Dessication
Le panier est porté près du séchoir, qui est formé de longues perches en bois, clouées horizontalement sur des piquets en bois, de 5 à 6 pieds de haut, et scellés de loin en loin dans la terre. Les boyaux sont étendus de manière qu’ils ne se touchent point. On les laisse à l’air jusqu’à leur parfaite dessication, ce qui demande plus ou moins de temps, selon la saison et le nombre de ligatures, celles-ci étant plus longues à sécher , et aussi selon qu’ils sont plus ou moins bien dépouillés de la membrane muqueuse et de la graisse; en général il faut de deux à cinq jours.
Si le temps est pluvieux, on est obligé de les
( So )
porter sous des hangars ou au grenier, pour éviter qu’ils ne pourrissent.
Si le soleil est trop ardent, on a à craindre que la dilatation de l’air qu’ils contiennent ne les fasse déchirer, alors on les met sous un hangar. Le vent peut, en les froissant les uns contre les autres, les faire trouer, et on les en garantit le mieux possible. On évite aussi la gelée avec le plus grand soin , ce dernier état de la température leur étant également nuisible.
8°. Dèsinsufflation .
Une fois la dessication opérée, les boyaux sont portés dans une pièce humide, espèce de cellier: là des ouvrières tenant dans la main droite une paire de ciseaux prennent les intestins , les percent avec la pointe de cet instrument pour chasser l’air, et coupent avec les ciseaux, le plus près possible de la ligature , la portion de hoyau qui n’a pas été soufflée, et ainsi de suite à chaque point d’attache, en pressant successivement dans toute la longueur pour chasser l’air.
q°. Aunage.
Lorsqu’on a une certaine quantité de boyaux de dessou/lés , l’ouvrière les mesure par paquets de quinze aunes , dont elle fait une espèce d écheveau très-large, qu’elle attache avec le bout du
boyau , de manière qu’à l’endroit de la ligature celle-ci offre une sorte d’anse destinée à les enfiler dans une broche en bois. On laisse ces paquets dans le cellier pour qu’ils s’imprégnent bien d’humidité , ceci est indispensable pour la réussite de l’opération suivante.
io°. Soufrage.
Le soufroir est de diverses dimensions selon l’importance de la fabrique, je le suppose de 6 pieds de haut et de 5 pieds en tous autres sens. On met à la partie supérieure cent paquets ou davantage de boyaux enfilés par leur anse, à un ou plusieurs bâtons, et encore très-humides; s’ils ne le sont pas assez, on les asperge d’eau avec un balai , qu’on trempe de temps en temps dans ce liquide. On pose à la partie inférieure une terrine contenant environ une livre de fleur de soufre; on jette dessus des charbons allumés et on ferme la porte, sur les jointures de laquelle on applique des bandelettes de papier enduites de colle , ou plus souvent on bouche les interstices avec de la terre délayée dans l’eau, àu bout de quelques heures, on ouvre la porte , et après le temps nécessaire pour laisser dégager les vapeurs d’acide sulfureux, on retire les boyaux.
Cette opération n’a été appliquée aux boyaux
de bœufs que depuis i8i4- Les boyaudiers qui travaillent les intestins de moutons l’ont faite les premiers, et la plus ancienne fabrique de boyaux soufflés , malgré la routine, a été obligée de l’adopter ensuite ; car outre l’avantage qu’elle a de blanchir le boyau , elle a encore celui de détruire en partie l’odeur, et d’empêcher que les mites ne l’attaquent aussi facilement, quand il est mis en paquets et ceux-ci livrés au commerce. Ce procédé est une très-grande améliorai ion pour l’art qui nous occupe.
Depuis long-temps, on blanchit la colle de poisson par le même moyen.
ii°. Ployage,
Les boyaux soufrés sont rapportés au cellier. Etant suffisamment humides , l’ouvrier prend un des paquets, choisit le bout qui présente les ligatures les plus rapprochées, en fait plusieurs doubles de 6 à 8 pouces de long , et ensuite entortille à l’entour le restant du boyau, qu’il arrête à la fin , en faisant passer le bout sous le dernier pli. Le paquet présente la forme d’un fuseau effdé par les deux bouts.
Cela opéré , les paquets sont portés au magasin , et mis dans des cases aérées qui en contiennent cinq cents. Pour les livrer au commerce , on les emballe dans des sacs qui contiennent la
même quantité , on y ajoute clu poivre , du camphre, etc.
Nous avons eu occasion d’en expédier une assez grande quantité en Portugal , ils ont été emballés dans des tonneaux ayant contenu de l’esprit de vin. Ce n’est qu’un an après que la vente a pu s’en opérer, et ils se sont trouvés aussi parfaits qu’en sortant de la manufacture.
Nous croyons n’avoir omis rien d’essentiel dans la description de l’art de fabriquer les boyaux soufflés , qui , presque dans toutes ses opérations , est accompagné d’une grande fétidité : aussi une fabrique de boyaux de bœufs, pour peu qu’elle soit considérable , répand-elle au loin une odeur infecte, et son voisinage estil des plus incommodes; on la fuit, et elle devient l’objet de plaintes fréquentes adressées à l’autorité. Ces plaintes sont fondées; cependant les ouvriers qui travaillent dans ces fabriques doivent vivre, et leur art, quelque dégoûtant qu’il soit , est une branche de revenu pour la France et sous ce rapport doit être protégé : c’est dans l’intérêt de ces ouvriers que nous avons entrepris des expériences ayant pour but de faire faire quelques progrès à l’art qu’ils exercent , et de rendre supportable le voisinage des fabriques.
Ces expériences ont été assez nombreuses : nous allons en citer quelques - unes qui n’ont pas été couronnées de succès, mais qui serviront à empêcher qu’on les tente de nouveau; à la suite viendra celle qui nous a constamment réussi en petit comme en grand, et qui, vu la modicité du prix du réactif, est toujours applicable; nous déduirons , en second lieu , les raisons qui nous font désirer que ce réactif composé reste inconnu. Nous espérons que ces raisons seront appréciées par ceux à qui nous les soumettons. Ensuite nous indiquerons la différence que présentent les intestins des herbivores et des carnivores dans la préparation des boyaux soufflés , et enfin nous terminerons cette première partie de notre Mémoire par l’exposé des améliorations dont l’art du boyaudier nous paraît susceptible.