Tome Z, E
Parmi les mémoires qui furent envoyés au concours, deux furent distingués ; M. Baumé, célèbre chimiste et pharmacien à Paris, membre de la société royale des sciences, obtint le premier prix de 1200 fr., et le second de Goo fr. fut adjugé à M. Moline, prieur chèvecier de la commanderie de St.- Antoine, ordre de Malte, à Paris. Ces deux mémoires doivent être lus à cause des idées neuves et utiles qu'ils renferment. Nous l'avons déjà annoncé et nous ne cesserons de le répéter, le vrai moyen de parvenir au perfectionnement des arts consiste à renfermer sous le même cadre tout ce quia été fait, tout ce qui a été dit par les hommes éclairés qui s’en sont occupés avec fruit. La connaissance des tentatives qui ont été faites , des procédés qu’on a exécutés, peut faire maître des idées précieuses qu'il serait malheureux de n'avoir pas suscitéees.
M. Baumé proposa plusieurs. alambies et
des chapiteaux de différentes formes, au moyen
desquels il obtenait des résultats extrêmement
avantageux.
Alambics-baignoires de Baurmé.
Le premier alambicest ovaleet a la forme d’une baignoire, dont le grand axea douze
D'EAUX-DE-VIÉ.ÊT ESPRITS. 163 pieds de long et le petit axe quatre pieds ; sa hauteur est à-peu-près de quatre pieds et demi. On la fait moins profonde d’un pouce du côté où l’on place le tuyau de décharge où décor, afin qu'il existe une pente de ce côté et qu'on puisse la vider facilement sans la déranger de sa place. Baumé trouva tant de difficultés pour faire exécuter cette pièce dañs la forme ovale, qu'il y renonca en Conseillant de lui donner la forme d’un parallélogramme dont les angles fassent arrondis. La planche 2, fig. 5, repré sente cet alambic- baignoire; A est le tuyau pour décharger la cucurbite. ° *.
En adaptant un chapiteau sur cette chaudière, on complète l’alambic. L'auteur en propose trois différens par leur forme; il discute les avantages et les inconvéniens de chacun, afin qu’on puisse se décider pour celui qu’on croira le plus avantageux. Au moyen de ces trois chapiteaux on aura trois alambics de même grandeur, de même figure, ne diffé rant que par cette pièce seulement.
Le premier chapiteau consiste em une srande plaque de cuivre des mêmes dimensions que Ja chaudière; il porte tout autour un rebord à qui s’ajuste parfaitement avec la partié supérieure de la chaudière , et est soudé très-exac-
IN
tement avec-elle ; il est fait d’un cuivre un peu fort et un peu bombé; on le perce de dix trous ou d’un plus grand nombre si l’on veut : chaque ouverture doit avoir quinze ou seize pouces de diamètre, doit être surmontée d’un collet de trois à quatre pouces de hauteur et soudé trèsexactement sur les ouvertures du couvercle.
Dans la vue de donner plus d'épaisseur à l’extrémité des collets, afin de faciliter la jonction des chapiteaux, on enveloppe chacun des collets d’un anneau de cuivre de six lignes d’épaisseur ét de toute la hauteur du collet qui surpasse le couvercle. Cet anneau est solidement soudé et avec le couvercle.et avec le collet. Tndépendamment des dix ouvertures dont nous venons. de parler, on fait à un bout du couvercle, etentre deux deces dix ouvertures, um onzième trou de deux pouces de diamèlre, das lequel on ajoute et.on soude avec soin ua tuyau appelé douille, et qui a deux pouces de hauteur. Ce tuyau est un peu conique pour recevoir un bouchon qui doit y être solidement ajusté. Comme le couvercle de la chaudière est fixé à demeureæt qu’on ne peut pas l'enlever, on à besoin de cette douille pourcharger l’alambic, au moyen d’un entonnoir dont la queue s'enfonce de six pouces dans l’intérieur de la
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 163 chaudiere, sans être obligé de déluter les chiapiteaux chaque fois qu’on veut commencer une chauffe. FI est indispensable que le trou de la douille soit bien rond, afin qu'il puisse être bouché exactement avec du liège. Baumé recommande de tourner cette pièce:
Sur chacun des collets du couvercle de la chaudière, on adapte un éhapiteau d’alambic ordinaire, de forme conique, et d’environ quinze pouces de hauteur, jusqu’au niveau de la gouttière qui est dans l’intérieur. La gouttière doit avoir deux pouces de large sur autant de profondeur. On tourne avec soin le collet du chapiteau afin qu’il s’ajuste parfaitement dans celuï du couvercle et qu'il ne s’enfonce pas plus bas qu’il ne faut. On soude exactement à l’endroit convenable un cercle en cuivre qui vient reposer sur la partie supérieure du collet du couvercle. À ce chapiteau est soudée une tuyère aû niveau de la souttièreintérieure pour porter les vapeurs dans le serpentin : elle est assez longue pour dépasser le fourneau de six pouces. Cette tuyère a cinq pouces de diamètre du côté du chapiteau, et va en diminuant jusqu’à deux pouces à son extrémité. On la nomme queue du chapiteau.
La diférence qui existe entre le second
genre de chapiteau proposé par Baumé et le premier que nous venons de décrire ,:consiste seulement dans le nombre d'ouvertures pratiquées à la platine ou couvercle de Palambic-baignoire; celui-ci n’a que trois ouvertures qui ont chacune deux pieds et demi de diamètre. Elles sont ajustées de la méme manière que.les précédentes, et;présentent trois collets de Ja même forme que les dix dont nous avons donné la description pour le premier chapiteau. Cette platine, que‘ nous nommons couvercle pour nepas laconfondre avec les chapiteaux proprement dits, a, comime la précédente, une douille pour charger lalambic sans qu'on soit obligé de déinonter les chapiteaux. Sur chacun des trois collets:on adapte un chapiteau à deux becs qui font alors les fonctions de six chapiteaux ; ‘ils: sont. construits: de la/même manière que les premiers : äis ne varient que par de plus grandes dimensions.et par les deux becs qu'on à pratiqués à chacun. Ds ..Néänmoins ; dit Baumé, comme l’écoulement de la vapeur qui.s'élève de la chäudière se fait en raison des ouvertures qu’on lui présente, je pense que celte seconde construction. serait un peu moins avantageuse pour Ja distillation, en ce que les trois ouvertures offrent
moins de surface, pour donner passage aux vapeurs, que les dix du premier chapitean. Lepremier alambic présente 2502 lignes d’ouverture aux vapeurs, el celui-ci n’en présenteque 2182 de surface ouverte : cette construction serait seulement moins dispendieuse, en ce qu’elle diminue le nombre des chapiteaux et des serpentins. Il propose de faire les chapiteaux ovales au lieu de leur donner la forme roncle ; il observe qu’en leur donnant cette forme ; on pourrait les tenir de toute la largeur de la chaudière-baignoire, et qu’alors il y aurait un grand avantage; mais la forme ovale, ajoute-til, est un obstacle considérable, tout ce qui s'écarte de la forme ronde est ‘’impraticable aux chaudronniers.
… Les couvercles des deux premiers alambies, dit Baumé, ont l'inconvénient de présenter aux vapeurs qui s'élèvent de la chaudière, beaucoup de parties pleines entre les chapiteaux, ce qui retarde les vapeurs dans leur marche pour enfilér le canal de la distillation. C’est pour remédier à cet inconvénient que je propose un seul chapiteau de même ouverture que celle: de la chaudière, et dans l’intérieur duquel rien ne s Che à l'ascension des vapeurs. )
L'extérieur de ce chapiteau a la forme d’uné toiture de maison à quatre eaux: son intérieur contient une outtière de deux pouces de large et autant de profondeur, ayant une pente vers les becs, pour conduire la portion de liqueur qui se condense. Ce chapiteau doit être amovible; Ja partie qui doit reposer sur la chaudière sera garnie d’un cercle de cuivre bien dressé; d'environ neuf lignes castéen, sans aucune moulure.
Les bords de la chaudière de cet alambic doivent être aussi garnis d’un seniblable cercle sans moulures, pour que les deux pièces s’emboîtent l’une dans l’autre , et que les deux cerclesjoignenttrès-exactement l’unsur l’autre. Les quatre becs du chapiteau doivent avoir chacun six pouces de diamètre du côté du chapiteau , et se terminer à deux pouces par l’extrémité qui doit entrer dans quatre serpentins de deux pouces de diamètre chacun dans toute leur étendue.
À la partie supérieure du chapiteau est pratiquée, de même que dans les deux autres , uné douille de deux pouces de diaïnetre, par laquelle on introduit dans l’alambic la liqueur à distiller. On se sert pour cela d’un entonnois dont le tuyau est assez iong pour descendre de
/ D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 169 quelques pouces au-dessous du bord de lachaudière ,afin qu’en chargeant l’alambic il n’entre tien dans la gouttière.
On ne peut pas se faire illusion sur les dépenses excessives auxquelles entraïînerait la construction de ces trois alambics, soit à cause de leur grandeur qui emploierait une quantité considérable de cuivre , soit à cause de la maïn+ d'œuvre des différentes pièces qu’il faudrait tourner , soit enfin par la difficulté de trouver des chaudronniers assez adroïts pour donner aux diverses pièces la forme convenable. Baumé avoue qu'il a eu lés plus grandes peines pour les faire exécuter sous ses yeux, et même à Paris , où l’on trouve les ouvriers les plus instruits et les plus industrieux. Cette exécution serait impossible dans les départemens, à . moins qu'on ne prit le parti d’appeler des ou: vriers , ou de faire venir les alambics tout fabriqués; mais alors à rare dépenses cela n'entraînerait-il pas ?
La construction du troisieme alambic est sans contredit la meilleure ; aussi fut-elle adoptée de préférence aux deux autres. Baumé assure qu'il fut exécuté un appareil dans ce genre d’après les proportions qu’il avait données. On ignore pourquoi on en abandonna
l'usage; M. Chaptal croit que c’est à cause des quatre becs; car il prétend que Fexpérience à prouvé que plusieurs ouvertures ou becs, praz tiqués dans un chapiteau , se nuisent mutuellement, et que le courant des vapeurs passe irrégulièrement, tantôt plus et tantôt moins par un bec que par un autre; enfin que les uns fournissent constamment beaucoupetles antres très-peu. Nous ne savons pas jusqu'a quel point cette observation peut être fondée; elle paraît contraire à Ja théorie : car, s’il est vrai, comme il n’y a pas de doute , que plus il sort de vapeurs spiritueuses, plüs il s’en condense dans le serpentin, assurément il doit en sortir une plus grande quantité par quatre orifices que par un seul dont la dimension n’excéderait pas celle d’un des quatre becs. En suppo+ sant que chaque bec en recut la même quan+.
tité, on ne peut pas nier que chaque portion serait plutôt et plus sûrement condensée séparément que si la totalité était réunie dans un seul serpentin de capacité ordinaire. Enfin, quand bien même il serait vrai que les quatre becs ne recussent pas la même quantité de vapeurs à-la-fois, il n'y a pas de raison pour que tantôt l’un et tantôt l’autre n'en recoive une plus grande portion que d’abord, et en
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 171 somme.la distillation s’opérerait plus vite et d’une manière.plus sûre. D'un autre côté, si l'on fait attention au mécanisme de la distillation, on s’apercevra qu'au moment où les vapeurs se condensent dans le serpentin, il se fait un vide que de nouvelles vapeurs s’empressent de remplir, qu'il s'établit par cette raison, un courant, d'air qui aspirant continuellement de nouvelles vapeurs les atiire toujours .vers. le côté qui leur présente le moins de-résistance. Les vapeurs fournies par l’ébullition sont tout de suite portées dans le chapiteau et dans les serpentins ; elles se pressent toujours du côté où elles rencontrent le moins d'obstacles ; et, s’il arrive qu'elles sortent plus abondamment par un’ des orifices que par l’autre , cene peut pas être en raison du nombre d'ouvertures qui secontrarient entreelles, mais enraison des difficultés qu’elles éprouvent dans les serpentins.où. elles sont gênées dans leur course. Nous concevons bien qu'il est possible que, dans unechaudière d’une aussi grande dimension que celle de: Baumé, il arrive des momens où l’éballition n’est pas établie sur tous les points avec la! même énergie, et qu'a; lors. les becs qui se trouvent du côté où l'éva- poration-est la plus fortes doivent recevoir
152 L'ART DU DISTILLATEUR momentanément une plus grande quantité de vapeurs; mais l'équilibre se rétablit bientôt, car les vapeurs étant presque aériformes, ont la flexibilité de l'air; et, lorsqu'elles trouvent de la résistance d’un côté, elles se portent vers le point qui leur offre un libre passage. D'ailleurs, cette différence ne pourrait avoir lieu que pendant quelques instans , elle ne pourrait être causée que par une mauvaise distribution du feu, ou par quelque vice dans les serpentins: ce cas est accidentel , et ne peut pas faire regle générale.
Nous croyons que cette observation, que M. Chaptal a citée sans doute sur la foi d’autrui, puisqu'il ne nous assure pas en avoir vérifié l'exactitude, n’est pas fondée sur une expérience faite avec tous les soins dont elle était susceptible. Nous aurons lieu de rapporter plus bas une expérience qui nous est propre, ‘et dont les résultats confirmeront la vérité que nous avons avancée.
T1 faut revenir, en partie, à la forme ordinaire des alambics, dit M. Chaptal, donner à la cucurbite plus de largeur / moins de profondeur , élargir le collet, le bec du serpentin et son diamètre, dans la partie plongée dans la pipe. À cet effet, on doit donner plus de hau-
teur à la pipe, et tenir les spirales en raison de celte hauteur.
Nous sommes parfaitement du même avis sur l'élargissement du tuyäu du serpentin ; nous avons tellem£nt reconnu que le tuyau qui le forme a un diamètre beaucoup trop petit, que nous proposâmes, il y a cinq ans, de les supprimer pour les remplacer par le condenseur conique du baron de Gedda. Nous donnerons les plus grands détails sur les avantages de ce condenseur dans la seconde partie de cet ouvrage.
Baumé avait la même opinion que nous, qui la partageonsäavec tous ceux qui ont écrit sur cette matière. 1l cite une de ses expériences, qui seule serait concluante, quand bien même on n'en pourrait pas rapporter mile autres, Y1 distillait depuis lorg-temps avec un serpentin de neuf lignes de diamètre, sans jamais avoir pu s’en procurer un d’un disièlre plus grand. 11 avoue qu'il lui fallait deux jours et deux nuits pour faire une rectification d’eaude-vie dans un grand alambic. Un ouvrier s’offrit pour lui faire un serpentin de deux pouces de diamètre tel qu'il le désirait; cependant il ne put le faire que de seize lignes; alors la même rectification fut faite en dix-huit heures.
17A L'ART DU DISTILLATEUR Ïl ajoute : il est visible, d’après cet exposé ; que si le serpentin avait eu le diamètre que je désirais, la même quantité de liqueur aurait été distillée dans un temps encore plus court ét avec moins de dépense'en bois. |
: Pour peu qu'on réfléchisse, il n’est pas difficile de découvrir la théorie de cette différence. Ce sont les vapeurs qui s'élèvent dans les parties vides de la chaudière, qui, passant et se condensant dans la capacité du serpentin, operent la distillation. Ces vapeurs éprouvent beaucoup de résistance, si elles sont forcées d’enfiler un canal étroit ; dans ce cas, il faut augmenter le feu pour produire une plus. grande quantité de vapeurs qui acquièrent , par cette accumulation, une force susceptible de vaincre la résistance que lui oppose la colonne d'air contenue dans le serpentin. L’accumulation des vapeurs causée par l’augmentation du feu , est capable de produire les plus fâcheux accidens; on connaît les effets de la pompe à feu, et l’on sait que la force des vapeurs comprimées est en quelque sorte incalculable.
T1 n’en est pas de même lorsque le serpentia
a une capacité sufhsante : alors la résistance de l'air est moindre, les vapeurs et l’air se répandent dans cet espace avec pius de facilité
Les,vapeurs, par la disposition qu'elles ont à s'étendre , enfilent le canal du serpentin avec liberté ; elles sont promptement condensées par la fraîcheur de l’eau, dans laquelle plonge le condenseur, et il n'y à aucun danger à courir, par la raison que les vapeurs, n'ayant aucune résistance à vaincre, n’ont pas besoin de s’accumuler, de se concentrer dans la partie supérieure de la cucurbite et dans le chapiteau.
Nous aurons occasion de comparer plus bas toutes ces opinions avec celle de M. Curaudau, qui a donné tant de preuves de ses rares talens pour l’art de construire des chaudières et des fourneaux. |
Après avoir fait connaître ce qu’il y a de plus important dans les appareils de Baumé dont nous avons donné la description, il nous reste à décrire un alambic qu'il avait fait construire en grand pour la rectification des eauxde-vie, ou, ce qui revient au même, pour la distillation des esprits. Comme nous n’avons décrit que très-succinctement les alambics au bain-marie, nous allons suivre ce savant chimiste dans cette description. C'est à lui qu'on doit la première idée d’avoir monté cet appareil en grand.
Des alambics pour la distillation des esprits.
Dans les grandes brûleries, on rectifie les eaux-de-vie (1) pour en retirer les esprits, avec le même alambic qui sert pour distiller le vin; la seule attention est de modérer le feu, de manière que le filet qui coule soit toujours petit. La distillation des esprits, à égale quantité de liqueur, dure deux tiers plus de temps que celle des eaux-de-vie. Ces raisons portèrent Baumé à chercher les moyens d’obtenir la rectification des esprits avec économie de temps et de combustible. Voici l’appareil dont il se servait avec avantage. Voyez pl. 2, fig. 6.
Cet appareil est composé de trois pièces ; il est au bain-marie.
Première pièce. On fait faire un baquet de cuivre rouge, de six pieds de diamètre, et de deux pieds et demi de hauteur. Le chaudronnier peut facilement restreindre cette pièce, former par le haut un renflement, et rétrécir
(1) Il ne faut pas perdre de vue que nous offrons le tableau de ce qui se pratiquait avant la découverte d'Adam. Nous verrons plus bas qu’on obtient aujourd’hui les eaux= de-vie et les esprits par la même chauffe,
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 177 l'ouverture de cinq pouces, pour former ce qu’on nomme bouillon, P. Ce bouillon sert à donner de la grâce à ce vaisseau , et à éloigner le bain-marie des parois de la chaudière. On pratique un collet N, de trois à quatre pouces de hauteur, couronné par un cerele de cuivre jaune ou rouge, tourné. Au fond en O, on soude un tuyau d’un pouce et demi ou deux pouces de diamètre, et de treize pouces de longueur , avec un robinet à l’extrémité : ç’est par cette ouverture qu'on vide la chaudière. A la partie supérieure de la cucurbite P , on pratique une douille tournée, de deux pouces de diamètre et d'autant de hauteur; c’est par cette douille qu’on remplit le vaisseau ; sans le dé- + luter : on la bouche avec, du liège.
Deuxième pièce. Le chapiteau doit avoir quinze pouces de hauteur au-dessus du collet de la cucurbite. On ajuste dans l’intérieur une gouttière de deux pouces*de profondeur, et de deux pouces de large; ce chapiteau a la forme d’un cône très-aplati On ajuste à deux endroits, et au niveau de la gouttière, deux tuyaux Q Q , d’un pied quatre pouces de longueur, de huit pouces d'ouverture à l’endroit de la soudure; ils vont en diminuant , et forment deux becs qui entrent par leur extré- gi Tome I. : ra CS
cie) L'ART DU DISTILLATEUR
mité de trois pouces ‘dans deux serpenñtins de deux pouces de diamètre sur toute leur étendue. Ces serpentins doivent être plongés dans une grande cuve de bois ou de cuivre pleine d’eau froide. |
La cucurbite et le chapiteau réunis forment l'alambic propre à distiller à feu nu. lu
Toisième pièce. Lorsqu-on veut distiller au Dain-marie , on stio de dans la cucurbite un second vaisseau d’étain, ou de cuivre étamé, du même diamètre que celui de la cucurbite, et de deux pieds de profondeur; on adapte pardessus le même chapiteau. Les trois pièces réunies forment l’alambic propre à distiller au bain-marie. On remplit d’eau la cucurbite, et on met dans le bäig-marie la liqueur qu’on veut distiller : on lute les joints avec toute la précaution convenable (7).
Cet alambic peut servir à distiller à feu nu et au bain-marte; dans l’un et l’autre cas, on adapte les Serpentins aux becs du chapiteau:
mais ces becs n’ont pas la même hauteur dans les deux dispositions, parce que le bain-marie a un collet d’environ trois pouces, qui exhausse
(1) Voyez page 105, où nous avons fait connaître les Le luts et l4 manière dé de 5 employ er,
Jes vaisseaux d’autant. Si, après avoir distillé au bain-marie”, on voulait distiller à feu nu, on verrait que les becs des chapiteaux, se rapporteraient à trois pouces au-dessous de l’em- . bouchure des serpentins; il faudrait alors élever le fourneau de trois pouces, ou baisser les serpentins de pareille quantité. L’élévation du fourneau est absolument impraticable puisqu'il doit être bâti en bonne maçonnerie de moëllons et de briques. Les serpentins ne seraient pas moins incommodes à baisser à cause de leur poids. On suppose les cuves où pipes de sept pieds de profondeur , et d'environ six pieds de largeur, ce qui produit un volume, d’eau d’environ six mille huit cent quatrevingts pintes. Une cuve de cette espèce n'est pas maniable, lorsqu'elle est pleine d’eau. Pour parer à toutes ces difficultés, on a l'attention, en faisant bâtir le fourneau et les massifs des ‘serpentins, de prendre des dimensions avec l’alambic complet, c’est-à-dire avec les trois pièces réunies, chaudière, bain-marie et chapiteau; * on place les serpentins dans la direction des becs des chapiteaux, et on introduit dans le serpentin Q©Q, figure 6, un tuyau sit de cuivre, soit d’étain. Cette pièce se N.. ajouzoir ou rallonge : elle doit entrer dans le serpen-
on [Se]
tin d'environ six pouces, elle va et vient pour unir le bec du chapiteau avec le serpentin , de manière qu’en la retirant, il en reste trois poucesdans l’ouverture du serpentin ,etlestrois pouces supérieurs sont pour le bec du chapiteau.
La disposition de ces vaisseaux est, comme nous l'avons dit, pour distiller au bain-marie; mais lorsqu'on veut distiller à feu nu , comme on est obligé d’ôter le bain-marie , afin de conserver aux becs du chapiteau la même hauteur qu’à l’orifice des serpentins, on fait pratiquer un cercle en cuivre de même diamètre que la chaudière , et de même hauteur que ie collet du bain-marie. On adapte ce collet sur la chaudière, et on met le chapiteau par dessus : alors on à la même hauteur que si l’on distillait au bain-marie, et les becs du chapiteau se rapportent parfaitement bien avec l'ouverture des serpentins.
À chaque serpentin on ajoute le mécanisme" de M. Munier (1) pour entretenir l’eau de la cuve toujours fraîche. V est cet entonnoir dont les lignes ponctuées indiquent le bec prolongé jusqu’au fond de la cuve pour porter l'eau fraîche dans sa partie inférieure.
{1} Voyez page 156.
D'EAUX-DE-VIE ET D'ESPRITS. Fôê{ T,tuyau par lequel s'échappe l’eau chaude:
au fur et à mesure que l’eau froide s’introduit. X X, tuyaux du bout des serpentins pour porter l'esprit dans les bassiots ou les futailles: Ya | SS, Robinets pour vider en entier l'eau des pipes des serpentins.
Trés-vaste appareil distillatoire de Baurmé.
Dans la vue de distiller avec rapidité tout le vin d’une province, Baumé proposé de:
construire un alambic de cent pieds de long sur quatre pieds de large et trois pieds de An teur, dans la forme de son alambic-baignoire. Le bbalpitéu serait construit dans le genre du troisième chapiteau qu’il a proposé pour ses alambics-baignoires ; mais au lieu de quatre becs, vu. son immgnse étendue, il voudrait qu’ilen portât vingt à trente de chaque côté, il faudrait par conséquent autant de serpentins. On pourrait, dit-il, y distiller à la fois, en vingt-quatre heures, cent quarante muids de vin , environ mille hectolitres. Indépendamment de la grande économie de bois, et de main-d'œuvre que ce grand appareil procurerait, il fait remarquer que, dans un vaisseau d'une aussi grande capacité que celui qu'il
propose, on jouirait de l'avantage réel d’avoir infiniment moins de petite eau, c'est-à-dire, de cette. eau-de-vie faible que les bouilleurs appellent repasses ; parce que: celles-ci sont toujours au prorata du nombre des alambics ou de: célui des distillations divisées. Cette observation est exacte, tous les distillateursen conviennent. [Il assure que dans ce cas on n'aurait pas plus de petites eaux ; que ce qu’en fourpiraiént deux ou trois: alambics d’un muid chaëïh qui distilleraient séparément.
Cette idée de Baumé, qui, au premier coup-d'œil- paraît gigantesque et ridicule, ne laisse pas de présenter des probabilités. Elle est.extrèmement précieuse par les détails dans lesquels il entre, ‘et qui peuvent être trèsutiles pour celui qui s'occupera du, perfectionnement de l’art de la.gistillation.
‘Il donne encore la description d’un autre appareil au moyen duquel il économise considérablement le combustible. |
Autre appareil distillatoire de Baumé dont le fourneau est dans l’intérieur de la chaudière.
Afin de mettre à profit tout le calorique fourni par le combustible , Baumé propose
de faire usage du moyen qu'on em ployait avant. lui pour.distiller l’eau de la mer.
11: voudrait placer le fourneau dans. l'intérieur de son alambic-baignoiré , ce qui serait infiniment aisé. Pour cela on ferait construire un tuyau carré en cuivre d'un pied de côté, parfaitement rivé, et sgudé à la soudure ne Ce tuyau serait Peu. et parfaitement soudé par ses deux bouts avec les parois de Ja chaudière. D'un côté on y pratiquerait la porte, et au bout opposé on y ajusterait le tayau qui conduirait la fumée à Ja cheminée.
11 voudrait que le tuyau dans lequel serait pratiqué Je foyer fût placé dans le.sens de longueur. de Ja chaudière, de manière qu’en faisant le feu. du.côté de Ja porte, la chaleur que donneraient la flammeet la fumée se répandrait dans toute la longueur du tuyau. Ce tuyau au Jiea de toucher le fond, de la chaudière; doit en être distant de deux pouces dans toute sa longueur. Les raisons qu'il allègue pour justifier de ia préférence qu'il donne à cette manière de distiilation sontles suivantes : 1°. Le fourneau.est d’une construction facile. 2, La forme longue est celle qui laisse le moins perdre de la chaleur que fournit la matière combustible. Elle est employée
184 L'ART DU DISTILLATEUR ici avec Ja plus grande économie , puisque la chaudière est entièrement enveloppée par la liqueur qu’il faut chauffer. Cet alambic doit consommer la moitié moins de bois, que lorsque la chaudière est placée dans un fourneau , parce que la portion de chaleur qui échauffe le fourneau , est employée aux dépens de celle que devrait recevoir la chaudiere. 3. T1 n’y a pas plus à craindre que l’eau-devie prenne ici le goût de feu ou d'empyreume, que lorsque le feu est placé au-dessous. Dans l’un et l’autre vaisseau, il convient que le vin que l’on soumet à la distillation, ne soit pas trouble, et que le fond de la chaudière soit toujours recouvert de liqueur. Or le fourneau‘du modèle que nous proposons en sera toujours couvert par celle qui reste après la : distillation de l'esprit, comme dans les alambics ordinaires. En donnant à la chaudièrebaignoire six pouces+de plus de hauteur, à cause de la place occupée par le fourneau, elle tiendra environ vingt-quatre pieds cubes, ou 840 pintes de plus. La manière de poser cet alambic est fort simple : il suffit d'élever un massif bien solide en moëllon, de lui donner la pente qui convient du côté dela vidange, et une hauteur commode pour pouvoir placer
les serpentins, et les bassiots. Il n’y à pas besoin de barres de fer comme lorsqu'on le met dans. un fourneau , puisqu'il repose en entier sur la maconnerie.
T1 serait facile de brûler de la houille dans ce tuyau ; pour cela il faudrait une grille et un cendrier. La grille aurait un pouced’épaisseur, le cendrier quatre pouces , le foyer un pied, en tout dix-sept pouces pour la hauteur du tuyau sur un pied de large. Dans ce cas il faudrait donner à la chaudière encore six pouces de hauteur de plus.
Ce moyen proposé par Baumé n'est pas à rejeter : mais si l’on voulait le mettre en pratique, nous conseillerions de l’employer avec quelques changemens qui nous paraissent améliorer ce système. Ce serait d'établir le foyer sur la largeur de la chaudière , et non sur sa longueur , dans les mêmes proportions données ci-dessus. Ce foyer aurait deux . pieds de profondeur ; et comme la chaudière en à quatre de large, nous établirions deux larges conduits qui porteraient da flammiè et Ja fumée, l’un à droite et l’autre à gauche, dans des tuyaux ronds de douze pouces de diamètre. [ls iraient la porter jusqu’à l'extrémité de la chaudiere , formeraient là un double
166 PLFART DU DISTILLATEU
coude ; reviendraient par derrière pour sortir de la chaudière par: le côté opposé à l’ouverture du foyer; et‘iraient se rendre dans un tuyen de cheminée qui deviendrait commun à une certaine élévation, La figure 7 représente le plan de cette construction.
TI ne faut pas oublier que la chaudièrebaignoire de Baumé a douze pieds de long ; nous en employons un pour le foyer, reste onze; nous avons done cinq pieds six pouces de chaque. côté. Elle a quatre pieds de large, le foyer en prend .deux pour sa profondeur ; il nous reste..deux pieds dans le milieu desquels nous faisons passer les dernières eirconvolutions de nos tuyaux ronds, qui viennent se rendre tous:les deux dans un même tuyau qui recevant la fumée la transmet dans Ja cheminée. La ahalett parcourra donc trente pieds de long, c’est-à-dire, quinze pieds de chaque côté avant de porter la fumée dans le
tuyau de la cheminée par les deux issues dont nous avons parlé.
Au lieu de faire réunir les deux tuyaux dans un seul, au sortir de la chaudière, il serait même plus avantageux de les faire sortir par, deux tuyaux séparés qui viendraient se réunir à une certaine hauteur dans le tuyau de Ja
cheminée. Chaque tuyau aurait une tirette, au moyen de laquelle on réglerait l'activité du feu qu’on augmenterait ou diminuerait à droite ou. à gauche de la chaudière selon ie besoin. On. pourrait varier cette construction de plusieurs manières différentes qui donne:
raient toutes. d’excellens résultats.
L'on s’apercevra dans un instant que cette construction, pour la conduite de la flamme et de la fumée, ressemble à celle du second fourneau proposé par M..Moline, que nous décrirons par la suite; mais elle a plus d’analogie avec un fourneau construit par l’ingé- nieux Curaudau, dont nous nous-occuperons bientôt. | .
… Baumé fait Dub ann ads les moyens qu ilaa imaginés pour distiller les lies de vin, les marcs de raisins, les cidres, les poirés et toutes les substances de cette nature , en les préservant du goût.de brûlé ou -d'empyreume que ces.eaux-de-vie contractent par les procédés ordinaires & pour les-éviter il fait quelques additions à ses-alambics. Nous en renvoyons la description au chapitre qui traitera de la distillation de ces substances.
Appareil distillatoire de M. Moline.
Nous n'’entrerons pas dans autant de détails pour l'analyse du mémoire de M. Moline , que nous venons de le faire pour celui de Baumé : nous ne nous attacherons qu’à la description des parties qui présentent quelques différences remarquables, des moyens de perfectionnement , ou de nouvelles inventions. |
M. Moline se sert , dans cet appareil, de quatrechaudières quisont chauffées par un seu foyer. Ce foyer n’est pas placé sous les chaudières, mais en avant , de manière qu’on peut considérer ce fourneau comme composé de deux parties bien distinctes , le foyer proprement dit et le bain des chaudières, ainsi que le désigne notre auteur. Nous donnerons des détails sur la construction de ce fourneau dans le chapitre que nous destinons à cette matière.
Quant à ses alambics , M. Moline leur donne beaucoup de surface et peu de hauteur; il conserve le réfrigérant autour du chapiteau ; il exige de vastes serpentins. El enveloppe le bec du chapiteau d’un tuyau par lequel ik fait passer continuellement l’eau du réfrigérant dans la pipe du serpentin, dont le tube infé-
D'EAUX-DE-VIE ET D'ESPRITS. 180 rieur estaussi enveloppé d’un autre tuyau qui porte continuellement l’eau de la pipe dans le faux bassiot, afin que celui-ci, et la liqueur qu'il contient , soient toujours aussi froids qu’il est possible.
Pour justifier la forme de son appareil, M. Moline établit trois principes : 1° il n’y a point de distillation sans évaporation ; 2° il n'y à point d'évaporation sans courant d'air ; 3° l'évaporation ne s'exécute que par les surfaces.
La forme des alambics de notre auteur est celle d’un parallélogramme dont les angles sont arrondis , et qui a cinq pieds six pouces de longueur sur deux pieds six pouces de largeur. La hauteur de la chaudière, proprement dite, est d’un | Ti pouces ; elle a , outre cela, six pouces par-dessus pour emboîter le chapiteau. La tête de more ou chapiteau a un pied et demi de diamètre.
M. Moline a partagé l’erreur de tous ceux qui l'ont précédé , en s’obstinant à conserver le réfrigérant aux chapiteaux de ses alambics : il n’a pas bien observé ce qui s’opère dans la distillation. De ce que l’on tient l’eau de la pipe du serpentin aussi fraîche qu’il est possible pour y condenser les vapeurs aussi vîte
qu'on le peut, il en a conclu qu'il fallait chercher à les condenser dès lé premier instant qu'elles se présentent , c’est-à-dire, qu’il devait commencer la condensation dans le chapiteau, et de là suivre la liqueur jusqu’à ce qu’elle fût entièrement refroidie dans le bassiot.
Il n'en est pas de la fraîcheur de l’eau dans les cuves des serpentins, comme de celle de l’eau dont on remplit les réfrigéran$ qu'on place sur les chapiteaux des alambics ordinaires. Dans cette dernière circonstance, le froid arrête sur-le-champ la distillation ; il faut forcer beaucoup le feu pour la rétablir, parce que la fraîcheur se communique dans l’intérieur de l’alambic. La fraîcheur de l’eau du serpentin produit un effet opposé ; elle condense les Mapeurs à mesure qu'elles se présentent à 4 ‘embouchure des serpentins , ét occasionne une sorte de vide qui semble attirer les vapeurs au lieu de les éloigner , comme nous l'avons déjà fait observer. La fraîcheur d’un réfrigérant semble, au contraire, les repousser dans l’intérieur de la cucurbite ; un courant d’eau froide sur‘le chapiteau nuirait par conséquent à la distillation. | Si M. Moline ne présente rien de nouveau,
D'EAUX-DE-VIE ET D'ESPRITS. 191 aucune amélioration frappante dans la construction de ses alambics, il n’en est pas de même pour les fourneaux; nous aurons lieu de faire remarquer des idées heureuses dont on peut tirer un grand parti.
Appareil distillatoire de M. Poissonnier.
M. Poissonnier présenta vers l’année 1779, au ministre de la marine, un appareil distillatoire, exécuté en petit, dont il faisait l’application non-seulement à la distillation des vins, mais même à la distillation de l’eau de la mer. Nous n'entrerons pas dans tous les détails qu'il donne sur ce dernier objet, nous sorti-. rions de notre cadre; nous ne parlerons que de ce qui à rapport à la distillation des vins.
Cet appareil, qui contenait dix litres de vin, fut examiné avec le plus grand soin, et fut soumis à des épreuves multipliées sous les yeux de plusieurs membres de l'académie royale des sciences, nommés commisgaires à cet effet, en présence de nombre de personnes . distinguées par leurs connaissances et par leur rang : le succès de ces expériences fut complet. Lewbinistre ordonna l'exécution en grand de cé ins rument , et l’on ne sait pas pourquoi, d’après le rapport avantageux qu'en avaient fait
les commissaires, on n’en fit pas usage. Ces commissaires furent MM. Turgot, alors intendant de Limoges, depuis contrôleur-généraldes finances; Trudaine, conseiller-d’état, intendant des financés ; Montigny, Macquer, Leroy, Lavoisier, Desmarets. Ils comblèrent d’éloges ‘et l'appareil et son inventeur. Nous allons décrire cet appareil qui mérite d’être connu.
POMEnl.2,/A2.78.
Une chaudière cylindrique de deux pieds et demi de diamètre, montée dans un fourneau ordinaire, forme l’alambic. La plaque supérieure est solidement fixée avec le cylindre et à demeure : elle est percée dans sa surface, de deux trous dont un rond d’un pied de diamètre sur le devant, du côté de la porte du foyer, et l’autre carré de dix pouces de côté, sur le derrière. Le trou rond est fermé par un couvercle dont la jonction avec la chaudière est très-ingénieusement imaginée; le trou de la chaudière porte un double collet, et le couvercle porte pareillement une gorge double , c’est-à-dire un cercle extérieur et un cercle intérieur. Le cercle intérieur du couvercle entre juste dans le cerclesintérieur du collet de la chaudière, end que le cercle extérieur du même couvercle se place
D'EAUX-DE-VIE ET D'ESPRITS. . 103 entre les deux cercles du collet, de manière qu'il y a un double rtconvrement qui s'Oppose à ia sortie des vapeurs, sans qu'il soit
gouttes d’eau ou même les premières vapeurs
nécessaire de luter les jointures ; quelques
qui s'élèvent, suffisent, pour empêcher celles qui se succèdent, de sortir au-dehors par cette route. On voit en b la coupe de ce couvercle prêt à s’ajuster dans le collet de la chaudière. Cette ouverture sert à charger la chaudière et à la nettoyer. Au fond de la cucurbite ést un tuyau de décharge D.
Sur le trou carré est solidement ajusté avec des rivures et de la soudure forte un tuyau carré de même dimension que le trou , c’est-àdire de dix pouces sur chaque face. TI forme d’abord un quart de cercle, se termine en ligne droite presque horizontalement, et a la même dimension d’un bout à l'autre. Cetuyau sert de chapiteau, de bec, et de condenseur; il est enveloppé dans toute sa longueur d’un autre tuyau plus large que lui, de manière qu’il ne le touche en aucun point; il laisse tout autour une distante de sept à huit lignes : cetté distance est conservée partout
égale, à l’aide de doubles équerres en cuivre
soudées aux deux tuyaux. C'est dans cet Torre: 19
to4 L'ART DU DISTILLATEUR intervalle qu’on entretient constamment de l'eau fraiche. |
Ces deux tuyaux ont une inclinaison depuis la chaudière, jusqu’à leur extrémité, de trois pouces par toise d'un bout à l’autre. A l’extrémité di tuyau intérieur qui est la plus éloignée de la chaudière, est soudé un tube qui porte la liqueur dans le bassiot.
À l'extrémité la plus basse du tuyau, est placé un réservoir, toujours plein d’eau froide, qui la verse continuellement entre les deux tuyaux ; l'eau chaude sort par un tuyau soudé à l’autre extrémité, près de la chaudière, et se perd hors de la brûlerie.
La chaudière et le fourneau sont dans une petite pièce où se fait le feu; le tuyau carré traverse le mur contre lequel est appuyé le fourneau et va se rendre dans une pièce adjacente, de maniere qu'on fait le feu dans une pièce, et l'on recoit la liqueur dans une autre, qui ne peut pas être échauffée par le fourneau, et, par cette raison, la condensation est plus prompté et plus assurée, indépendamment des autres avantages que Cette disposition procure.
L'auteur ajoute que, si l’on voulait construire une chaudière plus grande, il ne faudrait pas pour cela augmenter la grosseur du tuyau
condenseur , il faudrait se contenter de le faire plus long, dans les mêmes proportions, de .
viugt, de trente, de quarante pieds, etc. Si la pièce dans laquelle on voudrait le placer n’était pas assez longue, on lui ferait faire des coudes afin de le loger tout autour.
Les deux tuyaux de même que Îa chaudière sont en cuivre; celle-ci doit être bien étamée en-dedans ainsi que le tuyau intérieur.
L'auteur ne se sert pas de robinet pour ré-.
gler la quantité d'eau qui doit entrer continuellement entre les deux tuyaux ; il s’est apercu que ce moyen était mauvais et qu'on n'était jamais bien assuré de lopération avec cet instrument. 11 y a suppléé par un tuyau de cuir qui va du réservoir au tuyau condenseurs il fait passer ce tuyau de cuir entre deux planches qu'il serre plus ou moins par une vis, et, par cette invention, il comprime le tuyau dont il rend l’ouverture plus où moins grande selon le besoin. Ce moyen est extrêmement ingénieux. |
On doit placer le tuyau sur un bloc de maconnerie afin de lui donner toute la solidité. possible. Il doit être retenu de distance en distance par des anneaux de fer, liés avec la bâtisse. On peut également le placer sur
rg6 L'ART DU DISTILLATEUR une charpente en bois, ainsi que l'indique la figure.
D'après le rapport des commissaires, Les produits, tant en qualité qu'en quantité, n'ont jamais eu rien de comparable. L'épreuve, plusieurs fois répétée devanteux, donna de vingthuit à trente pintes d’eau-de-vie par heure, ce qui fait monter les produits à sept cent vingt pintes par jour. Il faut observer que l'appareil äont ils se servirent n’avait pas à beaucoup près les dimensions de celui que l’auteur propose.
Les raisons que M. Poissonnier apporte pour justifier les divers changemens qu’il a cru äevoir faire dans la construction des appareils usités jusqu’à lui, sont très-précieuses dans la bouche d’un homme qui connaissait parfaitement la distillation. Nous allons rapporter ses propres expressions, et l’on verra que cet auteur avait profondément réfléchi sur les principes de l’art que nous décrivons, et dont il m'ignorait pas la théorie.
Du condenseur. « On n’a pas eu assez d’égard , dit-il, dans la construction de nos appareils distillatoires, à un principe certain et incontestable ; c’est que leffet réfrigérant n’a lieu qu’en raison des surfaces froides qui touchent la vapeur et la condensent. Une
suite de ce principe est qu'on ne saurait trop multiplier les surfaces réfrigérantes.. Cependant nos appareils distillatoires, au mépris de ee principe,.présentent une petite surface à ur très-grand volume de vapeurs.
« Les principes relatifs à la construction des machines distillatoires sont, 1° de présenter la plus grande surface réfrigérante à.la liqueur réduite en- vapeurs; 2° de lui présenter continuellement cette surface au plus grand degré de refroidissement possible : à cet effet de faire en sorte que l’eau arrive la plus froide qu'on le peut, et qu'elle: ressorte le plutôt qu'il est possible, parce que, dès qu’elle est échauifcée, loin de pouvoir être-utile au but de l’opération, elle ne peut plus aw contraire qu'y nuire ; 9° de disposer les choses de manière que les vapeurs, une fois engagées dans le voisinase du réfrigérant, ne puissent plus retomber dans la chaudière; 4° de donner trèspeu de masse et d'épaisseur à la surface métallique réfrigérante, afin que l’eau froide soit appliquée à la vapeur le plus immédiatement qu'il est possible.
« Trois raisons principales. m’ont engagé à employer plutôt la forme carrée que la ronde : la première est que ce.tuyau.ne pouvant, à
cause de sa grandeur, être forméque de feuilles de métal soudées ensemble , l'exécution de la forme carrée sera beaucoup plus facile, beaucoup moins dispendieuse , et beaucoup plus solide ; la seconde est, qu'on pourra même l’exécuter en fer blanc, si on le juge à propos, ce qui en diminuera beaucoup le prix; enfin la troisième, qui est la plus essentielle, est que , la figure carrée, à volume égal, présente plus de surface que la ronde. Elle est donc par cela seul préférable, d’après Les principes qui ont été établis plus haut. »
Des chaudières, « La chaudière pouvant être regardée, d’après les principes exposés cidessus, comme une espèce de réfrigérant par rapport à l’air échaufté qui la frappe, on concoit qu'elle doit présenter le plus de surface qu’il est possible; qu’elle doit être formée d’un métal mince, qui, par sa masse, ne détruise pas une partie de son effet refroidissant.
« La précaution de séparer, par un gros ‘mur, le fourneau de l'endroit où s'écoule leaude-vie à mesure qu'elle se distille, est trèsimportante, dans les appareils distillatoires ordinaires, pour prévenir l’inflammation de l’eau-de-vie, accident qui n'arrive que trop fréquemment dans les travaux en grand. »
” D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 29% Notre auteur nous donne encore d’excellentes vues pour la construction des fourneaux. Nous les ferons connaître dans le chapitre destiné à réunir ce que nous avons de mieux sur cette matière.
Cet appareil fut inventé en 1770; il a consttmment travaillé avec le plus grand succès: jusqu'en 1799, époque à laquelle les nouveaux appareils distillatoires discréditerent les anciens , et les remplacèrent.
Explication de la planche 2, figure 8:
À , chaudière cylindrique.
B, couvercle dela chaudière, dont D, gravé un peu au-dessus et sur: le côté, fait comprendre l'ajustement. Cette figure représente en coupe le couverele et le collet de la chaudiere prêts à entrer l’un dans l’autre.
C, fourneau. On voit la porte du côté de Ja futaille de la fig. 6.
D, robinet de décharge de la chaudière.
E, naissance du tuyau carré qui sert de chapiteau, de bec et de condenseur.
F, F, grand tuyau carré qui enveloppe de toutes parts le tuyau E, à partir du mur de séparation de Ja piéce où est le fourneau.
G, mur de séparation en p?rtie démoli pour laisser voir la naissance du tuyau E.
H, H,H, charpente sur laquelle est posé le double tuyau. Cette partie peut être construite en maconnerie.
T,7,1,7, brides en fer solidement fixées sur ja charpente ct qui contiennent le tuyau d’une manière très-solide. |
K, tuyau par lequel Feau-de-vie sort du tuyau carré E, parfaitement refroidie. Elle se rend dans le bassiot M par l’entonnoir L.
N, tuyau de cuir qui conduit l’eau du grand réservoir O, dans l’espace compris entre les deux tuyaux carrés. Ce tuyau passe entre les deux planches P , ou ilest plus ou moins comprimé par une vis, pour qu'il ne fournisse que l'eau absolument nécessaire. L’eau chaude gagne toujours la partie la plus élevée de l’appareil, et s'échappe par le tu yau de décharge Q, qui la porte hors de l'atelier, ou la dirige dans les lieux où elle peut être nécessaire. .
Les personnes qui aiment véritablement les arts, qui soupirent apres leur perfectionnement, doivent sentir une douce satisfaction de voir que l’art dé la distillation, qui était resté pendant si long-temps dans une pénible enfance, ait été porté, en un si petit nombre
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 201 d’années, au point de perfection où nous ve= nons de le laisser. I] n’a fallu qu’un appelaux hommes de génie, à ces hommes dont tous les actes font époque dans l’histoire des arts, pour lui donner le plus brillant essor. La société d'agriculture de Limoges donna le premier éveil, la société d’'émulation de Paris compléta ce que celle de Limoges avait commencé, la renommée porta d’un bout du royaume à l’autre les résultats des propositions de Baumé, de Moline, de Poissonnier, et tous les distillateurs cherchèrent à perfectionner leurs appareils. Les riches propriétaires , euxmêmes, voulurent embrasser un genre d'industrie qui leur promettait un débouché avantageux des immenses quantités de vin qu'ils récoltaient.
Vers l’année 1780, M. de Joubert, alors syndic de Ja province du Languedoc, concut le projet d'établir une grande brûlerie dans une de ses terres, aux environs de Montpellier.
M. de Joubert, que les habitans de cette ville pleurent amèrement , aimait passionnément les arts ; il consacrait chaque année une grande partie de son immense fortune à leur propagation, Notre âme se dilale en jetant quelques fleurs sur la tombe d’un homme si respec-
202 EURT IDU DISTILLATEUR
table , et qui à tant de droits à notre re connaissance.
Description de la superbe brilerie de M. Argand.
M. de Joubert concut done le projet d’établir une brülerie dans son domainede Valignacprès de Colombiers, première poste sur la route de Montpellier à Nîmes. On lui fit l'éloge des talens des deux frères Argand de Genève; il les appela auprès de lui. Ces deux artistes célèbres, dont le premier naquit avec le génie de la mécanique, et le second avec celui de la physique et de la chimie, pour nous servir des expressions de l'abbé Rozier, établirent dans ce domaine la brülerie la plus belle, la plus commode, la plus parfaite, en un mot, qui ait jamais existé. Peu de temps aprèsils établirent à Mèze, petite ville à cinq lieues de Montpellier, sur Ja route de Toulouse, une autre brûlerie semblable et d’après les mêmes principes.
La description de cette brülerie, qui est un chef-d'œuvre dans ce genre, et qui fera éternellement honneur aux talens de MM. Argand , doit nécessairement trouver place ici, puisque notre but a été de rassembler sous un même cadre tout ce qui, ayant rapport à l'art
du distillateur, peut faciliter les moyens d’arriver à son perfectionnement. Nous avons vu ce bel établissement, nous n’avons cessé de l’admirer. Nous ne saurions donner rien de plus exact et en même temps de plus simple que .
la description qu’en a faite l'abbé Rozier : elle est presque la copie des procès-verbaux dressés sur les lieux par les commissaires de l’académie des sciences de Montpellier, qu'on trouve dans la collection des actes de cette académie, et que nous avons sous Îles yeux.
Nous allons la transcrire littéralement : c’est l'abbé Rozier qui parle.
Je ne puis donner ici les proportions exactes (1), mais simplement le résumé de ce que j'ai vu (2). Qu'on se figure un local à-peu-près de trente-six pieds de longueur sur trente de largeur. Précisément au milieu est placé un massif de maconnerie carré, lequel contient quatre fourneaux, leurs grilles, leurs cen-
(1) Ces proportions seraient même inutiles d’après tout ce que nous avons déjà dit.
(2) L'abbé Rozier était l’ami intime de MM. Argand: il eut la bonté de nous appeler lorsqu'il alla visiter cette brülerie, et nous fit faire la précieuse connaissance de ces artistes vraiment respectables, |
804 L'ART DU DISTILLAFTEUR driers , attendu qu’on ne brûle que du charbon de terre. Sur chaque fourneau est placée une chaudière d’une beaucoup plus grande contenance que.cele des chaudières employées dans les fabriques ordinaires. Une seule cheminée, dans le centre du massif, sertaux quatre fourneaux, et elle s'élève de quelques pieds au- dessus du toit. Ce toit est ouvert sur six à huit pouces tout autour de la cheminée, et cette ouverture est garnie de pièces de bois minces et disposées comme les rayons d’un abat-jour, de manière que, s'il y avait de la fumée dans l'appartement, le courant d’air établi autour de la cheminée l’aurait bientôt dissipée. Les rayons, presque en recouvrement les ans sus les autres, empêchent que la fumée des fourneaux, qui sort par la.cheminée, ne puisse, par aucune espèce de vent, être rabattue dans l’appartement. A vec desemblablesprécautions, on ne sent aucune odeur de fumée, et pas même l'odeur du charbon fossile qu’on y brûle. Lorsque la distillation est finie, l’alambic se nettoie de lui-même par le moyen d’un robinet qui permet à la vinasse de s'échapper à l’extérienr de Flappartement par des canaux souterrains, et par conséquent sans odeur ni fumée dans l’intérieur de la brûlerie. Un autre.
| « D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 205 robinet s'ouvre, laisse couler de l’eau propre dans la chaudière , et elle se lave d’eilemême.
Chaque alambic a son serpentin plongé dans une vaste pipe, où l’eau se renouvelle perpétuellement dans le bas, et s’évacue par le haut: au moyen d'un petit tuyau qui s'étend à l’extérieur jusqu'au bas de la pipe, et porte l’eau chaude à l'extérieur de l'appartement. Tout y est si bien disposé, que le service s'exécute sans le moiuadre embarras.
La pièce qui accompagne celle-ci a la même largeur, sur douze à quinze pieds de longueur. Elle sert à placer le réservoir à vin, dont la base est un peu plus élevée que la partie supérieure de l’alambic. Au moyen d’un robinet et d’un tuyau de communication de l’un à l’autre , la‘chaudière se remplit sans qu'il soit nécessaire de déluter le chapiteau.
La largeur de la pièce suivante est égale à celle des deux premières , et peut avoir environ cent pieds de longueur ; c’est le magasin des barriques pleines d’eau-de-vie. Des portes, ménagées de distance en distance, facilitent la communication à l'extérieur, sans passer par les deux premières parties. Vis-ä-vis ces portes, dans l’intérieur et au niveau du sol, sont pra-
tiquées des ouvertures ou trappes de deux pieds de diamètre, fermées par de fortes trappes en bois de chêne, qui s'ouvrent et se ferment à volonté, et leur encadrement est scellé exactement dans le mur. Au milieu de la trappe, existe une autre ouverture un peu plus large que celle du bondon des tonneaux ordinaires : elle est encore fermée par un bouchon mobile. On verra tout-à-l’heure leur usage.
Sous ce vaste cellier existe une cave dont un tiers environ est occupé par des foudres en maconnerie. Chaque foudre correspond à la trappe dont on vient de parler , et s’éleve de la base de la cave jusqu’au sommet. On dit qu’ils contiennent seize muids, et le muid est composé de six cent soixante-quinze pintes, mesure de Paris : le fluide d’une pinte pèse deux livres, poids de marc.
Ces foudres sont montés sur des massifs de , maconnerie, et élevés de deux pieds au-dessus du sol de la cave. À la base de chacun, est placé un gros robinet de cuivre étamé, et il communiqué à un tuyau fermé qui règne sur toute la longueur de la place occupée par ! les foudres. À l'extrémité la plus rapprochée. de la brûlerie, est un réservoir dans lequel le
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 207 vin vient se rendre, et, au moyen d'une pompe, ce vin est porté dans le réservoir établi dans la seconde pièce de l'appartement supérieur.
En dehors des bâtimens, et vis-a-vis cette seconde pièce, sont établis une pompe et un réservoir pour recevoir l’eau nécessaire aux pipes , au lavage des alambics , etc. La même pompe , par des ajustemens particuliers, élève à volonté ou le vin ou l’eau , suivant le besoin ; et un seul petit âne suffit, et au-delà , pour le service de la pompe. Lorsque l’un ou l'autre de ces réservoirs est plein, le bruit d’une petite cloche se fait entendre, et l’âne, accoutumé à cette sonnerie, sait qu'il est temps d'aller se reposer (1). | |
S'il né fallait pas transporter les baquets pleins d’eau-de-vie, une seule personne suflirait au service de cette brüieric.
À ces avantages économiques de manipulation , il faut en ajouter de bien plus grands encore dans la fabrication. Voici ce dont j'ai été témoin :
Le même vin, mis dans une des chaudières
(x) El s'arrête sur-le-champ , et si l’on ne vient le dételer de suite , il brait jusqu'à ce que quelqu'un soit arrivé pour le conduire à son écurie,
de MM. Argand et dans une de celles d’un particulier voisin , a produit cette diérence;
M. ArGAND.
92 veltes de vin dans une seule chaudière.
44 livres de charbon de terre pour leur distillation.
En six heures on a retiré 18 veltes eau-de-vie preuve de Hollande.
En une heure on a retiré 4 veltes de phlegme.
Le PARTICULIER
5o veltes de vin dans une seule chaudière, et conforme à celles du pays.
© 6o livres de charbon pour leur distillation.
En cinq heures 42 minutes on a retiré 5 veltes eau-de-vie preuve de Hollande.
En deux heures on a retiré 5 veltes 4 pots de phlegme.
Il a donc fallu cent soixante livres de charbon pour faire les trois chauffes ; les deux secondes ne dépensent que cinquante livres.
On a retiré de trois chauffes en bonne eaude-vie quinze veltes, et en repasse quinze veltes et trois cinquièmes.
La distillation de MM. Argand, depuis que le feu a été allumé, a duré sept heures; chez le voisin, sept heures trente- neuf minutes : mais si l’on eût fait trois distillations de suite, pour être au pair de celle de MM. Argand en sept heures trente-neuf minutes, elle aurait duré ‘environ vingt-trois heures : cependant, dans la pratique générale, on ne fait que deux chauffes de trente veltes de les vingt-quatre ‘heures. |
À crois distillations, il y aurait Conc eu une
économie de cent seize livres de charbon. Celle du temps n’est pas moins importante; car, pour relirer l’eau-de-vie première, ou preuve de Hollande, il faut trente-six heures pour trois chauffes, et MM. Argand n’ont employé que sept heures à compléter une distillation de quatre-vingt-dix-veltes ; par conséquent il y a vingt-neuf heures de temps gagnées.
La construction des chaudières de ces Messieurs donne lieu à une plus grande distillation d’eau-de-vie preuve de Hollande : ainsi, la dépense pour réduire les phlegmes en bonne eau-de-vie est beaucoup moindre que celle qu'’occasionne la réduction de ces mêmes phlegmes dans les brûleries ordinaires, puisque ces Messieurs n’ont eu que quatre veltes de phlegmes ; et le voisin en avait eu seize veltes trois cinquièmes de la même quantité de vin, provenant de trois chauffes.
J'ai eu le plaisir de voir travailler quatre alambics tout à-la-fois ; l’un chargé de vin, le second d’eau-de-vie pour être convertie en esprit ;,le troisieme chargé de vin de marc , et le quatrième de lies. Les mêmes avantages, la même supériorité se sont manifestés, et l’économie du bois a été prodigieuse pour la distillation du marc. Rarement on distille les lies