I. VHT M COMEDIEN
m'avait suggérée M. Paul de Musset aval) culbuté celle de ces messieurs, el c'est naturellement à moi qu'ils avaient donné tort.
Je reviens à l ai > iculation el je me résume t axiome il ne faul pas parler comme on parle, il faut dirt
Dites vrai, dites naturel, — et alors ce sera bien ; — mais dites.
Car dire, c'est, encore parler sans doute (jamai doit ( tre chanter) : mai
donner aux phrases el aux mots essentiels leur râleur propre, ici passer en effleurant, li, au contraire, peser d'une inflexion de voix ; c'est distribuer les plans el les n U I les lumières el les ombres, bar. c'es deler.
La phrase, tout unie quand on la ; s'assouplit quand on la <lii, prend forme, devient chose d'art.
. il faut l'ajouter au risqu i de i re, cela a ■ doit pa
poussé à l'excès. C'est encore un mauvais acteur que celui qui dit trop, qui détaille tout avec le même soin, qui ne sait pas, où il le faut, se contenter de larges surfaces, pour détacher ensuite, en les ciselant, quelques traits importants.
S'il y a de l'affectation à vouloir être naturel à tout prix, il n'y en a pas moins à faire sentir l'artiste à tout propos.
Parler ne suflit pas; dire tout, c'est trop dire : — la vérité esl entre les deux.
Le grand point, c'est d'être compri c'est pour cela qu'il faut s'habituer à ne pas aller trop vite. La volubilité conduit an bredouillement.
Voilà, je le sens, un conseil qui surprendra de ma pari. Je passe, en effel pour presser le mouvement plutôl que de le ralentir. Et ce n'est pas andante, c'est presto, '-'est prestissimo que je dis le récit de V Etourdi.
Il est vrai; mais je ae dis pas de mi me |e
monologue de Figaro, et je irois pas
cependant plus lasser l'attention en le détaillant, comme je le fais, «pic je ae crois la déconcerter en précipitant le récit de M rillc, — ni en faire perdre un mot. C'esl que
L'ART l'i COMÉDIEN M
j'ai pratiqué précieusement ce conseil : Ne vous hâtez pasl .le le tiens de Régnier, qui l'exprimait à peu près de cette manière : « C'est quand vous vous dites en vous-même : Mon Dieu ! que je vais donc Lentement ! Gela nVn linil pas! .le dois ôtre assommant! — C'est alors seiiliMTicnl que vous commencez à ne plus aller trop vite! »
Sans doute, il ne voulait pas dire qu'il oe faut jamais déblayer. Mais il voulait apprendre à le faire sans cesser d'être clair. Il faut rester distinct même en étant rapide, et cela ne s'obtient qu'à force 'l'avoir dit Lentement, en détachant les syllabes sans les marteler, en mesurant enfin la portée de sa voix selon le lieu où l'on parle : — chose importante! Car il ne faut pas faire rouler le tonnerre dans un salon, ni, dans quelque salle immense, parler comme soupire la harpe éolienne.
Bien dire, bien rythmer, cela communique à la prose la plus vulgaire une espèce de poésie qui, à La fin d'une tirade, manque rarement de soulever Les bravo-.
Le mouvement ! c'esl La grande loi.
J'insiste sur la nécessité de se faire comprendre. Mais on se fait comprendre autant
[,'ART ni; COMÉDIEN
par le mouvement que par les paroles. Provost racontait en riant que certain soir, comme il achevait une tirade d'Ilippolyte, suivi par le public haletant, la mémoire lui manqua tout à coup, juste aux deus derniers vers. Impossible pourtant de ralentir le mouvement pour attendre le souffleur. 11 se décide en un éclair et, avec un emportement magnifique. sans reprendre haleine, lance deux alexandrins d'un volapuck quelconque, auxquels naturellement le public n'entendit rien, mais qu'il applaudit avec fureur, tant le geste, l'accent, le mouvement en un mot. rendaienl claire, éloquente et puissante cette langue improvisée.
VU
Je viens de dire un mot de la voix. Je me complète. La vipi.x ur iliui pas être moins travaillée que l'extérieur. Elle est, du deux, ce qui doit être le plus souple, le plus coloré, le plus riche en métamorphoses Vous aurez, selon le rôle, une voix pateline, cafarde, insinuanti
L'ART l'I comédien
railleuse, audacieuse, éclatante, ardente, attendrie, éplorée. Vous varierez de La Qûte à la trompette.
Il y a la voix des amoureux, qui c'est pas la voix dos notaires. — Iago n'a pas la voix de Figaro. Ni Figaro la vois de Tartuffe.
Selon le rôle, le timbre, la clef, la gamme diffère. « Il y a de la chromatique Là dedans, ■ comme dil Madelon.
Eu somme, dans L'articulation, dans la diction, dans la sonorité, dessinez, profilez votre personnage. — Que Les aveugles puissent le voir !
Que cela s'ajoute aux soins que vous donnez ;'i L'extérieur, avec la même minutie que Lesueur, si vous voulez, mais avec la même probité; je veux dire en vous préoccupant toujours du fond, donl L'extérieur n'est que L'illustration; du caractère qu'il doit rendre visible -ans Le déformer par L'outrance.
Le physique, le geste, la voix, que toul con coure à L'unité.
Ce sont, du reste, les rôles les plus faciles en apparence qui exigent parfois du comédien le plus grand effort de métamorphose. Voyez Thouvenin dans Denise. Thouvenin ne prend
pas part à l'action ;' il cause, il raisonne comme pourrait faire à sa place le premier venu, comme, abstraction faite du style, je pourrais faire moi-même tous les jours : i h bien, c'était là recueil. En raison même de la parenté du personnage avec le monsieur que je puis être dans la vie réelle, la tentation pouvait me venir de le poser avec mes habitudes de corps, de le parler avec ma voix, d'y être enfin M. Goquelin. J'aurais alors trahi l'auteur qui demandait que j'y lusse Th ou venin. Et j'ai dû me brider d'autant plus, corriger mes façons d'être, assouplir ma démarche, modérer ma voix, n'en garder de vibration que juste ce qu'il en faut pour la grande tirade de la fin, travailler en un mot ma physionomie de manière à donner à Thouvenin son allure juste d'ancien ouvrier qui s'est éduqué lui-même et lient à présenl discrètement sa place dans le monde, où il apporte toutefois, en face des convenances et des servitudes de la société, une liberté de jugement, une originalité de langage qui décèlent ses origines en même temps que son caractère.
Le propre de l'étude sérieuse des rôli de faciliter ces transformations.
l'art di comédien
Le maître en cel art, comme en toul , c'étail Frederick. Le mol transfiguration a été pour la première fois, que je sache, appliqué à un comédien, à L'occasion de sa splendide interprétation de Ruy-Blas. Le mot a'étail pas trop fort. N'est-ce pas se transfîguri r que de passer de Roberl Macaire à lîny Blas? Il a incarné La même supériorité La Laideur canaille ■ lu bandit et la beauté tragique du valet amoureux de La reine.
Cai il était beau dans Ruy-Blas. Ce qu'il j avait de hautain, d'irrégulier, d'accusé dans son faciès, se fondait cl s'adoucissait dans une ombre mélancolique et passionnée, où L'on oe voyaitque Le masque du génie. Cette puissance-là o'est pas donnée à tous: Le travail uon plus, même le plus assidu, no L'assure pas toujours: et me voici revenu à cette ques tion du physique, si importante au théâtre.
Il est certain, je L'ai dit plus haut, que Le faciès d'un comédien, ou tel ou tel détail de
l'art dd comédien
sa conformation physique, — de son architecture, — peut le cantonner exclusivement dans un genre ou même dans un emploi .
Il y a des amoureux pour la vie : comme Dclaunay. — Il y a des duègne» de naissance : comme Mme Jouassaiu. — A quoi cela tient-il ? A hicn peu de chose souvent : à l'angle du nez avec la ligne de l'horizon, par exemple ; — mais sur l'influence du nez, lisez Pascal, à propos de Cléopâtre :
Telle figure ne convient qu'au drame, au plus à la comédie sérieuse.
Tel physique drôlement configuré n'est de mise que dans la comédie bouffonne.
Heureux ces acteurs, si leur physique, qui les contraint en quelque sorte à une seule création, leur permet d'y joindre, à force de talent, une portion devenir générale et d'humanité assez grande pour qu'ils en constituent un type! Ils peuvent ainsi laisser mi long souvenir et comme une image d'eux-mi ainsi Henri Monnier, dan- Monsieur Prud'homme. Il n'a été que M. Prud'homme, il ne pouvait pas être autre chose; mais il a fait de M. Prud'homme une Qgure légendaire, un type, la représentation d'une
l'art I>i comédien
classe et d'une époque; lui et sa création vivront.
Qu'on y prenne garde pourtant : le corné-
dien d'i création, si belle qu'elle soit, esl
inférieur au comédien de plusieurs.
On aurait tort de croire qu'il n'y ait de créations vraiment supérieures que celles où se réalise cette conformité absolue du comédien avec son rôle.
Frédi rick aussi a créé an type aussi éternel que M. Prud'homme. Ce Robert Macaire, dont l'ai déjà parlé, dont je parlerai encore, et qui Lui appartient en propre. El cela ne l'a pas empêché de créer aussi Ruy-Blas. Il n'était cependant, comme bomme, ni l'un ni l'autre de ces deux personnages qu'il a presque réunis dans le Don César de Bazan de Dennery, et bien hardi qui affirmerait qu'il fut supé rieur comme artiste plutôt dans l'un que dans l'autre.
La vérité est qu'il a été sublime 'lans le drame et merveilleux dans la comédie.
Il en avait le talent et son physique n'y contrevenait pa-.
C'est qu'en effet, du moment qu'un acteur n'offre aucun défaut de construction, que son
visage n'est ni plus déplaisant ni plus particulièrement comique que celui de lamoyennedes hommes, que son masque, même sans beauté, est assez mobile pour se plier h L'expression dramatique, — il n'y a aucune bonne raison pour qu'il n'aborde pas les deux genres.
C'est une question de mesure, et aussi, cela va sans dire, une question de talent.
Faut-il citer des exemples? Ils abondent. Et comment en serait-il autrement ? Le théâtre contemporain mêle trop étroitement les deux genres pour ne pas exiger de presque tous ses interprètes le double talent. Une d'admirables créations ne doit-on pas ainsi à mon cher maître Régnier! Faisaitil rire, dans Gabrielle ou le Supplice d'une femme:' El o'étail il pas inénarrable dans le Balandard de la Chaîne, on des plus iro sistibles éclats de rire qu'ai! connus le théâtre !
En réalité, la beauté physique n'est indispensable que pour les jeunes premiers. Pour faire «levant le public des déclarations d'amour iur en recevoir, il tant être bâti de manière à ne pas tenter le sourire : être beau ou le paraître.
Car il y a uno nuance : on peut le paraître