à la nature des alimens qui, chez les herbivores, est plus dure, et les intestins sont-ils obligés en conséquence de se contracter plus violemment et plus long-temps que chez les carnivores, où le travail pour l’animalisation des alimens est plus facile? La physiologie résoudra cette question : en nous en occupant plus long -temps, nous croirions sortir de notre sujet.

(1) Les intestins de chat, préparés par fermentation et ensuite soufflés , ont beaucoup moins de force que ces mêmes intestins préparés par notre méthode. Le docteur Ducamp , qui a fait une très -ingénieuse application de ces boyaux pour dilater le canal de l’urètre , a vérifié cette observation.

(2) Ce fait 11e se trouve pas consigné dans une foule d’ouvrages sur l’anatomie , que nous avons consultés , et le savant M. Cuvier n’en fait pas mention dans son Traité dé anatomie comparée.

Les autres espèces d’intestins, tels que ceux de mouton et de chèvre , si nous pouvons nous en procurer, seront traités en leur lieu; nous reviendrons aussi sur ceux de cheval , de chien et de chat , et sur le moyen d’en fabriquer des cordes.

Description d’une fabrique de boyaux insufflés , comme nous croyons que la salubrité publique devrait V exiger.

Page 1