FORMATION DU SON. POSE DE LA VOIX. LES REGISTRES
Formation du son. Pose de la voix. Les registres» Exécution du chant
Les auteurs français du XVIP siècle ne nous disent pas grand chose sur la marche à suivre dans renseio;nement du chant. Pourtant, en rassemblant et coordonnant les différentes remarques on peut arriver à reconstituer à peu près le système qu'ils ont dû pratiquer.
Un grand nombre de bons chanteurs, tels que Moulinié et Lambert, avaient fait leurs premières études musicales dans les maîtrises. On y instruisait les enfants non seulement comme choristes, mais aussi, quand ils étaient doués, comme solistes, et il arrivait même que l'un ou l'autre, lorsqu'il avait une voix particulièrement belle, devînt un objet de convoitise de la part d'un puissant seigneur, qui désirait l'avoir pour sa chapelle particulière (*). En i638, Louis XIII désira compter parmi les chantres de sa chapelle un soprano remarquable, Michel Preux, qui faisait partie de la maîtrise de Notre- Dame; le chapitre accéda à la requête du roi, mais peu après une délégation fut envoyée au Louvre pour redemander le soliste de la maîtrise.
Les pages devaient parfois chanter les rôles de femmes dans les ballets de cour(^).
Bacilly pose cette question : à quel âge doit-on commencer à cultiver le chant ? Il donne une réponse assez juste : « cela dépend, dit-il, du plus ou du moins de force et de complexion »(^). D'après lui, certains enfants ont, à l'âge de cinq ou six ans,
(') V. F, L. Chartier, L'ancien chapitre de Notre-Dame de Paris, Paris 1S97, p. 80 et s.
(') Dans le Discours au vray du ballet dansé par le Roy le 21) Janvier 161 j on lit: «Une nymphe toute échevelée et toute nue sortit du bassin et... chanta ces vers faits par Bordier, récitez par un des pages de la musique du Roy...» (Lacroix, Ballets et mascarades II, p. ii5.)
(3) Remarques, p. 80.
IÇO CHAPITRE III
plus de voix et de disposition que d'autres à quinze; on ne peut donc donner de règles certaines, mais « il est constant que le plutost que Ton peut cultiver la voix c'est le mieux », afin qu'elle ne prenne pas de « mauvais ply ou de mauvais tour», et en outre parce qu'elle s'augmente par le bon exercice, moyennant qu'il ne soit pas violent.
D'après un passage de Mersenne, nous voyons ce qu'on exigeait des jeunes chanteurs : « C'est à quoy les maistres se doivent estudier... afin que les pages et autres enfants qui doivent chanter devant le roy et dans les églises prononcent aussi bien en chantant comme s'ils parlaient simplement... Et pour ce subject ils doivent leur enseigner la manière de prononcer également bien les cinq voyelles a, e, i, o, u en faisant les cadences et les roulements » (').
Le premier enseignement sera basé essentiellement sur l'exemple vivant donné par le maître et l'imitation de la part de l'élève. Le passage suivant de Mersenne est très instructif: < Que le maître au commencement entonne à l'oreille du disciple, avec la voix, qui est le meilleur, ou bien avec quelque instrument et luy fasse ouyr, imiter ou contrefaire de mesme avec la voix un de ces sons, puis un autre, sous la prononciation toujours d'une seule et mesme sylabe, qui sera le La si l'on veut, et fasse accoustumer ainsi le disciple à contre-faire ou imiter un chacun des sons qu'il oyra, sous la prononciation de la mesme sylabe seule, et luy fasse à mesme temps remarquer et connoistre la diiïérence qu'il y a, sensible à rou3'^e, entre le contrefairie et imiter pas bien; comme encore la différence qu'il y a sensible à l'ouye entre un son bien uniforme, égal, ou ferme et un son variable, inégal, ou qui se relâche en haut ou en bas » (^).
Ainsi, la première tâche du maître est de former l'oreille de l'élève ('), et Mersenne fait remarquer, avec raison, qu'en cela la voix est un meilleur guide que l'instrument. Bacilly est du même avis. « Il faut donc demeurer d'accord, dit-il, que l'ac-
(*) Harm. univ., p. 356.
(«) Ibid., p. 339.
(') L'espagnol Cerone dit : «el perfecto cantante mas canta con la orejaque con la boca.» (El melopeo, Napoles, i6i3, p. 70).