‹ L'art du chant en France au 17e siècleChapitre 18 sur 40 · PI · texte numérisé non relu

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ve Mon go-sier est un puits qui n'a ni bord ni fond et mon ven-fre u - ne

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ca-ve où soir et ma --lin l'on dé char- - ge du vin.

Autre progrès : ces airs ne sont plus chantés à voix seules ou avec une simple basse continue ; deux violons complètent l'accompagnement.

Les airs en dialogue prennent aussi plus d'ampleur et deviennent presque de petites scènes. Par leur vivacité, ils rappellent un peu certaines chansons du XVI® siècle, nous y trouvons aussi la répétition de syllabes onomatopoétiques, telles queyî,/î, yî, tic tac, tic tac. Voici un fragment d'un de ces airs, également de Signac. Les buveurs se plaignent qu'on leur ait donné un vin plus mauvais que le premier ; ils s'en prennent au garçon et frappent de leurs couteaux contre les verres. La seconde voix est malheureusement perdue, mais d'après le passage suivant, on pourra se faire une idée de ce qu'était l'air entier :

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Le premier va-loit mieux, Ah! ce n'est pas le mes-me, sans dou-te, sans dou

te qu'on nous l'a chan -- gé, A-mis, frappons !//ey.' Que cous p/awM/lfe«*ieur*?

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Et tic. et tic et tic et tic et tic et tic et tac, Et tic et tic et

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tic et tic et tic et tic et tac. Et tic et tic et tic et tic et tic et tic et

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tac

Co-quin, mar-raud, viens ça fri - pon! etc.

Ces chansons devaient naturellement être exécutées avec beaucoup de verve et d'entrain. Du reste, déjà dans la préface de son premier livre d'airs (1666), Sicard disait: «Je supplie ceux qui prendront la peine de chanter mes airs d'y donner le plus de mouvement qu'ils pourront. »

Lully n'eut garde de négliger un genre si apprécié en France 0). Dans ses comédies-ballets et dans quelques-uns de ses opéras il y en a de très jolis. L'un des plus connus est celui du Médecin malgré lui : « Qu'ils sont doux, bouteille jolie ». Le second air bachique du Bourgeois gentilhomme était d'après Lecerf un de ceux que Lully lui-même aimait le mieux {^).

Il reste un mot à dire sur des compositions d'un autre ^enre, les chants religieux. Sous un rapport, ils ont quelque affinité avec les chansons à danser et à boire, en ce que l'élément artistique est relégué au second plan. Le but essentiel des premières est l'amusement d'une joyeuse société, celui des

(1) Lecerf de la Viéville pariant des airs à boire insiste sur leur caractère ■français : « Ce sont des biens propres à la France et que les Italiens ne connaissaient pas... L'art de faire de jolis airs, des airs d'une gaieté et facilité qui cadre aux paroles est un point que l'Italie ne nous contestera pas ». {Comparaison, p. 120).

(*) Lecerf rend d'ailleurs justice aux prédécesseurs de Lully. « Du reste on a fait en France d'excellens airs bachiques avant que Lully y fut venu. Ça été un des talents de nos premiers musiciens que Lully prit en prenant une inclination à boire ». [Comparaison, p. i23).

secondes la dévotion, l'édification des fidèles. Dans les deux cas, une certaine simplicité s'impose.

Nous avons vu que, dans les premières années du siècle, les psaumes de Desportes avaient été fréquemment mis en musique. Vers i65o et dans les années suivantes, les publications de mélodies religieuses sur des paroles françaises deviennent relativement nombreuses. Les psaumes de Godeau. évêque de Grasse, sont mis en musique par de Gouy, Lardenois, Auxcousteaux et Gobert. A la même époque, Etienne Moulinié, fait paraître ses Meslanges de sujets chrestiens ('), Henry Du Mont publie ses Meslanges, un peu plus tard le P. Fr. Berîhod compose ses Paroles très dévotes, et naturellement Bacilly vient se joindre à eux avec ses Airs spirituels (-). La plupart de ces compositions n'ont, au point de vue spécial du chant, qu'une importance tout à fait secondaire. Mais les préfaces de ces recueils contiennent presque toutes des remarques intéressantes. Nous y vo3ons d'abord que l'un des soucis constants des compositeurs, à cette époque, est de rapprocher autant que possible les airs religieux des airs mondains. Bacilly le déclare nettement : « Il faut que ces sortes d'airs soient si approchans des airs du monde, pour estre bien receus, qu'à peine on en puisse connaistre la différence ». Les autres insistent tous sur la grâce et le « bel air » à donner aux chants. L'imprimeur de la Paraphrase des psaumes par A- Godeau (^), mis en musique par Gobert, transmet au lecteur les instructions du compositeur touchant leur exécution. Nous y lisons entre autres : « Il ne faut pas obmettre à bien faire les ports de voix, qui sont les transitions agréables et les anticipations sur les notes suivantes. On doit observer à propos les tremblemens, les flexions de voix qui se font principalement sur les mi et sur les dièses, et surtout bien faire les cadences, dont la grâce consiste à bien appuyer les ports de voix qui doivent précéder ». Moulinié s'excuse de certaines libertés qu'il a prises. «Au reste, je suis obligé de remarquer icy, touchant ma façon particulière de composer, qu'en quelques endroits j'ay affecté certains traits.

iM Achevés d'imprimer le 7 déc. 1Ô57.

'*) Nouvelle édition, ib88.

\^) Paris 1Ô59, Pierre Le Petit, imprimeur.

LES AIRS ET LES CHANSONS l65

et toutefois en petit nombre, qui sont assez hardis et qui passent peut-estre pour des licences dans Topinion de ceux qui préfèrent l'austérité de l'ancienne manière aux agréments de la nouvelle ». De Gouy déclare qu'on lui a conseillé de s'accommoder au temps « et faire des chants sur le modèle des Airs de cour pour estre introduits partout avec plus de facilité » 0). Les cinquante premiers psaumes étant achevés, il les a soumis au jugement de Lambert « l'un des premiers hommes de nostre siècle pour la composition des beaux airs et des parties et surtout pour les bien exécuter, avec toutes les politesses que l'art nous a pu descouvrir jusques à présent ». L'avis de Lambert et celui de Moulinié auquel il s'adressa également furent favorables ; ils lui donnèrent aussi quelques conseils. « J'ai retranché dans l'impression par l'advis de ces excellents juges beaucoup de choses que j'estimois en quelque façon supportables, comme les ports de voix et les liaisons, qui me sembloient rendre le chant de mes parties très agréables. J'avois marqué ces agrémens en faveur de ceux qui ne scavent pas la manière de chanter. Mais je les a}'^ ostés afin de me rendre conforme aux autres airs, qui pour l'ordinaire s'escrivent simplement, laissant à chacun selon sa disposition la liberté de faire ce que bon luy semble ». Le P. Berthod, lui, a mis des signes et les explique : « Quand au-dessus de la notte vous verrez cette marque 3\5 cela veut dire qu'il faut faire une cadence ou tremblement... et lorsque vous trouverez des dièses qui sont faits en cette sorte >« cela signifie qu'il faut plaindre la note qui est après » (^).

Bacilly conseille, toujours pour se conformer à l'usage du monde, d'éviter toute expression qui ne soit du genre de celles qu'on est accoutumé à entendre. A ceux qui veulent chanter ses airs spirituels il donne avis de « ne pas se laisser surprendre à l'ignorance ou à la malice des maistres », mais de s'adresser à ceux qui savent chanter et bien appliquer les

(•) Airs à quatre parties iur la Paraphrase des Pseaumes de Messire Antoine Godeau composés par Jacques de Gouy, iô5o.

{*)Paroles très dévotes, Paris i663. — Berthod a aussi publié des Airs de dévotion (II« livre i638, III» 1662) qui sont des adaptations d'airs profanes de Lambert et autres.

ornements. Du reste, il écrit lui-même les « doubles », tout comme pour les airs profanes; p. ex.

Ire strophe -j-

i^zEt

-Sl ë:

C'est en vain qii'i-cy bas on veut se sa - tis - fai re, on tient à de

S""* strophe-^

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faux biens par de fu-nes - - tes nœuds. Le plus par-fait ~ — — — bon-

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lieur cache un fonds

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re, au mi - - lieu des

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plai

— su's on se

sent

mal

- heu - reux. etc.

La plus intéressante de toutes ces compositions religieuses est peut-être le Cantique de Moyse de Moulinié. C'est une sorte de cantate composée de dix-huit morceaux à deux, trois, quatre et cinq voix. Deux seulement sont des duos, le n' 6 pour soprano et basse, le n' ii pour ténor et basse. Les autres ont le caractère de compositions pour chœur. 11 n'y a pas de morceau pour une voix seule.

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