‹ L'art du chant en France au 17e siècleChapitre 16 sur 40 · ID · texte numérisé non relu

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et basses alternativement pour signifier aux yeux ce qui ne doit s'adresser qu'à l'oreille, c'est une chose tout à fait badine et puérile » (*).

Ni Lambert ni LuU}^ n'échappent tout à fait à ce travers, du reste très ancien. Quelquefois les compositeurs savent s'en servir habilement, ainsi J.-B. Boesset dans un récit du Ballet de la Raillerie :

Je

(le? - cends, je

(ies - cends du sa - cré val - Ion.

et nous verrons un peu plus tard que Sicard dans ses airs à boire sait en tirer des effets très comiques.

Notons, en passant, une phrase descriptive du même Sicard dans un de ces airs(^) :

nuit et

Bacilly n'est guère intéressant comme compositeur d'airs sérieux, nous le retrouverons comme auteur de chansons. Cambert a écrit quelques airs de caractère tendre et langoureux, témoin ce joli début :

^^^E^r^ÀE^

tant lie jours tant de nuits

(*) Remarques curieuses, p. 123.

(*) Livre V des Airs de Sicard.

(3) Bal lard, L. IV, p. 22.

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Mais il n'est pas à mettre sur la même ligne que Lambert, Le Camus ou De La Barre.

D'Ambruys nous occupera surtout lorsque nous aurons à parler des agréments du chant (').

En jetant un coup d'oeil rétrospectif sur les principaux compositeurs de musique vocale du deuxième tiers du XVII^ siècle on constatera que, malgré un certain air de famille, chacun d'entre eux a des traits qui le distinguent et, d'autre part, l'on sera forcé d'avouer qu'ils ont fait faire de grands progrès au chant français.

Mais tout le monde ne pouvait pas chanter des airs sérieux ou de facture artistique ; pour les uns ils étaient trop difficiles, pour d'autres ils demandaient une voix trop étendue. Ceux-là préféraient la chanson, plus simple à apprendre et à retenir, et plus facile à dire. L'éditeur Ballard, il est vrai, qui avait le monopole de la musique vocale, était un peu embarrassé de contenter tout le monde en fait de chansons. Les maîtres de chant lui reprochaient de publier des chansons qui n'étaient d'aucune valeur pour l'enseignement du chant ; les dames craignaient les paroles trop lestes ; d'autres voulaient surtout avoir du neuf (-). Enfin, Ballard croit avoir trouvé l'homme qu'il lui faut pour la composition des chansons; il l'explique à ses lecteurs dans une de ses préfaces : « Je scay, dit-il, que le livre de chansons à danser que j'a}- coutume d'imprimer tous les ans n'a pas eu grande approbation de ceux qui enseignent la méthode de chanter et que n'y trouvant pas assez de matière pour entretenir le commerce de leur profession ils l'ont jusqu'ici traité de Provincial. Il est vray qu'à dire les choses comme elles sont^ il est impossible que dans le nombre de quarante chansons ou environ qu'il contient d'ordinaire il n'y en ait beaucoup de faibles, et sans doute il vaudroit mieux qu'il y en eut moins et qu'elles fussent d'égale force, si je n'étais obligé

(*) A noter cependant que dans le XIII" livre de Ballard ^lô;©) on trouve un air de d'Ambruys en chaconne.

(*) Dans la préface du Xlh livre de chansons pour danser et pour boire (lôSg) l'éditeur dit: « j 'employé ceux que je cognois y avoir le plus d'invention afin d'en donner des plus nouvelles, comme j'ai fait particulièrement en celuy-ci, où j'ay supplié Monsieur Macé d"en vouloir mettre une douzaine qui n'eussent été veues de personne. ••

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de satisfaire le public qui préfère souvent le nombre au mérite des choses. Monsieur de Chancy, maistre de la musique du Roy, a eu un talent particulier pour ces sortes de chansons, mais comme dans la plupart il y avait de l'équivoque, les dames qui donnent le cours aux choses galantes n'y ont pas trouvé leur compte. Après sa mort j'eus recours à un de mes amis qui m'en donna une vingtaine, tant à danser qu'à boire et par ce moyen je continuai de donner au public le livre de 1661. J'eus le mesme secours pour celui de 1662... Ce livre (i663) est tout entier de sa composition, non seulement pour les chansons mais aussi pour la plupart des paroles... J'espère que ceux qui font profession de montrer à chanter trouveront dans ce livre de quoj^ se satisfaire, n'y ayant presque point de chansons qu'ils ne puissent enseigner à leurs écoHers, comme estant présentement à la mode, autant et plus que les grands airs, où toutes les voix ne peuvent atteindre... » (').

L'auteur en question est évidemment, d'après le titre^ Bacilly. Et on peut admettre que sur sa demande l'imprimeur changea l'ordre de ses publications, car les années suivantes elles portent le titre de « second, IIP, IV*, V* livre de chansons pour boire et danser de B. D. B. », jusqu'en 1667. Mais nous voyons surtout par cette préface combien les petites chansons étaient recherchées par le public. Bacilly nous dit qu'elles étaient aussi appréciées des étrangers : « J'adjouste encore que les Italiens mesmes demeurent d'accord que nous avons en France quantité de petits airs fort jolis et fort divertissants comme sont nos Gavottes, nos Sarabandes, nos Menuets et autres semblables qui ont leur mérite comme les grands airs,, et qui sont de la portée de mille gens qui seroient privés d'un exercice aussi agréable que celuy du chant si on ne composait que de grands airs » (^).

Perrin distingue entre chansons graves et chansons légères : « Les graves sont les sarabandes, gavottes graves et courantes et demandent paroles graves et sérieuses. Les légères sont menuets, gavottes légères, gigues, passepieds, gaillardes».

(') A'A77« livre de chansons pour danser et pour boire de B. D. B. Paris, Robert Ballard, i663. Préface de l'imprimeur. (*) Remarques, p. 98.

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Quoique au dix-septième siècle on dansât encore aux chansons, ces petits airs étaient des morceaux destinés à être chantés pour eux-mêmes.

Bacilly s'élève contre ceux qui veulent que le mouvement de danse soit strictement observé : « Il y a mesme des critiques qui ne veulent pas que l'on donne à ces sortes de chansonnettes une mesure plus lente et qui trouvent qu'elles sont faites précisément pour la danse ; mais je suis d'avis qu'on les laisse danser tant qu'il leur plaira, pendant que ceux qui aiment le chant, trouveront que les ornemens que l'on y adjoute (pourveu que ce soit bien à propos) enrichissent extrêmement ces petits airs... C'est mal à propos reprendre celuy qui chante ces chansonnettes, lorsque pour les rendre plus tendres et se donner le loisir d'y adjouster les agrémens qu'il juge à propos il les allentit, et mesme quelquefois en corrompt la mesure ; ce qui se remarque principalement dans certaines gavottes anciennes, qui veulent estre exécutées avec plus de tendresse... dans lesquelles on rompt la mesure de la danse, afin de leur donner plus d'éclat et les tourner de cent manières et selon tout l'art et toute la méthode de bien chanter... » (0-

Ballard donne aussi une explication qui complète les précédentes : «Au reste, dit-il C^), il est bon d'avertir que sous le mot de chansons à danser l'on comprend aussi les chansonnettes qui ne sont pas de véritables airs sérieux ou airs de cour (pour parler en termes vulgaires) et qui approchent du mouvement de la sarabande ou de la gavotte ».

11 y a pourtant une différence à faire. La chanson a évolué de même que l'air. Jusqu'aux environs de i65o, les chansons simples et courtes, empreintes d'une robuste gaîté, non exemptes de plaisanteries grasses, sont en majorité. Dans la seconde moitié du siècle les textes deviennent peu à peu plus précieux, la facture musicale plus compliquée.

Chancy, maistre de la musique de la chambre du Roy, L. de Mollier, puis des dilettantes comme de Rosiers, de La Marre, Guyot, Michel, qui était audiencier, sont des représentants du premier type. Déjà les titres de certains recueils

(•) Remarques, p. io6 et io8.

(*) Préface du second livre, 1664.

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indiquent leur caractère : Les équivoques du sieur de Chancy ou Les libertés d'André de Rosiers. Les dédicaces et avantpropos contribuent à vous orienter sur le contenu. Le recueil des Equivoques de 1640 est dédié par Chancy « au cher Flotte ». Il débute ainsi : «Flotte ! c'est mal penser à un goutteux de faire des chansons à danser et bien plus mal raisonner de les vouloir offrir à un autre goutteux... » Vient ensuite un avertissement au lecteur : « Cher amy, si les chansons à danser n'ont quelque pointe accompagnée de railleries, elles sont de mauvaises grâces. Je te donne celles-cy pour une pierre de touche capable d'esprouver toutes sortes d'esprits : les équivoques dont elles sont ornées n'empeschent pas qu'une âme exempte de mauvaises pensées n'en puisse recevoir du divertissement... Si quelque femme ou quelque fille ne les chante pas ou défend de les chanter, asseure toy qu'elle entend le pair et la praize, et que son esprit est plutost porté au mal qu'au bien. » Enfin il s'adresse aux censeurs : « Ceux qui font profession de mettre au jour quelque musique sçavent bien que la naïfveté des chansons à danser ne demande point l'artifice et l'estude des airs de cour ; néanmoins s'ils considèrent bien mes chants, ils verront que ma plume les fait voler assez haut pour acquérir ce titre et que la vérité peut empescher l'envie de mordre dessus ». Dans le 3* livre, dédié à de Nyert, il assure que si les chansons à danser étaient accompagnées du luth « elles pourroient disputer le prix aux airs de cour. » Ces airs étaient en général chantés « à la cavalière » c'està-dire sans accompagnement. Leur but est clairement défini par Chancy dans l'avis au lecteur du 4^ livre: «Je te donne ce quatrième livre pour dissiper une partie de tes ennuis, si tu en as, ou pour te maintenir dans la réjouissance si ton cœur la possède >. De Rosiers déclare dans la préface d'un de ses recueils : « Un homme toujours sérieux serait insupportable et sa conversation ne serait bonne que quand l'on est endormy ; le rire dissipe l'humeur mélancholique, c'est pourquoy la pratique en est nécessaire» (*).

(•) ///• livre des Libertés d* André de Rosiers, sieur de Beaulieu, à Messire André Girard L-e Camus, conseiller ordinaire du Roy. Paris, 16^1.

Presque toutes ces chansons sont très simples, au point de vue mélodique, et d'un rythme assez uniforme.

Voici comme exemple le premier couplet d'une chanson de L. de Mollier ('):

EgE5Ejl;p^^,;Egfg=^^3^g^f|gEjEJE^S;j

Sans re - i[vel iiuit-tant la cour, m'os-tant de cet es-cla-va-ge. Je m'en

:t?=pi-

trt

ji=^j-:^ziq=gzi4s:

vais droit au vil - la-ge Où je veux fai-re l'a-inour, Jo me don-ne-rai jdai - -

=z=irzSirl2ï

SÊ^^^^-I

sir Sans crain - te du re - pen - tir.

Cependant quelquefois un refrain aimable, peut-être une réminiscence de chanson populaire donne à la chanson un cachet un peu plus particulier. C'est le cas pour la chanson suivante de Chancy (-) :

J'ay veu cet-te beau-té seulette en ce bois é-car-té; J'ay pris la li-ber-

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