LE COMPLET DÉVELOPPEMENT DU CHANT FRANÇAIS AU XVIP SIÈCLE
Evolution de TAir de Cour Développement de l'Art du Chant
Entre i63o et 1640, une évolution se produit dans le chant français. Les maîtres de la première période de l'air de cour sont morts, Guédron en 1625, Mauduit en 1627, Gabriel Bataille en i63o. Le Bailly ne meurt qu'en 1687, mais depuis un assez grand nombre d'années il ne chante plus en public. Antoine Boesset jouit toujours de la faveur et de l'estime générale; mais il est assez significatif que de i632 à 1642 il semble ne rien avoir publié ('). Dans la dédicace au roi du 9* livre d'airs à quatre et cinq parties (1642) il allègue son grand âge qui l'empêche de produire autant que précédemment (^).
(}) Dans o L'avis au lecteur», du g» livre, Ballard dit que pendant dix ans Boesset avait refusé de rien faire imprimer et qu'il n'a cédé qu'aux instances des personnes de considération.
(*) «Mais, sire, mon aage qui s'advance me fait perdre peu à peu les chaleurs de la jeunesse et diminue la gayeté qui est nécessaire à l'embellissement des airs, en telle sorte que je ne puis les produire en si grand nombre que je faisais lorsque j'estois en la force et en la vigueur de mes premières années.» — Il
Mais quand on examine ce recueil, ainsi que celui qui parut l'année suivante avec tablature de luth('), on est frappé de la différence de style que dénotent certains airs en comparaison de ceux des recueils précédents.
On peut donc admettre, avec quelque chance de vraisemblance, que le silence de Boesset était dû en partie à une certaine évolution de ses principes artistiques. On attribue généralement à Pierre de Nyert la réforme qui s'opéra, à ce moment, dans le chant français. Bon musicien, doué d'une belle voix, ce gentilhomme avait eu en i633 l'occasion d'assister à Rome aux représentations d'opéras données par les Barberini et d'étudier le chant italien. A son retour en France il résolut « d'ajuster la méthode italienne avec la française » (^). Il semble, en effet, qu'il ait exercé une influence considérable à ce point de vue Pourtant il faut aussi considérer qu'auparavant déjà la connaissance de la musique italienne commençait à se répandre en France (^j.
En outre, antérieurement à cette époque, un certain nombre de savants et de musiciens de différents pays correspondent entre eux sur les principes de la musique et différentes questions de technique. Mersenne entretient des rapports épistolaires suivis avec J.-B. Doni, dont il a peut-être déjà fait la connaissance en 1622, lorsque Doni accompagna à Paris le légat du pape, Ottavio Corsini, lui-même grand amateur de musique. Ils échangent des remarques sur le chant français et itahen, sur le style d'opéra. [Doni promet d'envoyer à Mersenne la fameuse « plainte d'Ariane », de Monteverdi (*>. Les remarques
demande ensuite que son fils lui succède dans sa charge, comme il a lui-même dans le temps succédé à Guédron. Quant à lui, il emploiera ce qui lui reste de vie oen des compositions plus sérieuses, pour servir aux dévotions de Vostre Majesté, pour chanter ses victoires.»
(') Il est intitulé seiiième livre. C'est donc une toute autre série. (Exemplaire Bibl. Sainte-Geneviève.)
(*) Maugars, Response faite à un curieux sur le sentiment de la musique d^Italie. Edit. Thoinan, i865.
(8) V. H. Prunières, Uopéra italien en France, p. XLIII.
(*) Je vous envoyerai un exemple de l'Ariadne, qui n'est pas tout le drame (car il n'a pas été impriméj, mais sa principale partie, sçavoir ou la complainte ou la première scène, laquelle est véritablement très bien faicte et la meilleure pièce que nous ayons en ce genre. » (B. N., f. frs. n. acq. 26o5, p. 571).