‹ L'art du chant en France au 17e siècleChapitre 20 sur 40 · LK CHANT DANS LES COMPOSITIONS DE CARACTÈRI, DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

LK CHANT DANS LES COMPOSITIONS DE CARACTÈRI, DRAMATIQUE

une courte ritournelle ; quelques mesures de récitatif introduisent un nouveau petit air encore plus rapide, où les mots «sparite, svanite, fuggite » sont prononcés d'une façon presque haletante. Quand la voix se tait, les violons reprennent le même motif, puis le chant est répété. C'est, on le voit, une véritable petite cantate pour voix seule que LuUy a écrite ici. Il ne composera pas de morceau aussi considérable en français. Celui qui s'en rapproche le plus est la plainte de Vénus sur la mort d'Adonis, dans le Ballet de Flore \}). Mais il est plus étriqué et plus raide que la plainte italienne. C'est un seul air, composé de deux parties, reliées par des ritournelles, et dont la première est reprise pour termmer, en somme une sorte d'air à da capo. La première phrase « Ah, quelle cruauté » est assez expressive, mais le meilleur passage est certainement la seconde moitié de la seconde partie (« Que les traits de la mort », etc.) Si Lully n'atteint pas à la même intensité d'expression que dans l'air italien, il fait preuve déjà ici d'un autre talent dramatique que Lambert ou Le Camus. Il avait aussi à tenir compte de ses cantatrices; Anna Bergerotti était habituée au style des cantates italiennes, M"* Hilaire, qui représentait Vénus, n'avait jusque là chanté que des airs d'un caractère plus simple, plus tendre et plus galant. On peut, du reste, voir combien Lully avait fait de progrès en peu de temps, en comparant cette plainte de Vénus avec celle d'Ariane du Ballet de la naissance de Vénus, écrit deux ans auparavant. Lully 3' est encore sous l'influence du vieux ballet de cour; le texte qu'il avait à mettre en musique (« Rochers, vous êtes sourds... ») était de la pure phraséologie conventionnelle. Aussi Lully écritil un air en deux reprises bien correct. Dans la plainte italienne de Psyché (« Deh, piangete al pianto mio »), la femme malheureuse s'adresse également aux rochers et aux forêts (« sassi duri, antiche selve » \ mais la phrase musicale coule plus librement.

Les airs vraiment dramatiques sont rares dans les ballets de Lully. En général, les morceaux pour chant sont plutôt aimables, galants ou bien comiques. Les premiers n'exigeaient des chanteurs rien que ce qu'ils étaient accoutumés à faire

(^) 1Ô67. — Collect. Philidor, v. 16. — Voir l'air à l'Appendice,

admirer dans les ruelles, les seconds posaient des problèmes nouveaux. Les deux trouveront leur application dans les scènes pastorales ou les mtermèdes burlesques des comédies-ballets^ que Lully écriva en collaboration avec Molière.

Dès avant Lully quelques musiciens avaient tenté d'écrire de petites comédies ou des pastorales en musique. En i65o, Dassoucy compose les Amours d' Apollon et de Dafné, comédie en musique, pièce émaillée d^airs, dialogues et chansons. La musique ne nous est malheureusement pas parvenue 0). C'est le même cas pour la pastorale de Charles de Beys et La Guerre, Le Triomphe de l'Amour (i655), ^-) ainsi que pour la Muette ingrate, de Cambert (i658) et la Pastorale jouée à Issy et composée par Perrin et Cambert (lôSç). Mais les premières scènes pastorales que nous possédions en musique se trouvent dans un des intermèdes d'une comédie de Molière. Au mois de mai 1664 on organisa de grandes fêtes avec représentations, Les Plaisirs de Vlsle enchantée. Molière y contribua par une petite comédie : La princesse d'EUde ; or, parmi les intermèdes de cette pièce, en partie agrémentés de la musique de Lully (^), plusieurs sont des scènes, «pastorales. Les plus intéressantes pour nous sont celles des intermèdes du milieti, Moron est amoureux de Philis. Celle-ci lui déclare qu'elle préfère Tircis^ à cause de sa belle voix et de son chant. Moron comprend qu'il est indispensable pour lui d'apprendre également à chanter. « La plupart des femmes, aujourd'hui, se laissent prendre par les oreilles ; elles sont causes que tout le monde se mêle de musique, et l'on ne réussit auprès d'elles que par les petites chansons et les petits vers qu'on leur fait entendre ». Il demande au satyre de lui donner des leçons.

Celui-ci répond :

t iirzi»!— ^ ^— ; 1 ^ — :^ if—y^ =j-s>-

Je- le veux, mai? au pa - - la-vant, é - cou-le une chan-«on que je viens de fai-re

(*) Sur le livret v. Prunières, L'opéra italien en France, p. 334 et ss.

I*) M. Quittard a publié le texte dans la S. I. M., iQog. Sur les pastorales en musique v. aussi l'article de M. de La Laurencie dans le Bulletin du Congrès de la Soc. int. de mus. à Londres, 191 1.

(•) La musique se trouve dans la Coll. Pliilidor, vol. 47.

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