LE CHANT DANS LES COMPOSITIONS DE CARACTÈRE DRAMATIQUE I7I
ce à quoi Moron réplique: «Il est si accoutumé à chanter qu'il ne sauroit parler d'autre façon ».
Le satyre chante un petit air un peu lourd :
zi— I rd:
^-jEt
Je por - tais dans u-ne ca-ge deux moi - neanx que j'a-vais pris . .
Moron n'est qu'à demi-satisfait, il voudrait une chanson « plus passionnée », que le satyre lui a déjà une fois chantée, et celui-ci accédant à son désir, commence :
âStE^ÊE^::
f-r-fS
i^^-^^ZB
Dans vos ciiants si doux chan - tez à ma bel - le oi - seaux diar-lez
tous, ma pei - ne mor — tel - le . . e!c.
Dans l'intermède suivant, Tircis chante un air langoureux à Philis :
Arbres é - pais, et vous prés é-mail - lés
La beau - té dont Phi -
p^^ff^^g^^EJ^^yi^E^^ls^j
— lis vous a - voit dé - - pouillés Par le prin-temps vous est ren-du e . .
Moron survient ; il veut chanter aussi, mais sa chanson ne plaît pas; elle est encore maladroite:
(1) Cet air se trouve aussi dans le 8* livre de Ballard, mais note' en clef de soprano et avec une basse vocale.
i^^^^mi^^^m^^^
Td.'i t'x-liè-iiu- ri-gueur, s'a - cluir - ne sur mon ctEiir, Ali Plii-
[ii^=^l^
lis je tré - pas - - - - se,
Philis, se moquant de lui, déclare qu'elle voudrait bien avoir un amoureux qui mourrait pour elle. Moron est prêt à le faire et Tircis pour lui donner courage, chante, en le raillant, la douceur d'une pareille mort :
-s*î — fur.
^i^i^l=^L^ÊÎÎ:^i=SEgE^
Ali, quel-lc doii-ceur ex - Irè - me de nioii-rii, (ie mou - rir pour ce qu'on
5^1-H— --r4^1=^^£^"l-ïg^^-^^r^^^
de mou - rir
de mou - rir pour ce qu'on ai - - - me
rou-ra-ge cou - ra - ge Mo-ro,i, meurs promp-le - meni meurs
mm
r-»-pt—-
prorap - - - te-meni
En gé-néreux a - - mant.
On a vu avec raison dans toute cette scène une satire des bergeries sentimentales, et la musique de Lully seconde parfaitement les intentions de Molière. Les chanteurs y auront naturellement encore ajouté du leur. Molière lui-même jouait le rôle de Moron, il aura su rendre son chant aussi ridicule
(1) La chanson entière se trouve dans le IV< volume des Oeuvres de Molière. Édit. Despois et Ménard.
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que possible. D'Estival, basse à la voix puissante, aura chanté les airs du satyre avec la lourdeur et la sentimentalité exagérée, nécessaires dans ce cas.
II y a dans la Princesse d'Elide encore une scène à remarquer, c'est, dans le prologue, le trio des trois valets de chiens qui réveillent Lysiscas et l'appellent pour la chasse- Ce morceau, assez long, peut être considéré comme le premier spécimen des chœurs de chasseurs (*j, si fréquents plus tard dans les opéras comiques. Le baryton commence, imitant le son du cor, les ensembles alternent avec des petites phrases pour une voix, finalement les trois voix se réunissent encore pour un joyeux « hola, ho ! »
Ho-!;i ho : Ho
Ho la lio!
Ho : — — —
Ho-la hol
Ho! ■
(') Il s'agit ici de musique théâtrale. Les pièces vocales représentant des scènes de chasse sont, comme on le sait, beaucoup plus anciennes. Parmi les nouvelles formes introduites par les Florentins au XlVe siècle figure la « caccia d. Les caccie sont généralement écrites à deux voix en canon à l'unisson ou à l'octave ; souvent on y ajoute une troisième voix et, en outre, des préludes et interludes pour instruments. Le texte fait, au moins primitivement, la description d'une partie de chasse. Des interjections, de courtes phrases débitées en un parlando rapide donnent beaucoup de vie à la musique. (V. les exemples de caccie dans J. Wolf, Geschichte der Meiisuralnotalion, 1904; Riemann, Hanibuch der Musikgesch., 1,2; Schering, Studien ^«r Musikgesch. d. Frùhrenaissance, iQi3), Certaines chansons de Clément Jannequin procèdent en partie du même type, p. ex. « La chasse ». V. Expert, Maîtres musiciens de la Renaissance).
Deux ans plus tard, Molière et Lully composaient ensemble une pastorale beaucoup plus importante. Benserade avait imaginé pour les fêtes de l'hiver 1666-67, à St-Germain, un grand ballet, le Ballet royal des Muses, auquel Molière devait aussi collaborer. Il écrivit la pastorale de Mélicerte, qui fut ensuite remplacée par la Pastorale comique et, en février 1667, le Sicilien. La musique de la «pastorale comique», qui nous a été conservée (*), est plus considérable que celle de la « Princesse d'Elide », de plus l'élément bouffon y tient plus de place.
Le vieux et riche berger Lycas est amoureux d'Iris, mais il craint d'être repoussé à cause de son âge. Coridon, auquel il confie ses soucis, lui conseille de se faire rajeunir par la magie. On va trouver trois sorcières i^), qui dans un trio burlesque (pour haute-contre, taille et basse) conjurent la « déesse des appas » de rajeunir le berger. Ce trio est en même temps une parodie grotesque des scènes de magie, alors à la mode dans les opéras Maliens. Dans le trio suivant- «Oh, qu'il est beau le jouvenceau» les sorcières feignent d'admirer Lycas. Ce dernier pourtant a un rival, le vieux berger Philène. Celuici entendant Lycas prononcer le nom d'Iris, veut lui défendre de nommer cette belle; une querelle s'ensuit; les paysans les empêchent de se battre. Iris pourtant les refuse tous les deux et agrée Coridon. Les bergers désolés décident de mourir, mais aucun ne veut donner l'exemple à l'autre. Finalement un « berger enjoué » leur démontre leur folie.
La pièce offre au musicien des scènes variées et l'occasion de caractériser différents personnages. Les sorcières ne jouent qu'un rôle épisodique, pourtant le magicien chantant avec emphase se rencontre encore dans d'autres ballets de Lully. Les dialogues des bergers sont vivants et bien déclamés. Molière jouait le rôle de Lycas, tandis que d'Estival remplissait celui de Filène, plus comphqué sous le rapport du chant. La querelle des deux vieux est très divertissante :
(') Coll. Philidor, t. 24. Recueil des Ballets de la B. Nat., de Versailles, etc.
(') Dans les éditions de Molière on lit « trois magiciens ». Mais dans le volume de la coll. Philidor ce sont trois sorcières, ce qui rehausse le côté comique, ces sorcières chantant avec des voix d'hommes.
LE CHANT DANS LES COMPOSITIONS DE CARACTÈRE DRAMATIQUE lyS
Filène
a^FeElE^Eg^
:T3rt-ni-r
:p=tJ^
tc=^
Est-ce toy. que j'en-tends, té-raéraire, est-ce toy, Qui nommes la beau-
a^BEp;
±st
tî=St
Lycas
Fi7.
Jt:
tïq— ô— # — :
té qui me tient sous ses lois? Oui, c'est moi, Oui c'est moi. 0 - ses - tu
Lrc.
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bien en au-cu-ne fa ron pro - fé - rer ce beau nom? Hé pour-quoy
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Hé, pour-quoi non? etc.
On remarquera que, pour se moquer de son rival, Lycas répète toujours les dernières notes de la phrase que Filène vient de prononcer.
La fureur de Filène se manifeste d'une façon très comique :
iQ^SÎEp^
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