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SUR

LART DU BOYAUDIER.

Giï connaît, dit Fourcroy, l’aversion et le dégoût de tous les hommes pour les matières animales corrompues, l’impression fâcheuse qu’elles produisent sur leurs organes, et la répugnance que la vue et l’odorat ressentent air seul aspect de ces matières. Ce grand maître avait sûrement observé la putréfaction de toutes les parties des animaux , et avait reconnu que les intestins occupent le premier rang parmi elles , par la fétidité insupportable qu’ils répandent très-promptement quand ils se trouvent amoncelés, comme on le voit dans les fabriques de boyaux insufflés. Ce foyer d’infection , pour ainsi dire permanent auprès de la capitale , devait exciter la sollicitude d’un administrateur philantrope, éclairé par les avis du Conseil de salubrité 3 qui compte dans son sein des hommes versés dans toutes les connaissances et animés des plus nobles

sentimens : c’en était assez pour porter ce magistrat à réveiller le zèle des amis des arts , qui cherchent à étendre leurs progrès en s’instruisant eux-mêmes.

Pour donner un attrait plus honorable encore aux artistes ou aux savans, il a voulu faire juger les améliorations sollicitées par la Société d’Encouragement pour l’industrie nationale, à qui les arts doivent une grande partie des progrès dont ils se sont enrichis depuis vingt ans, et qui honorent la nation française aux yeux de l’univers.

Le sujet du prix a été exposé en ces termes :

ire. Question. « Trouver un procédé chimique » ou mécanique pour enlever la membrane mûri queuse des intestins traités dans les boyauderies, y» sans employer la macération , et en s’opposant » à la putréfaction. Décrire la manière de préparer » les boyaux par insufflation.

2e. Question. « Indiquer les moyens les plus » simples et les plus économiques de préparer les » différentes espèces de cordes à boyaux , sur-tout » les cordes destinées aux instrumens de mûri sique . »

Ces deux questions nous tracent la division de notre travail , que nous séparons par conséquent en deux parties.

La première traite de tous les boyaux insuf-

fiés et de leur mode de préparation actuel, minutieusement décrit peut-être ; mais il nous a paru que , dans un art qui n’a pas encore occupé les savans, on ne devait négliger aucun détail. M. Guersent, docteur-médecin, est le seul, à notre connaissance, qui ait écrit sur cette matière (i). Il a bien décrit ce qu’il a vu , mais son travail est incomplet et offre des inexactitudes: ce qui ne nous empêche pas de lui rendre la justice qu’il mérite. Il est entré le premier dans la carrière et n’a pu voir que la superficie ; le dégoût , le manque de temps peut-être , et les mystères que les ouvriers font de leur art , ont dû y contribuer. Notre amour-propre trouverait de l’avantage à laisser croire que le Mémoire de M. Guersent renferme toutes les opérations pratiquées jusqu a cette époque, età donner à penser que tout ce que notre écrit renferme de plus, est une série d’améliorations qui nous sont dues ; mais ce serait manquer à la vérité. Toutefois , outre plusieurs autres améliorations qu’on devra à nos efforts, la plus importante est celle qui remplit le premier paragraphe du prix proposé , c’est-à-dire la fabrication des boyaux insufflés, sans putréfaction, et même en la détruisant si ce mouvement d’infection existe.

( i ) Voyez Annales des Arts et Manufactures , tome 52 .

La deuxième partie de notre Mémoire traite de toutes les cordes filées, dont nous donnons le mode de préparation . Aidés, comme nous l’avons été par le Dictionnaire encyclopédique , qui offre d’assez longs détails sur l’art de fabriquer les cordes à instrumens, nous croyons cependant avoir porté quelques lumières sur cet objet, soit en donnant une description exacte de cet art, après nous être assurés de tous les procédés connus, et les avoir répétés par nous-mêmes, soit encore par nos expériences, lesquelles nous ont conduits à pouvoir fabriquer à Paris des chanterelles qui, nous l’espérons, seront jugées pour le moins aussi bonnes que celles de Naples. Nous avions pour arriver à ce point un grand obstacle à vaincre dansla grosseur des moutons consommés à Paris, grosseur bien supérieure à celle des moutons consommés à Naples : nous avons eu le bonheur de le surmonter, et nous sommes parvenus à faire avec de gros intestins des chanterelles fines ; ce qui n’avait pas encore été effectué en

France.

Malgré le résultat fort avantageux dont nous venons de parler, nous n’avons pas la prétention d’avoir porté cette partie de l’art à son dernier degré de perfection : nous sommes convaincus, au contraire, que nous ferions encore mieux en fabriquant en grand dans un local appropiié,

ayant tous les ustensiles convenables ; et avec un choix d’intestins qu’on ne peut pas obtenir dans un travail en petit. Toutefois la Société ne peut juger que nos échantillons , et nous ne demandons pas qu’on nous croie sur parole.

Le résumé de cette seconde partie se trouve dans le tableau de la force comparative de nos chanterelles avec celles de Naples de même dimension. Nous n’avons pas cru devoir envoyer d’autres grosseurs de cordes à instrumens , ayant prouvé que toutes (excepté les chanterelles) sont depuis très -long- temps aussi bien préparées à Paris qu’à Rome ou à Naples, et le programme ne voulant qu’un point de comparaison entre celles qui viennent d’Italie et celles que nous fabriquons. Sans cette raison que nous avons voulu respecter, nous aurions prouvé qu’en suivant notre méthode on parvient facilement à les faire meilleures.

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