Tome I. ô
de cette manière , on ne peut pas obtenir une grande quantité de quinte-essence , mais il as- $uré qu'elle est meilleure. Enfin , ajoute:t-il, ceux qui distillent au feu de lampe, obtiennent ce qu'il peut ÿ avoir de mieux. :
Le tableau naïf que nous présente ici cet auteur , de toutes ces tergiversations dans le choix des appareils, nous à paru trop préciéux dans les recherches auxquelles nous nous sommes livrés, pour ne pas l’exposer en entier aux yeux . du lecteur. Il y verra, sans doutecomme nous, qu'a cette époque l’art de la distillation faisait des efforts pour sortir de son enfance; mais qu’il y fut encore retenu soit par la cupidité , Soit par la jalousie des alchimistes qui seuls pouvaient lui donner l’essor dont il avait be- $oin , et qu’ils tâchèrent au contraire de retenir par des raisonnemens absurdes et captieux.
fs Savonarole, dans ün chapitre consacré à l'examen de la mätière qui doit servir à la confection des vases distillatoires et À leur Æorme , nous donne encore des nolions pré- Cieusés pour l’histoire dé la distillation. Prenez, dit-il, des vases de verre (1) ; que le chapiteau en soit grand et large, afin que les vapeurs,
(a) Eligantur itaque vasa vitrea. Mich. Savonar. ibid.
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 67 s'y rassemblant en plus grande quantité, soient plus facilement condensées par la fraîcheur des linges mouillés qu’on place audessus , et qu’elles soient plutôt converties en liqueur (r).
II n’est pas aisé de pénétrer les raisons qui déterminèrent notre auteur à conseiller les alambics de verre, plutôt que les alambics en cuivre étamé dont il avait donné plus haut la description. T1 était trop instruit pour ignorer qu'il n'est pas possible de construire des vaisseaux de verre assez grands pour soumettre tout-à-la-fois une quantité de vin considérable à la distillation. V'oulait-il, à l'exemple des anciens alchimistes , dégoûter ceux qui n'étaient pas initiés ? ou bien craignait-il que, si cette liqueur devenait trop commune, elle ne fût plus autant estimée qu’elle l’était alors ? À travers les incertitudes dans lesquelles il nous laisse , nous trouvons des préceptes précieux qui n’ont pas échappé alla sagäcité des
(x) Capellum autem amplum sit et decenter grossum. Ad multiplicationem autem aquæ ejus amplitudo conferre videtur , quoniam plurimi in quantitate vapores sic ad eum venientes, frigiditate petiarum ut actum, ‘coadjuvante, in aquam ipsam convertuntur, Mich, Savonar. Ibid.
Lei
nl
68 L'ART DU. DISTILLATEUR chimistes ses successeurs, comme nous aurons lieu de le faire remarquer. I1 veut que Îles chapiteaux soient grandset larges, afin de contenir une plus grande quantité de vapeurs, . qui y sont plus facilement condensées. Il n’y a cependant pas de doute que du temps de Savonarole la distillation ne se fit déja en grand, puisqu'il dit formellement que ceux qui fabriquent de l'eau-de-vie en quantité, dans la vue de perfectionner leurs opérations, cherchent à placer leurs établissemens à côté d’une eau courante, afin d’avoir constamment sous la main l’eau fraîche qui leur, est nécessaire.
. Nicolas Lefèvre, qui vivait deux cents ans après Savonarole., décrit, dans son. Traité de Chimie (1), plusieurs appareils dont on. se servait de son temps. et qu’il importe de consigner dans un ouvrage de la nature de celui que nous avons entrepris, afin de donner une histoire complète de l’art de Ja distillation. Nous allons successivement décrire ces appareils dont la connaissance pourra fixer certaines époques de notre art. “A
tt cet pe
ND Dante aLime de Nicolas Halle erdéns volumes , édition de 167 4
Premier appareil distillatoire de Nicolas.
Lefèvre:
Le premier de ces appareils distillatoires est représenté par la figure 4, pl. T; nous l'avons. dessiné complet : fourneau , alambic , réfrigérant où condenseur , tout s'y trouve-(r).
Nous avons enlevé le mur de devant afin qu’on voie bien l’intérieur.
A est le foyer.
B , la cucurbite qu’il TMS sous le nom . de vessie. Cette cucurbite est un vase de cuivre étamé, d’une forme à-peu-près cylindrique, dont la hauteur, le collet compris, est environ le double de son diamètre. Ce ‘cylindre se retrécil vers le haut , et laisse pour le collet une ouverture égale à la moitié de son diàmétre.
La cucurbite est surmontée de son chapiteau C , que l’auteur appelle zéze de more. Le chapiteau estabsolument semblable pour la forme à tous ceux dont on s'était servi jusqu’à cette
(1) Quoiqu'il n'entre pas dans notre plan de traiter en= core des fourneaux , nous avons saisi cette occasion pour donner une idée de la manière dont ils étaient construits. On verra que cette construction s’est soutenue sans presque aucune amélioration pendant très-longetems.
époque ; il est seulement beaucoup plus large.
‘Il a; comme les autres, une gouttière et un bec qui, s’adaptant à l’orifice supérieur d’un long tube droit HH, traverse‘diagonalement une barrique M posée sur son fond, et défoncée par le haut. Cette barrique ou cuve , qui est supportée à une hauteur convenable sur un bloc de maconnerie N, est continuellement pleine d’eau froide qu’on renouvelle à tout instant, pendant que l’eau qui s'est échauffée par son contact avec le tube HH , qui reçoit les vapeurs et les condense, s'échappe par le robinet K et tombe dans le cuvier L placé au-dessous.
On n'avait sans doute pas encore fait l’observation que l’eau froide est plus pesante que l’eau chaude ; que celle-ci occupe par cette raison la partie la plus élevée de la tonne, et qu’alors il aurait été plus avantageux de faire sortir l’eau chaude par le trop plein, que de l4 prendre au tiers inférieur de sa hauteur. | |
Le fourneau n’a encore éprouvé aucune modification , aucun perfectionnement ; sa construction est la même que celle de tous ceux dont on se servait long-temps auparavant, La chaudière est supportée sur deux barres
D'EAUX-DE-VHE. ET- ESPRITS, TÉ de fer DD (1), On a pratiqué un espace vide EEEE tout autour de la cucuxbite, entre elle et la maçonnerie, dans l'intention d’y faire circuler la flamme et la fumée, afin que fa chaleur enveloppe bien la chaudière avant de se rendre daus l'orifice de la cheminée qui est par derrière diamétralement opposé à la porte du foyer. La maçonnerie est surmontée d’une pierre percée , dans son milieu , d’une grande ouverture qui joint parfaitement avec le corps de la cucurbite, Quatre petits trous de deux pouces de diamètre sont pratiqués dans les quatre angles de cette pierre, à ‘sa partie supérieure , et descendent jusques dans le foyer. Ils servent de ventouse ; l'auteur les nomme registres du feu; on lés envre ou on les ferme à volonté selon qu'on a besoin d'augmenter ou de ralentir la violence du feu.
G est le bec du chapiteau que l’auteur désigne sous le nom de canal de la téte de more.
C'est ici le premier exemple que nous puissions produire d'une distillation faite sans
(1) La porte du foyer se trouve sur le devant dans la partie du mur qui a été enlevée pour laisser voir l'intérieur dans lequel on aperçoit la Chaudière, les barres de fer qui la supportent, les registres , etc.
qu'il ait fallu refroidir les vapeurs par l’application de linges mouillés posés sur le chapiteau : elles se condensent en traversant le tuyau HH, qui est totalement immergé dans l’eau froide, et sont recues dans le récipient T. Deuxième appareil distillatoire de Nicolas
Lefèvre.
La figure 5, pl. T, représente un appareil distillatoire propre à rectifier les eaux-de-vie. On Y remarque un très-vaste chapiteau qui a deux becs pour transmettre la liqueur condensée, par des linges mouillés , dans les deux récipiens. La cucurbite est semblable à la précédente, mais elle est beateatipi) moins profonde et dis large.
Le fourneau ne diffère du précédent qu’e ‘en ce qu'il renferme un bain de sable dans lequel la chaudière est entièrement plongée. Il a, comme le premier , quatre registres.
On remarquera qu’on n'apercoit pas de condenseur à cet alambic : c’est sans doute parce que les condenseurs n'étant inventés que depuis peu de temps , on ne les trouvait pas tout-à-fait propres à remplir les fonctions pour lesquelles on les avait imaginés ;
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 7à ou bien, comme le dit notre auteur qui avait adopté le système des anciens, on craignait d’enlever à l’alcohol cette chaleur dans laquelle ils pensaient que résidait toute sa vertu’, persuadés qu’il en acquérait d'autant plus qu'il demeurait plus long-temps en contact avec ferfeuri |
Comme le chapiteau de ce dernier appareil est très-lourd ; l’auteur a pratiqué un anneau à la partie supérieure afin de pouvoir l'enlever facilement à l’aide d’une corde qui passe dans la gorge d’une poulie fixée au plancher du laboratoire. Cette disposition est commode pour décharger la cucurbite, la nettoyer, et la charger de nouveau pour une opération subséquente lorsque la distillation précédente est terminée.
Explication de la planche I, fig. 5.
À À À, bain de sable supporté par deux barres de fer. Ce bain de sable est contenu dans une chaudière en fer. |
B, cucurbite en cuivre enterrée presque en entier dans le sable. Nous avons ouvert le bain de sable par devant pour montrer à découvert la cucurbite,
74 É'ARTSDU: DISTILLATEUR
"CS collet de la cucurbite.
| D. très-vaste chapiteau en cuivre. Il porte une gouttière , et a deux becs.
E , collet du chapiteau quis ’ajuste exactehieut sur le collet de la cucurbite.
FF, becs du serpentin qui portent immédiatement la liqueur dans les récipiens sans l’intermède d’un condenseur ; les vapeurs sont condensées dans le chapiteau par des linges mouillés.
G, anneau de fer pour soulever le chapiteau. Nous n'avons tracé ni la corde, ni la poulie supérieure sur laquelle elle passe; ces objets sont faciles à imaginer. |
Dans la vue de simplifier la figure, nous nous sommes dispensés de tracer le fourneau, parce qu'il est absolument semblable à celui de l'appareil précédent. Il a aussi quatre registres.
L'on trouve dans cet’ alambic l'usage des grands chapiteaux conseillés par Michel Savonarole : mais Lefèvre est le premier qui ait adopté deux becs au même chapiteau. Nous aurons occasion de faire remarquer que les modernes ont puisé leurs idées dans celles de ces deux auteurs.
Troisième appareil distillatoire de Nicolas Lefèvre.
I] paraît que le condenseur droit, immergé dans l’eau de la pipe et que nous avons déjà décrit dans la figure 4, n'avait pas entièrement satisfait notre auteur ; il crut obtenir quelque chose de meilleur en plaçant le chapiteau de l’alambic dans un bain d’eau fraîche. Par-là il évitait les soins et l’attention continuelle qu’exige le renouvellement des linges mouillés ; il n’avait qu’à changer l’eau de temps en temps. II recommande, ce qui vaut infiniment mieux , d'établir quand cela est possible, un courant d’eau froide dans ce réfrigérant en tenant le robinet F, figure 6, plus ou moins ouvert pour laisser sortir une quantité d’eau chaude égale à celle que fournit le courant d'eau froide. On est surpris que, dans la vue de perfectionner son appareil , l’auteur n'ait pas réuni le condenseur que nous avons décrit dans la figure 4, au réfrigérant dont nous venons de donner la description; la réunion des deux moyens ne pouvait que hâter la condensation des vapeurs. On voit au contraire qu'il recoit la liqueur qui sort du bec
du chapiteau dans le récipient I, sans aucun intermédiaire.
Explication de la planche T, fig. 6.
AS cucurbite que l’auteur appelle vessie du réfrigère, qui a la même forme que celle du même auteur, fig. 4, page 69.
B , naissance du chapiteau qui s’ajuste dans le collet de la cucurbite; il est surmonté d’un tube de deux pieds et demi de hauteur et de quatre pouces de diamètre. Ïl porte vers sa partie supérieure le chapiteau et le réfrigérant. pre
D, réfrigérant que l'auteur appelle réfrigère. Il est rempli d’eau jusqu’à un pouce au-dessus de la pointe du chapiteau C qu’on voit ponctué en dedans.
C , chapiteau entièrement immergé dans l'eau du réfrigérant. Il porte une gouttière d’où la liqueur coule dans son bec E qui la verse dans le récipient IE.
F , robinet de décharge du réfrigérant.
G, douille pour charger l’alambic.
La cucurbite est placée dans un fourneau semblable à celui qui a été décrit dans la
figure 4.
Quatrième appareil distillatoire de Nicolas Lefèvre.
Enfin le même auteur nous donne le plan d’un appareil propre, dit-il, à alcoholiser l’esprit-de-vin dès la première distillation, c’està-dire, pour nous servir du langage moderne, faire avec de l’eau-de-vie |, par une seule chauffe , l’alcoho! le plus pur. Nous allons faire connaître cet instrument distillatoire (pl Z, fig. 7.)
Une cucurbite , semblable à celle qui,a été décrite figure 3, est surmontée d’un vase ellipsoïde À qui s’ajuste solidement avec son collet et qui porte lui même à sa partie supérieure un collet B. Sur ce dernier collet sont emboités l’un dans l’autre sept tuyaux formant chacun un angle aigu, de manière que tout l'assemblage est en zig-zag, présentant les pointes de quatre angles d’un côté, et trois de l’autre, en tout sept. C’est encore un nombre mystérieux, une modification de l’hydre à sept têtes. Le tuyau anguleux le plus élevé C s’ajuste ayec un dernier tuyau dont la partie supérieure est un peu évasée en forme d’entonnoir pour s’emboîter solidement dans le collet du chapiteau F qui couronne l’ap-
pareil. Ce chapiteau est absolument le même que celui de la figure 1, et porte directement la liqueur dans le récipient sans l’intermède d'aucun condenseur. Sans doute que l’auteur employait toujours les linges mouillés, d’après la sotte prévention où l’on était encore qu’une trop grande quantité d’eau nuisait à la qualité de l'esprit, ou de la quinte-essence. Tout cet appareil est soutenu par une barre de fer solidement fixée par un bout sur le fourneau, et portant à sa partie supérieure un anneau G dans lequel on introduit le collet du chapiteau avant de l'ajuster avec l’entonnoir.
GG G G désignent cette barre de fer. Sans doute, dans la vue de donner de la solidité à cet appareil, chaque tuyau du zig-zag était lié par un cercle de métal avec la barre de fer. Ceci est facile à imaginer.
H est le bec du chapiteau qui porte directement la liqueur condensée dans le recipient sans aucun intermède. |
Plusieurs modernes nous en voudront peutêtre d’avoir dévoilé les sources dans lesquelles ils ont puisé les idées de leurs appareils ; mais nous sommes historiéns et nous devons faire connaître la vérité sans nous arrêter à aucune considération particulière.
. D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 79 En jetant un coup-d’œil sur ce dernier appareil, on est surpris que Nicolas Lefèvre, connaissant déjà celui qu’a décrit Michel Savonarole(r),n’ait pas comme lui, placéson condensateur dans un bain d’eau, où au moins le chapiteau qui snrmonte son zig-zag dans un réfrigérant dont il venait de donner la description. Il est certain que, tant dans l'explication de la figure que dans les détails qu’il en donne, il neparleenaucune manière de ces deux pièces: au contraire il prescrit, dans l’explication de la figure, de placer le récipient sur un guéridoû afin de l’élever assez pour que le bec du chapiteau puisse s’introduire dans son orifice. S'il eût employé le premier moyen, il serait arrivé, sans contredit , au perfectionnement qu’on a imaginé de nos jours; mais il n’est pas encore temps de faire ces comparaisons.
On verra plus bas que Moïse Charas, qui mit en usage cet appareil, employa le second moyen, celui d’un réfrigérant.
E. R. Arnaud de Lyon, qui écrivit quelque temps après Lefèvre (2) ne traite que
(x) Voyez page 59. À " 2) Introduction à la Chimie 6u à la vraie Physique. Edition de Eyon, 1055.
80 L'ART DU DISTILLATEUR très-légérement de la distillation qu'il appelle sublimation humide ; il s’occupe plus particulièrement de la construction des fourneaux, de là manière de conduire le feu, de la composition des luts , de la calcination. I] critique amèrement ceux qui construisent des chaudières hautes. Il conseille de les faire basses et larges, parce que, dit-il, elles favorisent l’évaporation (1). Il n’est pas partisan des appareils par lesquels on prétendait rectifier l’eau-de-vie par une seule opération : il veut au contraire qu'on la rectifie plusieurs fois de suite et assure qu’on obtiendra par-là de meilleurs résultats. Il prescrit de faire ces rectifications au bain humide que nous nommons bain-marie , et que nous employons aussi aux rectiñcations des substances volatiles qui n’ont pas besoin d’un degré de chaleur égal à celui de l’eau bouillante pour être réduites en vapeurs. Il préférerait qu’on rectifiêt au bain de vapeur, auquel il, donne le nom de bain-de-rosée (2).
(1) On avait donc déjà reconnu que l’évaporation se fait en raison de la surface du liquide , et non en raison de sa hauteur. | (2) Nous verrons plus bas qu'un distillateur mo
derne a proñté de cet avis, Pa
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. Bt À peu près dans le même temps, Jean-Rodolphe-Glauber publia un ouvrage sur la distillation (1), dans lequel on trouve les choses les plus curieuses, et les appareils les plus ingénieux qui ont encore servi de modéle à nos distillateurs modernes. Nos lecteurs nous sauraient mauvais gré de passer sous silenice la description de ces deux appareils.
Premier appareil distillatoire de. Jeans Rodolphe-Glauber ( pl. T, fig. 8).
Une cornue sert d’alambic dans cet appa< reil; elle est renfermée dans un fourneau, à l RE ep de son ‘bec qui en sort era ee
en F. Un premier tuyau coudé G est solide- ment fixé par un de ses orifices au bec de la cornue; l’autre partie du tuyau plonge dans un vase H, après avoir traversé une des deux ouvertures 7. son couvercle K, dont on voit le plan séparément un peu au dessus. Le vase H est immergé presque en entier dans l’eau que contient le baquet I. Dans le second:
orifice du couvercle dont nous venons de
-'(r) Descriptio artis distillatoriæ novæ. Edition d'Amsterdam, chez Jean Jansson , 1651.
T'ome I. | 6
parier, passe une branche du deuxième tuyau 1, doublement coudé, dont l'autre branche va se rendre dans un second vase HH semblable au premier, et également immergé dans'l'eau. Ce vase a comme le prenier un couvercle percé de deux trous. Dans ce second vase vient plonger un autre tube doublement coudé et semblable à celui qui précède , dont une branche va plonger dans un troisième vase construit ainsi que son couvercle de la même manière que le premier H. Tous ces vases sont immergés dans l’eau jusqu’à leur collet. On multiplie les vases et les tubes autant qu'on le juge nécessaire, et enfin la dernière branche du dernier tube porte les vapeurs les plus alcoholiques dans fe dernier récipient. L’on conçoit facilement qu'à l’aide de l'eau dans laquelle les divers récipiens H sont immergés , il doit se condenser dans chacun une certaine quantité de vapeurs qui sont plus ou moins alcoholiques, de manière que l’alcohol le plus rectifié se trouve dans le vase le plus éloigné du fourneau. Glauber assure qu'à l’aide de cet appareil on obtient de meilleurs produits et en plus grande quantité. Nous ne.voulons pas priver le lecteur de dire lui-même le texte,
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 83 nous allons le transcrire littéralement (1).
Les lettres de ce texte s'appliquent à la même figure.
. Avancerait-0n une absurdité, si l’on soutenait que Woulf à puisé dans notre auteur l'idée dé son superbe appareil, dont Edouard Adam a fait une heureuse application à la distillation des vins ? :
Deuxième appareil distillatoiré de Jean- Rodolphe-Glaubèr ( pl. TZ, fig. 9).
L'appareil dont nous allons parler est on ‘ne peut pas plus ingénieux ; il est construit sur un principe auquel on n ‘avait pas encore
. (1). Prima, fistula curya G accommodata fistulæ fornacis æqualis F. Vas recipiens fistulæ ill accommodatum , collocatum in labro quodam Ï, in aquâ ad accelerandas ope— rationes H, cum suo operculo duplici foramine prædito K, quorum primum prima transit fistula curva simplex G.. Alterum verû prima fistula curva dupliciter L, uno scilicet: brachio , ‘quorum alterum abit in vas recipiens secundum: H H. Similiter ut primum in aquâ in labro quodam col-: locatum, quod etiam altera fistula curva duplicitér M ingreditur, brachio scilicet uno, etc. Qu ratione distillantur, spiritus celerrimè et quidem in magnâ Éone Glauber,
ibid.
84 L'ART DU. DISTILLATEUR pensé.:et peut trouver de très-utiles appli= cations. Il importe de le connaître,
Dans un petit fourneau A (fig. 9), est placée une cornue de cuivre, dont le bec sort latéralement. Son bout qui est un peu élevé au-dessus de la ligne horizontale aboutit à la partie inférieure d’un tonneau C, rempli des substances qu’on veut soumettre à la distillation. De la partie supérieure de ce premier tonneau qui est foncé par les deux bouts, part un tuyau de cuivre qui s’ajuste avec l'orifice d’un autre tuyau contourné en serpent. et placé dans l'intérieur d’une seconde futaille ouverte,par sa partie supérieure D, et pleine d’eau. Nousavons, dans la figure, clore les douves et coupé les carole du devant de cette futaille da laisser voir dans l’intérieur le serpent qu’on pourrait éonfondre avec le serpentin connu de nos jours , mais qui n’est autre chose que le serpent de Porta. ( Voyez pl I, fig. 2.) La partie inférieure.
du serpent sort de cette futaille près de son fond:et se lute à l’orifice du récipient E ne lequel se rend la liqueur. | |
L'on trouve dans cet appareil la première idée du condenseur contourné en forme de serpent pour faire parcourir aux vapeurs un
D'EAUX-DELVIE ET épris. 85 plus long espace , afin qu ‘elles se condensent “mieux par leur Contact avec une masse d’eau toujours ‘fraîche. Il n’y avait qu'un pas à ‘faire pour donner à cet instrument la forme d’une hélice telle qu'on la voit de nos jours ‘dans tous les ateliers de distillation ; cette idée ne vint aux chimistes qu’une vingtaine ‘d'années après , ainsi que nous le verrons plus gr 5 |
Nous prions d rbaE SR que le dernier appareil que nous venons de décrire renferme ‘une idée extrêmement heureuse, pour écoromiser le combustible et échauffer une trèsgrande masse de liquide avec peu de dépense.
On voit que le bec de la cornue communiquant par le bas au tonneau dans lequel est lé liquide à distiller, qui devigit par Île fait un véritable alambic , ce liquide passe tout entier suecessivement dans la cornue, qu'il s’y échanffe au point de l’ebullition et que la seule cornue est exposée ä la chaleur: qu’ên continuant ainsi à échaufler la cornue’, on imprime à tout le liquide une chaleur suffisante pour opérer la distillation. Il n’est pas difficile de concevoir le mécanisme-dé cette opération. Personne n’ignore que l’eau chaude est plus légère que l’eau froide , il en.
est de même de tous les liquides; l’on peut même étendre cette propriété, à tous les corps, et dire qu’ils sont spécifiquement plus légers lorsqu'ils sont chauds que lorsqu'ils sont froids. Ce principe bien reconnu , on doit concevoir que, lorsque le liquide contenu dans la cornue a acquis un degré. de chaleur suffisant , il en sort pour aller occuper la place la plus élevée de l’alambic et est de suite remplacé par une même quantité de liquide .plus froid , de manière que de proche en proche tout le liquide du tonneau passe continuellement dans la cornue et, y recoit un degré de chaleur capable d’en volatiliser les parties. Mer E TE ( 6 Cette idée qui a été saisie par le comte de Rumford,et par plusieurs autres a été présentée de nos. jours sous un aspect différent et a recu les plus heureuses applications.
Glauber s'en servait avec avantage pour chauffer des bains; on trouve dans son ouvrage deux appareils très-ingénieux pour cet objet, mais que nous ne rapporterons pas ici, afin de ne pas nous écarter de notre sujet.
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 87 Appareils distillatoires de Charas.
Dans la Pharmacopée de Moïse Charas (r}..
on trouve la description de deux appareils que nous avons déjà décrits, mais qu’il pérfectionna beaucoup. Le premier est le condensateur en forme de serpent que Porta ‘nous à fait connaître (2), que notre auteur a contourné en hélice, et qu’il a placé autour d’un gros cylindre en cuivre pour lui donner plus de solidité. Fl immergea le chapiteau dans un vaste réfrigérant et crut pouvoir supprimer par-là le condenseur droit de Nicolas Lefèwre (3). I1 recévait directement Ja Kqueur dans le récipient par le bec du chapiteau.
Le second appareil qu'il décrit est celui de
Nicolas Lefèvre (4), mais mieux entendu, plus solide et dont le chapiteau est immergé comme celui dont nous venons de parler, dans un vaste réfrigérant. Le texte de cet ra mérite de trouver place ici; il nous
dei / {4 | “a \
(1) Pharmacopee royale galenique et chimique in-f. Edition de Paris 1676.
(2) Voyez page 55.
(5) Voyez page 69. + .
s KV pyez pag 27:
88 L'ART DU DISTILLATEUR fournira matière à quelques réflexions. Son langage est extrêmement précieux pour éclairer certains points du sujet qui nous occupe. ,
« Quelques uns, dit-il, veulent que pendant la distillation on tienne au haut de la vessie (la cucurbite) ; qui contient le vin ou, l’eau-
“de-vie, du papier brouillard en plusieurs doubles, ou quelques morceaux de gros drap, et que tandis que les esprits passent facilement à travers de ces chausses, le flegme y soit arrêté et contraint de retomber. D’autres veulent qu'une éponge de mesure imbibée . d'huile produise. le même effet; mais les uns et les autres s’abusent, parce qu’une partiefdu flegme accompagnant l'esprit, ne manque pas de passer à travers du papier, du drap et même de l’huile , dont Fesprit de vin enlève même avec lui quelques particules qui peuvent altérer ses bonnes qualités. » sis
«. Ces difficultés ont obligé les. nouveaux artistes d'inventer. un vaisseau par le moyen duquel on peut au premier coup avoir un esprit-de-vin aussi pur que si on l’avait rectifié plusieurs fois par les. moyens dont je viens de parler, et dont l’expérience.que j'en fais tous les jours, m'engage à donner’ deux diverses figures représentant les vaisseaux
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 89 que j’emploie à cette rectification. Eaïssant & part l’usage des natras à long col, couverts de leur chappe , qu'on doit autant rejeter pour le lofg temps qu'il faut employer pour rectifier un peu d'esprit, que pour la difficulté qu'il y a de trouver à Paris ces vaisseaux bien faits, et encore plus à la campagne. »
«Par le moyen de ces vaisseaux, la partie aqueuse de leau-de-vie rencontrant un conduit resserré, entortillé et fort élevé, et ne pouvant pas monter si haut ; ni si facilement que l’esprit-de-vin , est contrainte de l’abandonner et de retomber dans la vessie d’où elle s'était élevée, pourvu qu’on ménage bien le feu. Et pour'cet effet, après avoir placé le vaisseau ‘sur un fourneau bâti exprès et bien proportionné, rempli de bonne eau-deivie environ Tes deux tiers de la vessie, parfaitement bien Juté toutes les jointures tant du vaisseau que du récipient (1}, et rempli d’eau froide le
(x) Dans aucune des descriptions : que nous avons données nous n’avons parlé des soins qu’on devait prendre de bien boucher, de bien luter les jointures ; ce n’est pas un oubli de notre part , nous avons l'intention de consacrer
un article à cette opération très-importante. Nous salsissO cette occasion que nous présente notre auteur pour faire, observer que, quel que soit, l'appareil. qu'on. se propose
Da à
90 L'ART DU. DISTILLATEUR , réfrigérant , on allumera dans le foyer du fourneau un feu de charbon fort doux , quoique immédiat , lequel, on continuera jusqu’à ce que l’esprit-de-vin cesse de distiller pur. On a par ce moyen la satisfaction d’en pouvoir rectifier dans ces vaisseaux plusieurs pintes,, dans un jour, sans beaucoup de peine, avec peu de soin et peu de dépenses. »
Demachy a donné, dans l'Art du Distillaeur d'eaux fortes , imprimé en 1773 ,la description de ces' appareils. Voici comment. il s'exprime sur la distillation chez les anciens.
« On était anciennement dans l’usage de donner à l'ouverture des cucurbites, et à la base des chapiteaux un diamètre fort. étroit; et on.les éloignait l’un de l’autre à l’aide d’une colonne de même diamètre en cuivre étamé ou en étain dont la hauteur variait depuis deux pieds jusqui ’à quinze. On voyait encore un de ces alambicsilya quelques, années dans les laboratoires publics; s'il s’en rencontre encore, ils ne sont Plus que des instrumens curieux. ÿ
LA
nd ; il faut que toutes les jointures soient très-
xactement lutées, afin que les vapeurs ne trouvent pas @'issue pour s PRET Nous donnerons plus bas la m2hière de faire les luts et de les appliquer.
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. ot
….« L’intention de leurs auteurs était de déflegmer les esprits plus énergiquement , parce
qu’ils pensaient que plus le flegme avait haut
à monter, plus il était obligé de se condenser en route. D’autres ne se contentaient pas de
cettecolonne pure et simple, ils y contournaïent une ou deux spirales, qui multiplidient, selon
eux , la difficulté de monter pour le flegme ;
et c'est ce qu'ils appelaient plus particulie-
rement serpentin. I] existe à Paris un monument singulier de ce préjugé de nos anciens.
Un alambic , d’une très-grande capacité, est
surmonté d’une colonne à spirale de seize pieds
de: haut ; le bec de son chapiteau a cinq à six
pieds de long; il se courbe pour venir plonger
dans.une vaste pièce d’eau , où se trouve une autre spirale de deux pieds de diamètre et
qui a au moins vingt pas; c’est après avoir
parcouru cent vingt pieds au Moins, que sort enfin l’esprit-de-vin plus usé que rectifié. » .« Quelquesexpériences avaient déjà détrompé
plusieurs de nos distillateurs ; et peu-à-peu ces serpentins colossaux ont fait place à ceux qui sont d'usage maintenant. Qu'on ne les: croie cependant pas d'invention moderne ; Raymond Lulle les connaissait; Libavius, Béringuecio les ont fait graver dans leurs ouvrages. » : ;
9 ®L'ART DU DISTILLATEUR Voyez les figures 2 et7 qui, d’après ce que nous avons déjà dit, n’ont besoin d’être ni expliquées, ni gravées de nouveau; il n’y a qu'à imaginer un gros cylindre de cuivre autour duquel le serpent et le zig-zag sont contournés en hélice. Le gro$ tuyau fait corps avec le collet du chapiteau, qui s'ajuste dans le’ collet de la chaudière, et par son autre bout ayec le dessous du chapiteau. l'est fermé par les deux bouts; les vapeurs ne peuvent pas y entrer. | |
Les chapiteaux sontimmergés dans de vastes réfrigérans , comme dans la figure 6.
Nous voyons avec satisfaction que notre auteur réprouve le papier brouillard, le drap, les éponges et l'huile pour empêcher les vapeurs aqueuses de monter avec l’älcohol; nous avons émis plus haut une opinion semblable, et nous somniés flattés de nous trouver d’accord avec un homme d’un pareil mérite. Nous . partageons aussi son opinion sur l'usage des matras à long col, non parce qu'il est difficile de s’en procurer de bien faits, maïs parce que nous les regardons comme parfaitement inutiles pour la rectification ‘des esprits. Ils ne peuvent tout au plus que porter le chapiteaw à un plus grand éloignement de là cucurbite,…
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 93 et par ce moyen l’exposer à un degré de froid plus grand ; mais ils ne sont d'aucun secours pour séparer le$ vapeurs aqueuses des vapeurs alcoholiques.
Nous.ne devons pas perdre de vue une ob= servation: précieuse consignée dans les dernières paroles de notre auteur, qui nous fournit la preuve la plus irréfragable que de son temps la distillation des vins ne donnait pas une assez grande quantité de produits , pour qu'elle pût former une branche de commerce bien considérable. Ces vaisseaux, ditil, fournissent le moyen d'en rectifier plusieurs pintes par jour. I] va de là qu'avec les autres appareils, on n en. pouvait rectifier qu'une moindre quantité. De quelle importance pouvait donc être la fabrication de l’alcohol , dès qu’on ne pouvait en livrer à la consommation qu'un très - petit nombre de pintes par jour? Nous aurons occasion de rappeler cette observation dans le quatrième paragraphe, où nous nous occuperons de l’ étendue du commerce des eaux-de-vie. .
Notre auteur termine cet intéressant article par l’énumération des vertus qu’il reconnaît” à l’eau-de-vie et à l’esprit-de-vin , principalement pour la guérison des maladies.
En 1718, Jean-Conrad Barchusen fit imprimer un Traité de chimie (r) dans lequel il donne la description d’un appareil dont on se servait de son temps pour la distillation des vins et pour la rectification des eaux-de-vie. I] paraît que l'emploi du serpentin comme éondenseur n'était pas encore connu, puisque, dans un autre appareil qu’il décrit et qui est le même que celui de Nicolas Lefèvré, que nous avons déjà fait connaître (2) , il prescrit de se servir du même condenseur dont Lefèvre | 1 servait.
Appareil disbilatoire de Barchusen.
Cet appareil Aa d'autre mérite que sa singularité. Au-dessus du chapiteau , ajusté sur le collet de la chaudière et joignant bien avec lui Cat pratiqué un, serpent qui, après s'être élevé de quatre pieds, redescend en suivant les mêmes circonvolutions, et se termine en un tuyau droit qui traverse diagonalement une futaille remplie d’eau. C’est dans ce tuyau
que les vapeurs se condensent. La figure 10
GG 1) Fa: chimiæ Joannis Conradi Barchusen.
Editio Lugduni Batavorum. 1718.
(2) Voyez page 69,
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. cs
‘suffit pour donner l'intelligence de ce chapiteau ; dans lequel consiste toute la différence.
Nous verrons que cette construction est loin d’avoir apporté aucun perfectionnement au serpent, déjà décrit par Porta et perfectionné par Charas. Le serpent ascendant peut bien opérer jusqu'à un certain point la rectification lorsque les vapeurs rencontrent, dans sa partie supérieue, une ‘atmosphère plus froide au moyen d’un réfrigérant ou d’un chapiteau , dans lequel les vapeurs aqueuses se condensent pour redescendre dans la chaudière , tandis que les plus alcoholiques s’échappent pour se liquéfier dans le condenseur ; mais ici les vapeurs aqueuses qui arrivent jusqu’au sommet, se rendent , avec les vapeurs alcoholiques , dans le serpent descendant, et se condensent ensemble dans le tuyau droit pour passer ainsi mêlées dans le récipient.
Nous pensons que l'appareil de Porta, perfectionné par Charas, est infiniment préférable. Cet auteur ne nous parle pas de la qualité des produits qu’il a obtenus à l’aide de cet instrument, nous ne les croyons pas aussi bons qu'il paraissait l’espérer.
96 +L'ART DU DISTILLATEUR Appareil distillatoire de Bocrhaave.
. Enfin, le savant Boerhaave qui vivait au AU DOMeNE du dix-huitième siècle, crut, pouvoir perfectionner etsimplifierles appareils de tous les chimistes qui l'avaient précédé ; il prétend avoir obtenu, par.une seule chauffe, de l’alcohol très-déflegmé. Son ouvrage, écrit d’abord en latin (1) en 1724, fut traduit en français trente ans après. Comme cet auteur entre dans des détails sur les principes de:
l’art de la distillation , et qu’il décrit très-bien l'appareil qui nous occupe.,.il est important de l'entendre parler lui-même : nous allons transcrire cet article (2).
4 Lorsque les parties qu’il faut faire élever « sont aisées à mettre en. mouvement , et ne différent pas beaucoup en volatilité Fi corps: dont il faut les détacher , il convient dese « servir d'autres vaisseaux que ceux dont on « s’est servi jusqu à présent. Premièrement,
À ss LA :
ÉA à
(x) Hermann. Boërhaave ‘institutiones ‘et experi= menta chimiæ. Paris, 1724. 2:vol in-12. | (2) Elémens de chimie de Hermann Boerhaave. Paris,
1754. 6 vol. in-12, tome 6, page 15. ÊË
ces vaisseaux peuvent être coniques ; leur figure approchant decelle dela massued’Her-
cule, les ‘a fait appeler par les hollandais,
kolden ou massues (1). La même raison de
« ressemblance leur a fait donner le nom de
« cucurbite. Les anciens alchimistes , comme
« Raymond Lulle et d’autres , les ont nommés
urinaux. On concoit facilement que* les parties élevées par l’action du feu , heurtent contre les parois inclinées de ces vaisseaux, en sont arrêtées et repoussées, et retombent vers le fond. Ainsi celles qui se meuvent avec le plus de difficulté, montent rarement tout à fait en haut, et par conséquent ne s’échappent pas avec les autres. À l'égard de ces vaisseaux , il faut encore observer que plus leur fond est large, et l'ouverture supérieure, par où les parties sublimées doivent sortir, étroites ; plus il y aura de parties
arrêtées et repoussées, et plus la séparation des parties lesplus volatiles, d'avec celles qui
le sont moins, s’opérera facilement. Entroi-, sième lieu , il faut aussi faire attention à la hauteur de ces vaisseaux; plus ils seront
-(1) IL. paraît que notre auteur a adopté le langage
mystérieux des anciens.
LOMME" 7
hauts, plus les partiesles moins volatiles auront de peine à se sublimer. C’est en faisant attention à cestroiscirconstances ,qu'onainventé une manière dedistiller avec peu de feu, de peine et de dépense, une grande quantité d’alcohol simple ou imprégné des plus subtils
« esprits de végétaux. Voici comment : soit un
« cône d’étain CDE(plt, fig.11), dont la
-bâseC D soit, par exemple, desix pouces de diamètre, et le sommet E d’un pouce; que
ce cône soit continué en cylindre , après s'être recourbé du sommet vers en bas, où il doit se dévoyer en F pour entrer dans l'ouverture d’un tuyau ‘cylindrique tourné en spirale , que l’on appelle vulgairement serpentin. La hauteur du cône doit être de quatre pieds. Si l'on met de l'esprit de vin dans une cucurbite, placée dans de l’eau bouillañte , et qu'après y avoir adapté ce cône d’étain , en guise de chapiteau , on fasse distilier cet esprit par le serpentin et le réfrisérant, on aura la premiere fois de l'esprit très-fort , et à la seconde distillation de vrai alcohol. »
Si l’on compare cet appareil avec celui de
Barchusen , on s’apercevra facilement que
V’un et l’autre sont construits sur les mêmes
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. O9 principes. L'on reconnaîtra que celui de Boerhaave est d’une plus facile exécution. Notre auteur convient que, malgré l'excellence de son appareil , on est obligé de distiller deux fois
+ pour obtenir de l’alcohol pur. Il est incontestable que s’il eût enfermé son cône dans une tonne pleine d’eau, et entretenue à un degré de chaleur convenable , il aurait obtenu,
-par une seule chauffe, des produits qui exigeaient deux distillations. Cette idée lui avait été ns par Savonarole ; et Boerhaave était trop instruit pour ne pas connaître ce moyen. TI] partageait sans doute l’opinion de ses prédécesseurs qui craignaient d'enlever à l’espritde-vin , par le contact continuel de l’eau, les principes de chaleur qu'ils crôyaient que le feu lui communiquait. C’est le premier auteur qui nous parle du serpentin condenseur en spirale ; nous pouvons donc faire remonter à son temps l'époque de cette invention.
Explication de la Planche I )JISUTE-AL.
CDE, cône creux d’étain , haut de quatre pieds. Le diamètre de sa base C D.est de six pouces, et celui de son sommet E d’un pouce,
La partie A BC D est un cône tronqué ren- À
r00 L'ART DU DISTILLATEUR versé , qui doit s’ajuster exactement avec le collet de la chaudière.
E F Gest la continuation de ce cône en un tuyau cylindrique qui est coudé en F , pour pouvoir éntrer dans l'ouverture de la partie supérieure d’un serpentin. À
. HI K, traverses qui unissent le tuyau avec le cône pour donner à l’ensemble la solidité nécessaire.
Cet appareil sert de chapiteau à. F chaudière pour la distillation de l'alcoh
Nous voilà enfin arrivés au milieu du dixhuitième siècle, et nous sommes convaincus que, jusqu’à cette époque, l’art de la distillation n'avait pas acquis une grande consistance. Le tableau que nous venons de tracer des divers appareils qui ont été imaginés jusqu'à ce temps pour perfectionner l’art d’extraire l’eau-de-vie du vin et pour la rectifier, est une preuve incontestable des travaux soutenus que les alchimistes avaient mis en usage\ pour arriver à leur but. Nous aurions pu citer, à l’appui de nos assertions , un bien plus grand nombre de preuves , car nous avons consulté tous les auteurs qui ont écrit sur la distillation ; mais nous avons préféré nous attacher à déœrire les appareils qui présentaient successi-
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. OK vement quelques idées nonvelles , propres à faire parvenir au un de l’art.
Ce n’est pas que presque tous les chimistes ne se soient occupés de la distillation ; que plusieurs. d’entre eux n'aient essayé #3 faire des: changemens , des additions , des modifications aux appareils distilatoiresusités deleurtemps ; mais il paraît aussi qu'ilsse sont toujours tenus renfermés dans le cercle étroit des premières idées. La forme des cucurbites a constamment conservé celle de la courge ou calebasse, à J'imitation de laquelle ont été formés les premiers modèles, et dont ils ont emprunté leur nom. On s’est contenté de les allonger , de les raccourcir, d’en rétrécir ou d’en élargir l’ouverture; mais le fond n’a pas changé. De même l'alambic, garni de son chapiteau , a conservé, comme nous le verrons plus bas , jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, la forme del’omo galeatus , Vhomme couvert d’un casque dont parlent les anciens chimistes.
Le peu de progrès de l’art de Ja distillation vient, sans doute, ainsi que nous l'avons fait observer plusieurs en de ce que la plupart des chimistes ont envisagé cette opération plaiût re- ‘ lativement à l’objet philosophique, qu’à l’objet économique. C'était assez pour eux de parvenir
au but de leur opération par une méthode exacte et commode ; il leur importait peu qu'elle fût un PE plus longuë et un peu plus dispendieuse.
II n’en est pas de même relativement aux arts. Le problème à résoudre n’est pas seulement de produire un effet quelconque, mais, s’il est permis de s'exprimer ainsi, de parvenir au #7axrimum de l'effet , et au r7inimurn de la dépense. La solution de ce problême n'intéresse pas seulement les particuliers , elle intéresse l’état lui-même. C’est d’elle , en effet, que dépend la chute ou le succès fe presque tous les établissemens des arts ; c’est elle qui . établit la balance entre le commerce de département à département , de nation à nation; c’est elle enfin qui rompt l’équilibre et la concurrence, ou qui les rétablit,
S'il est un état où l’art de la distillafion ait une liaison intime avec le commerce national etavec le système politique du gouvernement, c’est surtout en France, où cet art, appliqué. à la conversion des vins en eaux-de-vie, forme une branche de consommation immense dans l'intérieur du royaume, un objet d'exportation À l'extérieur, enfin un produit, considérable : pour les revenus du trésor royal.
Les anciens étaient bien pénétrés de cette
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 103 vérité ; aussi avaient-ils mis tout en jeu pour atteindre cet unique but. Si l’on fait quelques réflexions sur les: appareils de Porta, de Raymond Lulle, de Nicolas Lefèvre, de Charas, de Barchusen, de Boerhaave, on ne pourra pas disconvenir qu’ils avaient épuisé toutes les ressources du génie ; et s'ils n’ont pu obtenir la perfection, qu’ils avaient lieu d’attendre de leurs travaux , ainsi que l’ont fait les modernes, en se servant des mêmes moyens, comme nous aurons lieu de le faire remarquer plus bas, c'est qu’ils n’employaient pas.assez : les ressources que leur présentait la physique, pour modifier convenablement les elfets du calorique. Ils avaient bien observé que dans l’eau-de-vie , produit de la distillation du vin, il existait deux substances, l’eau et Valcohol , qu’il était indispensable de séparer. Ils y parvenaient par des rectifications multipliées , mais ils voulaient y arriver par une seule chauñe; on voit qu'ils se dirigeaient, toujours vers ce point. ls avaient imaginé le. moyen , l'agent seul leur manquait. Par une . crainte mal entendue d’affaiblir les qualités, de l’alcohol, ils rejetaient constamment l’eau... cet agent puissant qui aurait couronné leurs. travaux des plus brillans succès. Cette sotts
prévention fut une barrière insurmontable à leurs découvertes ; leurs tentatives s’arrêtèrent a la porte même #a sanctuaire où il était si facile d’entrér. Un pas de plus et le problème ‘était résolu.
‘Oniest surpris } avec juste raison , qu'aucun deces hommes ingénieux qui avaient imaginé d'aussi bons appareils , n’ait eu l’idée d’enfermer le condensateur dans une tonne pleine d’eau , eux qui se servaient avec tant d’avantages es ce moyen pour les réfrigérans. Un seul, Savonarole , l'avait mis en pratique, à ce que nous croyons, et encore son texte paraïitil douteux à quelques personnes ; mais nous he Voyons pas qu'il ait eu des imitateurs : au contraire , nous avons démontré qu’il avait trouvé beaucoup de détracteurs. Mais ne devancons pas les époques, nous aurons lieu, en décrivant les appareils des modernes , de révenir sur les procédés des anciens, et nous n'oublierons pas de faire remarquer la ressemblance qui existe entre les uns et les autres. |
Nous allons suspendre, dans le paragraphe suivant, l’ordre chronologique , pour donner une dé de l’importance du commerce que les anciens pouvaient faire des eaux-de-vie.
Nous tâcherons, comme nous l'avons fait jusqu'ici, d’ appuyer nos raisonnemens sur les preuves que nous fourniront leurs ouvrages. Avant d'ouvrir cette discussion , nous allons indiquer la manière dont on doit luter les appareils, en faisant connaître les luts qu'on emploie. ;
Des luts et de la maruier € de les employer.
Luter un appareil, c’est couvrir toutes les jointures , toutes les ouvertures dont il est composé , d’une espèce de mastic qui s’attache, qui se colle si étroitement avec les deux pièces ajoutées , qu’il ne puisse s'échapper par cette ouverture aucune vapeur. Ce mastic est cette substance qu on a désignée sous le nom de lut.
Le meilleur lut est donc celui qui s'attache le plus fortement aux deux pièces que l’on veut unir, qui se dessèche le plus promptement sans former aucune gercure ; aucune fente qui puisse donner passage aux vapeurs.
Les anciens avaient des recettes innombrables de différens luts ; il serait trop fastidieux de les rapporter toutes , nous nous bornerons à donner celle du lut de sagesse ,
dont ils prescrivaient l’emploi de préférence à tout autre.
Ce lut se composait soit avec de la farine , soit avec de la chaux vive en poudre en place de farine et du blanc d'œuf, qu’on battait bien ensemble, qu’on étendait ensuite sur des bandes de papier et qu’on placait ainsi sur les jointures. Ce lut est encore employé de nos jours, dans les opérations délicates de chimie. On se sert de la chaux vive et du blanc d'œuf qu’on étend sur des bandes de linge au lieu de papier. Il faut être prompt à le placer sur les jointures car il sèche très-vîte. Les distillateurs ne l’emploient presque pas.
Ils se servent le plus communément d’argile, qu’ils appellent terre grasse; après lavoir fait détremper dans l’eau par une suffisante macération, ils versent beaucoup d’eau dans le vase qui le contient , de manière à en faire une bouillie très-claire; ils agitent le tout, laissent déposer quelques instans afin que les pierres et le gravier tombent au fond ; ils versent ensuite dans un autre vase la partie supérieure et bien liquide, et laissent précipiter l'argile. Lorsque l’eau qui surnage est limpide, ils la jettent par inclinaison, ce qui s'appelle décanter , et n’en laissent qu’une quantité suf-
“fisahte pour rendre l’argile maniable. Alors ils ‘en prennent une parlie qu'ils roulent dans les, mains pour en former un petit cylindre desix lignes environ de diamètre, et le placent sur la jointure qu'ils veulent tre en appuyant assez pour faire entrer l'argile dans la fente. Ils l’assujétissent de cette manière le mieux possible, et finissent par bien unir les joints en ‘passant dessus lés doigts mouillés. Tls ont soin de passer souvent les doigts sur l'argile à mesure qu’elle se sèche, afin de rémplir les petites fentes qui s’y forment presque toujours par sa retraite. |
Lorsque l’argile est presque sèche, ils collent dessus des bandes de papier impréonées de colle de farine.
Quelques distillateurs peu soigneux emploient, au lieu de terre glaise, de la cendre détrempée; mais ce moyen est mauvais, la cendre est trop poreuse. D’autres $e contentent d'appliquer sur les jointures simplement du papier collé. C’est le plus mauvais de tous les Juts et le moins sûr.
Le meilleur lut est celui qui est fait avec de l'argile pilée , passée au tamis de soie, et malaxée avec de l’huile de noix rendue siccative par la litharge. Pour celà on met de l’ar-
gile dans un mortier, on l’arrose d’huile siccative, on broie long-temps pour que le mélange soit Éne Lt l’on ajoute la quantité d'huile où d'argile nécessaire, jusqu’à ce que la pâte ne s'attache plus au mortier : alors on la conserve dans un lieu frais pour le besoin. On l'appelle lut gras.
; Lorsqu'on veut s’en servir on en prend une partie qu'on roule dans les doists et dans les mains, comme nous l'avons dit précédemment, pour en faire. comme une espèce de petit rouleau qu'on place sur les jointures , de a même manière que nous l'avons expliqué pour l’aroile ; mais on l’unit avec le doigt trempé dans l'huile siccative.
Lorsque ce lut est bien soigneusement appliqué, on n’a besoin ni de papier collé ni de linge pour l'empêcher de se détacher. Cependant, si l’on craignait qu’il ne laissât échapper les vapeurs, on pourrait le recouvrir avec des bandes de linge imbibées de blanc d'œuf sur lequel on saupoudre de la chaux vive en poudre, et qu’on incorpore bien avec le blanc d'œuf en passant les doigts dessus. C'est ce dernier lut.qu’on nomme /ut à lu chaux.
Le lut blanc que les distillateurs anglaisemploient dans leurs brûleries est préférable
“dans les travaux en grand à ceux dont on fait usage en France ; nous allons le faire connaître. |
Ce lut a l’avantage de pouvoir étreemployéà quarante ou cinquante reprises, sans qu'on ait d’autre peine que de le pilér et de le pétrir ; il passe promptement de l’état d’une grande dureté à celui d’un lut plastique, en l’humectant seulement d’eau. On prend trois parties par mesure de blanc de craie ( carbonate calcaire), une partie de farine de froment, une partie de sel blanc (muriate de soude), et moins d’une partie d'eau. 11 faut mesurer les ingrédiens secs en remplissant le vase sans y comprimer les matières; on les mélange parfaitement avant d’y ajouter l’eau. Le blanc de craie sert de base à ce lut, la farine donne de la ténacité ; le sel, qui tend à le rendre compacte et dur, le dispose au contraire à se ramollirquand il est sec, pourvu qu'on l’humecte une seconde fois. Veut:on rendre ce lat un peu plus ténace, on y ajouteun peu plus defarine ; s’agitild’en faciliter la solution pour s’en servir une seconde fois, il faut augmenter la dose du sel,
En se servant de ce lut, il faut le pétrir pendant quelques minutes entre les mains, pour former des pièces longues et cylindriques,
qu'on place sur les jointures de l’alambic ; on réunit les morceaux avec les doigts mouillés qu'on passe dessus ; avant d’enlever le chapiteau, on mouille le lut sur les jointures pour en faciliter la séparation. | Nous devons faire observer que si l’on em-
ploie la fécule de glands de chêne au lieu de la farine de froment, ce lut a beaucoup plus de ténacité sans perdre aucune de ses autres qualités.
. Ce lut est le meilleur qu’on puisse employer dans les opérations en grand, c’est-à-dire, dans les distilleries.
Idée du commerce des eaux-de-vie chez les anciens:
Les produits de l’industrie ne peuvent devenir des objets de commerce qu’autant que les personnes qui en sont les dépositaires , en ont dans leurs magasins une quantité suffisante pour satisfaire à toutes les. demandes. Alors ces. marchandises forment des objets d'échange qui établissent une correspondance non-seulement de ville à ville, mais encore de nation à nation. Lorsque ces produits,
LA
D'EAUX-DE-VIE ET.ESPRITS. 111 au contraire, sont concentrés dans les mains de quelques personnes privilégiées qui n’en fabriquent que pour leur unique consommation , ou pour en céder à quelques amis, dès-lors il n’y a pas de négoce proprement dit , il n’y a pas de spéculation commerciale.
On a vu que dans les siècles reculés où les produits dé la distillation des vins commencèrent à être connus , les alchimistes qui leur avaient donné naissance , crurent avoir trouvé la matière première de la panacée ; que cette idée les engagea à cacher non- seulement les procédés qu'ils avaient mis en usage pour l'obtenir , mais même jusqu’au nom de la chose trouvée, de manière que, pour la soustraire à la connaissance du. vulgaire et de ceux qui n'étaient pas initiés à leurs mystères, ils la désignèrent par * mille noms plus singuliers les uns que les autres , soit dans la vue de donner une idée du cas qu'ils en faisaient , soit afin d’en conserver exclusivement la possession.
Lorsque le secret de leur découverte se fut un peu plus répandu , qu’un plus grand nombre de chimistes se fut occupé de cette fabrication , la distillation des vins aurait pu
devenir importante , et des hommes qui se
seraient uniquement livrés à.ce travail auraient pu en fabriquer assez pour satisfaire à toutes les demandes ; mais une fausse prévention vint s'opposer aux progrès de cet art. Les chimistes, les pharmaciens d'alors, qui seuls employaient les eaux-de-vie et l'alcoho! pour leurs préparations pharmaceutiques, à l’usage exclusif de la médecine, ne voulurent employer que l'alcohol fabriqué dans leurs laboratoires, dans la crainte que des manipulateurs étrangers en quelque manière à la science ne missent pas dans cette préparation tous les soins qu'ils jugeaient indispensables. La crainte même d’être trompés + dans la qualité de l’alcohol s’ils le recevaientdes mains des fabricans, fut encore un obstacle à l'établissement des grandes distilleries. Cette prévention avait tellement prévalu , qu’elle s'était perpétuée jusqu’à nos jours. Les distillateurs liquoristes du département de l'Hérault qui se servent de l’eau-de-vie rectifiée appelée trois-six(1) pôur la fabrication de leurs Jiqueurs, n’employaient il y a quarante ans que celle qu'ils fabriquaient eux-mêmes; ils n’osaient pas faire usage de celle que leur
{ 1) Voyez au vocabulaire.
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 113 offraient les distillateurs d’eaux-de-vie, Ce n'était que dans des circonstances urgentes qu'ils se décidaient à acheter le trois- six tout fabriqué. La découverte d'Edouard Adam a fait cesser toutes ces préventions. Depuis cette époque aucun liquoriste ne distille les esprits qu'il manipule ; le commerce les lui fournit.
Les raisons que nous venons de déduire auraient sans doute suffi pour empêcher la fabrication en grand des eaux-de-vie ; un autre motif bien puissant se réunissait encore pour empêcher que le commerce de ces substances ne devint important.
Lorsqu'on livre une marchandise au public, on doit avoir des moyens éprouvés pour en connaître la qualité d’une manière certaine, afin que le vendeur et l'acheteur soient assurés de ne point être lésés. Quand une marchendise n’est pas de nature à pouvoir être appréciée à sa juste valeur au premier aspect, il est nécessaire d’avoir des termes de comparaison dont on puisse la rapprocher, et qui indiquent. d’une manière approximative le prix qu'on doit y mettre. Une pièce de drap qu'on achète chez le marchand porte avec elle les caractères de sa bonne ou de sa mauvaise