‹ L'art du chant en France au 17e siècleChapitre 25 sur 40 · LE MAÎTRE A CHANTER · texte numérisé non relu

LE MAÎTRE A CHANTER

La troisième règle établie par Bacilly complète les précédentes: «Il est très dangereux de se servir d'un maître qui chante du nez et qui exécute de la langue, d'autant que ces défauts se communiquent facilement ». Le second des défauts mentionnés ici nous paraît assez singulier. Cependant d'autres auteurs en parlent aussi. Certains chanteurs avaient l'habitude, au lieu de vocaliser les passages, de les exécuter du bout de la langue. Mersenne en parle également (')• Doni mentionne un autre défaut du même genre. « J'entends que depuis peu il s'y est coulé un abus de faire tremblotter la summise des lèvres en leurs fredons, pour montrer plus grande mignardise » C).

Quatrièmement, le maître doit se rendre compte des moyens vocaux et des dispositions de l'élève afin de ne pas lui donner trop tôt à chanter des airs qui seraient au-dessus de sa portée.

Il est ensuite nécessaire qu'un maître sache bien la langue française, c^est-à-dire comprenne exactement le sens des paroles, soit au courant de la bonne prononciation, et connaisse la quantité des syllabes. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque la prononciation n'était pas encore complètement fixée (•*). Mais il semble que sous ce rapport beaucoup de musiciens aient été d'une ignorance déplorable. Quelques années plus tard, Bacilly revient sur cette question : « cet exercice [le chant] s'est rendu méprisable par le peu de gens qui ont eu soin d'y joindre un peu d'étude des lettres et de politesse dans le langage... Il seroit donc à souhaiter que ceux qui veulent cultiver ce bel art eussent du moins quelque connaissance grossière de la langue française et surtout un peu d'orthographe, qui les empêcheroit de tomber dans mille inconveniens que je remarque tous les jours » (*).

Enfin, il est indispensable que le maître ait quelques notions de musique « c'est-à-dire la connoissance des nottes et des mesures, non pas dans une perfection si grande, qu'il faille qu'il chante à l'improviste (^), mais il suffit qu'il sçache déchiffrer

(') Harm. univ.

(*) Lettre à Mersenne. B. N. fr. n. acqu. 62o5. p. 569. (*) Voir plus loin le chap. VI, où cette question est traitée en détail. (*) Réponse à la critique, 1679, p. 5 et 6.

(^) Dans certains milieux on admirait les Italiens, parce qu'ils savaient chanter à livre ouvert (cf. l'Epître de Saint-Ëvremond à la duchesse de Mazarin).

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un air soit à loisir, soit tout d'un coup ; et mesme il est à propos qu'il y sçache adjouster le plus qu'il pourra de véritables ornemens, pour n'avoir pas besoin éternellement du secours d'autruy ». Il propose qu'on leur fasse passer une sorte d'examen.

Il est évident que des hommes comme de Nyert, Lambert, de La Barre, Le Camus étaient très bons musiciens. Mais il y avait aussi beaucoup de maîtres de chant qui n'avaient qu'une culture musicale et littéraire très rudimentaire. En Italie on était plus exigeant. Les compositeurs florentins étaient très lettrés. A Rome, dans la célèbre école de Virgilio Mazzocchi, l'élève apprenait, d'après Bontempi('), outre léchant la théorie, le clavecin, les lettres. En France, Mersenne a, dès i623, dans ses Quaestiones in Genesim formulé un certain nombre de préceptes à l'usage de ceux qui étudient le chant et la musique. Il insiste sur l'étude de la prononciation, de la quantité, du rythme, de la théorie vocale et instrumentale, mais finalement il se laisse entraîner à exiger que le musicien ait aussi des ■connaissances en médecine, philosophie et théologie (^).

Bacilly ne va pas aussi loin ; il demande seulement encore que le maître à chanter soit capable de composer lui-même de beaux airs, qu'il connaisse un certain nombre de compositions d'autres maîtres et qu'il sache les faire exécuter correctement.

(') Bontempi, Historia musicale, lôgS, citée par Romain Rolland, L'opéra en Europe, p. 144.

(*) ...Unum addam, musicum non solum in praxi et theoria vocalis et instrumentalis musices instructuna esse debere, sed etiam in metrica et ryihmica, deinde medicina, philosophia... denique theologia. d {Quaestiones celeberrimae in Genesim. IÔ23, p. 5i et s.)

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