‹ L'art du comédienChapitre 2 sur 11 · I. \UT DU G0MED1 EN · texte numérisé non relu

I. \UT DU G0MED1 EN

permette, pour être clair, do citer seulement an fait.

Mouiii'i répétait Horace, el j'étais ce jour-là semainier. Après la fameuse scène du second acte, je le prends à part.

— Mon cher Monnet, ceci u'estni une Leçon, ni un conseil; votre conception du rôle vous appartient; vous la soutiendrez devant le public, et je suis sûr qu'il applaudira. Une ob servation pourtant. En mouillant de larmes, comme vous le raites, le vers célèbre :

Albc vous a nommé, je ne vous connais p

ne pensez-vous pas que vous détruisez le contraste entre Horace et Curiace, et, par suite, la scène tout entière, qui esl bâtie sur ce contraste !

— Vous avez raison, me répondit Mounet avec franchise; mais que voulez-vous? Je trouve que Corneille n'a pas mis assez d'humanité dans ce personnage.

Vous voyez ici, en plein, le moi du comédien se substituant à celui du rôle. Personne mieux que Mounet, poète lui-même, ne comprend les poètes. Il voit donc à merveille ce

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qu'a voulu Corneille; mais sa nature trop humaine se refuse à le rendre, et il se trouve amené, pour jouer le rôle, à le corriger dans le sens de sa nature !

Une autre conséquence de la théorie, c*est qu'elle entraîne logiquement à négliger l'élude interne des rôles, la plus importante à mon avis, pour celle des dehors et du détail pittoresque.

Il ne faut pas faire fi du pittoresque ; mais il ne faut pas s'en préoccuper exclusivement. 11 ne faut pas, surtout, prendre comme point de départ, dans la composition d'un rûle, tel ou tel trait pictural, supposé juste. C'est du caractère que tout part.

Ayez en vous l'esprit de votre personnage : vous en déduirez naturellement les dehors, et le pittoresque, s'il y a lieu, s'y ajustera de lui-même. C'est rime qui construit le corps.

Si liéphistophélès est laid, c'est que son âme est monstrueuse. Je l'ai vu rendre supérieurement à Vienne par Lewinski, qui nous le montre hossu et hoiteux; cela est approprié ;vu personnage. Mais est-il dans le caractère de Méphisto de ne pas faire un geste qui ne soit pittoresque ei de poser puni le photo-

LART m COMEDIEN

graphe îi chaque vers ' Le mannequin doit-il primer l'acteur?

Non, la nature n'i -i pas si pittoresque que cela, et l'on n'aboutit ainsi, 1 rès promptement, qu'à la caricature ou à la convention.

Au point de vue même du succès immédiat, il y a là une erreur. Car rien ne s'use plus vite que l'impression produite par le simple aspect pittoresque. Une Fois votre entrée faite, le public n'y pense plus, e1 l'effet part, s'il û'esl soutenu par la diction, par l'expression du caractère, en un mot, parle style.

Il y a plus. Si, par une recherche excessive de caractérisation extérieure, vous arrivez à reproduire un tic, oh! alors, prenez garde! au lieu d'amuser, vous indisposerez, et le public, qui aura ri la première l'ois, s'agacera vite à la répétition et ne tardera guère à vous le témoigner delà plus désagréable ma ûière.

LA UT 1>1" L«»MLltlE.\

Entendons-nous bien. Je ae défends pas de prendre dans la nature ces traits particuliers qui trahissent L'homme intérieur : c'est au contraire une des qualités du comédien de saisir ei de noter au passage ceux qui sont susceptibles de passer sur La scène : mais un ne doit prendre que Les traits significatifs, et il faut Les adapter avec discrétion : se garder par exemple de ceux qui sont purement individuels; éviter de reproduire tel ou tel avare qu'on connaît, mais que Le public ae connaît pas, quand on a à Lui montrer Harpagon, quj ;s1 tous les avares et que, par conséquent, il ■ econnaîtra Lien.

Dan- cet art de La caractéi isation juste, il j a eu un acteur étonnant, c'était Lesueur. Pei sonne n'a plus fait travailler son deux; personne n'a tiré de soi-même des personnages plus divers ni d'uni' expression plus intense. C'était positivement prodigieux de rendu. Mais aussi quel acharnement dans '

l'art do comédien

cherche! Il avait chez lui une espèce de chambre noire où il s'enfermait, fenêtres closes, rideaux tirés, avec ses costumes, ses perruques et son outillage. Là, tout seul, à la Lueur «les lampes, devanl sa glace, il essayail ses têtes. Il s'en faisait vingt, il s'en faisait cent avanl d'arriver à la vraie, à celle qu'il roulait et dont il disait : La voilà!

Lorsque enfin, d'un dernier coup de pinceau, il parachevait la ressemblance (il restait «1rs heures sur une ride !), le résultat était merveilleux. Le.» amateurs de théâtre n'oublieront jamais son « buveur d'absinthe « des Fous ni son vieux gentilhomme de la Partie de piquet. Il a été Monsieur Poirier, la bourgeoisie faite homme, el I)<>a Quichotte, la chevalerie er rante et famélique. Quand il entrait en scène dans ce dernier rôle, lui qui était de taille au plus moyenne, il paraissait n'en pas finir; il se prolongeait de toute la longueur de sa lance; c'était le héros de Cervantes dans toute la mélancolie de son interminable maigreur.

Avec ce talent extraordinaire, nourri de l'étude intime des personnages, — faut-il le dire pourtant, — il lui manquail une chosi-

pour que l'illusion fût complète, c'était la voix. Il n'avait pu discipliner la sienne; ellr* restait dans tous ses rôles la voix de Lesueur, fort comique, mais d'un comique invariable; l'articulation était terriblement lourde... Il avait à dire dans le Chapeau d'un horloger : « Monsieur, Madame me désire. » On entendait : « Monsiieur, Madame me désieerrel »

Or, l'articulation, c'est le dessin de la diction. Une phrase de Samson articulée comme il savait le faire, cela valait, pour la caractérisation d'un personnage, un portrait au crayon de M. Ingres.

Quand ce maître incomparable en l'art de dire paraissait dans Af"e de la Seiglière, rien qu'à sa façon de poser cette question : c Jasiii m. .l/me la baronne de Vaubert n'est pas encore arrivée? * eussiez-vous eu les yeux fermés, vous voyiez l'homme. C'était Le grand seigneur impertinent pour <|ui Jasmin qu'une espèce, l'émigré à la tête \ ide, L'égoïste à qui cela serait bien égal du reste que N de Vaubert ne fût pas arrivée, si cctt<- inexactitude n'avait pour conséquence funeste de retarder le déjeuner!

Et quand il parlait de Bonaparte — de

sieur de Buonaparte, veux-jedire, car M. de Seiglière avail cette condescendance de faire l'empereur gentilhomme et marquis; étant du reste demeuré sourd aux avances de ce pauvre Buonaparte, qui n'avait remporté de victoires que dans l'intention de le rallier ! Dans la simple articulation des syllabes tenait la suffisance naïve du personnage et tout son intraitable orgueil de race!

La puissance d'une inflexion de voix esl incalculable, et tous les effets pittoresques du monde ne valent pas, pour remuer une salle, un cri qu'on jette avec l'intonation juste.

L'articulation est donc l'étude sur laquelle doit se porter le premier effort de l'acteur. Elle est à la fois Y A, B, C, et le plus baut point de l'art. Il faut l'apprendre au début, comme les enfants apprennent la Civilité, parce que l'articulation est la politesse des comédiens, comme l'exactitude est la politesse

des rois, et il faut ensuite la cultiver toute sa vie.

Je dis qu'elle est une politesse. C'est qu'en effet, quand on s'adresse au public, il convient de s'en faire comprendre et par conséquent d'articuler nettement.

Mais le naturel ? me dira-t-on. Ne faut-il pas parler naturellement'.'

Ah ! ne me parlez pas du naturel de ceux qui se dispensent d'articuler, causent devant le public comme ils feraient à table, s'interrompent, se reprennent, se répètent, mâchent leurs mots comme un bout de cigare, bafouillent,— c'est le terme, et font du style, de leur auteur je ne sais quel petit nègre, haché menu comme chair à pâté!

Le théâtre n'est pas un salon. On ne s'adresse pas à quinze cents auditeurs dans une salle de spectacle, comme à quelques camarades au coin du feu. Si l'on n'élève pas le ton, on ne sera pas entendu; si l'on n'articule pas, on ne sera pas compris.

Un comédien peut, je le sais, se faire une grande réputation de naturel en affectant le ton de la conversation; il ne dit pas un mut plu- haut que l'autre, laisse tomber ses lins de

phrase, bredouille, abrège, fait mine de chercher ses mots, les dit doux, trois fois de suite, àuonne dix minutes, puis précipite le débil pour arriver à L'effet..., et le public moutonnier s'écrie : «Mon Dieu, que c'est donc naturel! On lo croirait chez lui... Quel acteur!... Je n'ai pas entendu, et vous? Mais comme c'est dit naturellement!... » Seulement il ne l'aut pas s'y lier. Si la pièce, comme il peut arriver, L'intéresse plus que l'acteur, et qu'il tienne à comprendre, un jour qu'il aura trop del'atigue à suivre, il criera de mauvaise humeur : « Plus !iaul ! Plus haut donc! > et il se désenchantera. Si ce sont des vers surtout, et que, sous prétexte de se montrer naturel, le comédien altère le mouvement du couplet, mange la rime, ajoute aux hémistiches, en répétant les mots, plusieurs pieds de sa façon, traite enfin la poésie de Molière ou de Regnard comme il ferait la prose de M. Scribe, — oh! alors, gare l'effondrement ! — Les acteurs de ce -<"nre, et il y en a de fort remarquables, sont condamnés à la pièce du jour, le répertoire leur est interdit. Il n'y a point d'art là où manque le style.

C'est ici le lieu de le déclarer : le devoir de

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l'acteur est de respecter son texte Quelle que soit la façon dont il le dise, il doit dire ce qu'a écrit l'auteur, rien de moins, rien de plus. S'il y a inconvénient, en effet, à Irai mer par sa mauvaise diction, une prose personnelle, colorée, vigoureuse, en pâtée commune, insipide et sans force, si c'est là une espèce de trahison, combien de plus encore quand c'est à des infidélités voulues qu'on se livre et qu'on présente au public, sous le couvert d'un nom illustre, linéique fantaisie cornue de son propre cerveau !

Où en serait le répertoire, si depuis deux siècles, nos comédiens s'étaient permis, cette liberté? La tradition aidant et chacun voulant, à la fois, profiter des effets trouvés par ses prédécesseurs, et en ajouter de son cru, nos chefs-d'œuvre ne seraient plus qu'une sorte de mos il faudrait y gratter du Baron,

du Préville, du Pleury, du Mole, du Monvel, etc., avant de toucher du Molière.

Il n'e>t pas moins impertinent île se substituer aux auteurs vivants. C'est un< plagiat à rebours, inexcusable ne me quand il réussit. Je ne suis pas sur que même 1''- auteurs de féeries -oient enchantés de- calem-

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bredaines que leurs interprètes cousenl à Leur pôle. Ils doivent les trouver d'un goûl détes table, et si le public en rit et ne distingue pas, trouver le public stupide.

Ces observations, je me hâte de le < 1 i re , seraient trop sévères si on les appliquait à certains jeux de scène, à certains traits consacrés par la tradition et dont quelques-uns peuvent remonter aux auteurs mêmes, encore ne faut-il, à mon avis, conserver que ceux pour Lesquels il n'y a poinl de doute el qui rentrent absolument dans le caractère de la pièce.

Est-ce, par exemple, manquer de respect ;i Molière que d'ajouter un commentaire bouffon à L'impromptu des Précieuses ridicules? Non; il a placé Là un etc. qui autorise cette ; ce n'est pas le seul endroit de son théâtre où il ait entendu laisser quelque chose à la fantaisie de l'interprète. Lui-mémo, on Le sait, improvisait parfois des scènes entières, l.i tradition peul nous en avoir conservé quelque chose. De même pour les pièces de Marivaux, qui tiennent encore de la comédie italienne et où Fronlin fut d'abord Arlequin.

Pour Beaumarchais, au contraire, toujours si voulu, si précis, je n'admettrais pas de fio riture : au plus, dans La rameuse discussion

surl'efet sur You, cette interrogation phonique de Bridoison, qui est consa « Y a-t-il Et... ou... ou... où .

Mais dans Molière pas plus que dans Beaumarchais, il ne faut prendre de ces libertés avec les chefs-d'œuvre. C'esl La probité d'nn acteur de ne pas vouloir avoir plus d'espril que son auteur.

L'assertion, j'en ai peur, va paraître :> certains bien terre à terre, il est des comédiens qui ne sont jamais si heureux, et i croient jamais meilleurs, que quand, sans altérer matériellement Leur texte, ils réus ~i--rni à y introduire quelque chose d'autre que ce qu'a voulu L'auteui

11 y a quelqui - on donnait La pre-

mière d'Un drame en vers de L'un des plus

aimés de nos académiciens. La pièce allai! aux oues.

l'n critique de mes amis entre dans la loge de L'acteur le plus en vue «lu théâtre el le félicite chaudement : « Vous avez, lui dit-il, interprété votre rôle d'une manière admirable ! » A co mol, quelqu'un que le critique n'avaii pas aperçu toul d'abord se lève comme indigné C'étail nu intime de l'acteur, acteur lui-même : <> Interprété ! s'écrie-t-il. Dites, monsieur, qu'il a été au delà! »

Le mot est toute une théorie.

On peut dire beaucoup pour la défendre.

On peut demander si, du droit du génie, certains acteurs, très grands, ne peuvent pas faire en quelque sorte déborder certains rôles, leur insuffler de leur âme propre et de l'àme de leur temps, donner par suite à la création du poète une signification que celui-ci ne pouvait prévoir, autre en tous cas, peut-être plus forte ou plus profonde.

On me citera Frederick tirant d'un vulgaire

personnage de mélodrame son étonnant Ro-

berl Macaire; on me rappellera l'effet qu'il

pro lui si! dans c< i tains d< rôles où il n'y

où par conséqm al il mettait tout!

Je sais cela; j'en tiens compte; mais il s'agit ici d'un comédien exceptionnel et d'auteurs de troisième ou de quatrième ordre. On ne peut déduire de là une règle générale. El la théorie reste à mes yeux infiniment dangereuse, substituant à L'étude approfondie el sérieuse du caractère la fantaisie plus ou moins déréglée d'un comédien, et sa pensée, qu'on ne lui demande pas, à la pensée de Corneille ou de Shakspcarr. qu'il a charge de réaliser aux yeux du spectateur. , .

Aller aie delà d'Horace, d'Hermione, de Macbeth, de Lear, de Hamlet? Il y a là, semble-t-il, une étrange ambition. Est-ce une si petite affaire déjà <iu'' ''y atteindre?

M. Irving, lui-même, si familier avec Shakspearc, passe pour s'être trompé dans Macbeth. Le Macbeth qu'il a donné, dit-on, — je copie ici l'appréciation d'un juge qui l'admire fort d'ailleurs — « n'est plus l'homme violent et faible, trop nourri du lait de la douceur humaine pour entrer de plain-pied dans le crime; c'est le scélérat franc, mais : ce n'est point L'honneur <pii L'arrête, c'est la crainte de l'avenir et le danger du crime... »

!. MIT IW CdMEDl 1 S

si M. Irving peut se tromper dans l'interprétation d'un rôle de Shakspeare, qui pourra se flatter d'arriver juste? Et u'est-c pas que de vouer tout son lal.-nt el son génie, si l'un en a, à mettre sur pied, tout simplement, la ûgure rêvée par le poète '.

i en voulant aller au delà de Molière qu'un a inventé an Ârnolphe tragique, AJceste révolutionnaire, un Tartuffe beau, séduisant et terrible, el autres Fariboles de ii- il re temps.

Faire juste ce qu'a rêvé Shakspeare, jouer Arnolphe comme le jouait Molière , cela c'est pas déjà si aisé, je le répète. Même dans leurs rôles en apparence les mieux fixés, que de côtés encore restenl dans l'ombre !

Faire passer du livre à la scène, c'est-à-dire à la vie, ces personnages si complexes, i de tanl de passions contraires, âmes comme les nôtres, obscures par tant de points, — quelle tâche plus difficile et plus glorieuse!

Le lecteur a vite fait, son volume à la main, de se créer d'un personnage un-' vision telle quelle, souvent bien fuyante et dont, la plupart du temps, il serait fort embarrassé de dessiner les contours. Sun fantôme, en

tousca-. n'est pas celui de son voisin. Troisième lecteur, troisième fantôme. Tout cela flotte et diffère. Mais que nos trois lecteurs aillent au théâtre, qu'ils y voient le personnage sous les traits d'un acteur de génie, ils ne le verront plus désormais autrement. Les fantômes feront place à un être vivant.

Encore une fois, ce résultat glorieux, qui associe l'acteur au poète, n'est pas facile à obtenir, même quand il s'a l/î t de petits rôles. et, pour peu surtout qu'on ne soit qu'un modeste acteur de second vol, on peut ue' pas trouver la pensée de l'auteur, <>u l'on peut, quand on l'a trouvée, avoir toutes les peines du monde à la faire admettre au public, si celui-ci s'en est fait à la lecture une idée différente.

Il m'en revient un exemple que je demande la permission de conter, bien qu'il me soit personnel.

C'est du temps qu'on montail Fantasio, La pièce esi de celles de Musset dont on s'avisa le plus tard. Musset était mort; ce fut son frère Paul qui dirigea les répétitions. On m'avait confié le rôle du prince de Mantoue, '■t je n'étais pas sans embarras. Qu'étail ce

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au Fond que ce type d'imbécile, plus bête assurément que uature? M. Paul de Musset, à qui j'allai, me donna la pensée de son frère. M. Edouard Thierry, alors administrateur, ajouta de Qnes observations de poète et d'homme de théâtre. Davesnes, enfin, notre vieux régisseur, un conseiller impeccable, donl Samson el Régnier écoutaienl les avis, Davesnes me dit : — 11 n'y avait que Potier pour ce rôle-là! — Et il me cita vingl traits de ce grand comédien, l'imita dans vingt me le fit voir, ou du moins deviner, dans le prince de Mantoue. Ainsi guidé, voyant d'ailleurs clair dans mon texte, je compose mon bonhomme, et, le jour de la répétition générale, j'ai le plaisir de voir ces messieurs venu: à moi criant bravo, les yeux pleurants à force d'avoir ri. C'était, me disaient-ils, un succès sûr. Ah bien! oui! ce fût un four noir, et dans la presse, un toile général. A L'unanimité, ou peu s'en faut, à L'exception de Gautier et de Saint-Victor, je lus atteint et convaincu de n'avoir pas compris un mot du personnage.

A La deuxième représentation (les lettrés sont encore en majorité aux deuxièmes),

même insuccès. J'étais désolé. J'allai contrit à M. de Musset, à M. Thierry, leur demander ce qu'il fallait faire.

Ils furent d'accord pour me répondre :

Rien. — C'est vous qui êtes dans le vrai, me dit M. de Musset. Vous jouez le rôle comme le voyait mon frère, qui avait voulu tune une caricature du romantisme et de ses truculents personnages de tyrans. — Continuez : le succès viendra. — Il vint en effet. Le public des représentations suivantes s'amusa de mes outrances, et le prince de Mantbue d'après Musset fut très applaudi.

Il me parut bon toutefois d'en avoir le cœur net , et j'allai voir quelques-un> de mes juges, de ceux qui m'avaient été le plus contraires. Eh bien! leur opposition tenait à ceci : c'est que tous, avant de se rendre au théâtre, avaient pris la précautiun de relire la pièce et s'étaient fait du personnage un type à leur idée; et la plupart y avaient \u un prud'homme, majestueusement idiot, tranchant avec autorité, féroce enfin de b( lise, mais sérieux, mais posé, mais réel : vu i il vécu, dirait-on aujourd'hui.-

De Là, mésintelligence. L'interprétation que

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