‹ L'art du distillateur des eaux-de-vie et des esprits, dans lequel on a donné la description des nouveaux appareils de distillationChapitre 33 sur 57 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

<n Languedoc; le produit est trop mince et le bois est trop cher. Le prix des eaux-de-marc “est presque toujours d'un quart et même d’un tiers au-dessous de celui des eaux-de-vie du comimerce, à cause du mauvais goût; et celle qu'obtenaient MM. Argand, était au pair de l'eau-de-vie marchande. |

On sait que, dans la distillation des esprits, on est forcé, dans la crainte des accidens, de ménager le feu , et de le conduire avec la plus grande précaution, de manière que le filet qui coule par le serpentin soit extrêmement petit. Un ouvrier poussa un peu trop le feu , et le filet sortit de la grosseur du petit doigt ; alors un bruit singulier, et semblable au sifflement occasionné sur une corne creuse, se fit entendre, et avertit l’ouvrier de son imprudence. Mon étonnement fut extrême, lorsque je vis une espèce de soupape, qui l'occasionnait, et qui était placée à dessein, afin d’avertir l’ouvrier lorsqu'il y a trop de feu : elle existe sur les quatre alambics. Le mécanisme qui la fait jeuer n'est pas visible (tr).

(1) M. Argand nous l'a expliqué. Il est très-simple : la soupape est constamment fermée par un ressort qui s'exerce sux elle, Lorsque par un coup de feu: trop

Je ne puis me refuser au plaisir de décrire l'opération de là conversion de l’eau - de -vie preuve de Hollande, en trois-cinq, afin que chacun puisse juger par comparaison.

La chaudière a été chargée de quatre-vingts veltes de cette eau-de-vie; on pesa cent six livres de charbon, et le feu fut mis à neuf heures du matin.

. À neuf heures vingt-cinq minutes, l'esprit a commencé à couler tres-rapidement.

À midi, on a retiré un buguet, dont l'esprit était à treute degrés et demi à l'aréomètre de Périca ou de Baumé.

À une heure vingt-une minutes, un second buguet, qui avait remplacé le premier, a été retiré plein d’un esprit à trente degrés et un quart du même aréomètre. é

À trois heures, on a retiré un autre buguet plein d’un'esprit, au titre de vingt-neuf degrés et demi. |

À cinq heures , un autre buguet, au titre de vingt-huit degrés.

violent l’évaporation augmente , les vapeurs dicoercées s'exercent sur la soupape dont le ressort cède à l'effort . qu’elles opèrent, la soupape s'élève et les vapeurs sortent avec force; voilà la cause du sifflement. La force du ressort est réglée à volonté par une vis de rappel.

À huit heures quinze minutes, un autre buguet, au titre de vingt-six degrés et demi.

À onze heures, un autre buguet, au titre de vingt-quatre degrés.

À une heureet demie après minuit, unautre buguet , au titre de dix-sept degrés et demi.

Il est resté seize pintes du dernier phlegme, et il s’est consommé cent et une livres de charbon.

Le produit total a été de soixante-deux veltes et trois cinquièmes, qui ont donné la preuve du trois-cinq à l’aréomètre de Bories et de Baumé.

Il'faudrait environ trois cents livres de charbon pour obtenir la même quantité de trois-cinq dans les brüleries ordinaires, et on y passe trois à quatre jours à distiller de quoi remplir une pièce de soixante-quinze veltes.

Ce que j'ai dit est un simple apercu de cét utile établissement ; mais c’est assez pour que ceux qui s'occupent de la distillation en sentent tout le mérite.

I] y a encore un point important dont je n'ai pas pañlé : les chaudières, les chapiteaux, les serpentins, en un mot, toute partie cuivreuse employée dans cette brâlerie est étamée, Ce mot ne rend pas la chose; elle est doublée

JD'&AUX-DE-VIE ET ESPRITS. 913 d’une composition dont MM. Argand font un secret (1): elle est inattaquable par l’acide du vin, conserve extrêmement les vaisseaux, et.

l’on ne craint ni l'érosion du cuivre ni sa décomposition , qui se change en vert-de-gris.

Je finis par répéter qu'à mon avis cet établissement est un chef-d'œuvre dans tous les genres. MO mor |

Les deux établissemens dont nous venons de parler, ne sont pas les seuls que MM. Arsand'aient entrepris. Ils en formèrent un troisième à Versoix sur le lac de Genève, et le perfectionnèrent éncore, mais toujours d’après les anciens procédés ; une chaudière. portait

(1) M. Roziér se trompe; MM. Argand ne font pas un secret de cet: étamage, ils me l'ont communiqué ; le voici : pour appliquer l’étain ,sur le cuivre, et l'y. souder de manière à ce qu’il en reste une plus grande épaisseur, ils se servent de sel ammoniac au lieu de la résine qu’em- ploient ordinairement les chaudronniers. Lorsque le sel ammoniac a bien décapé le cuivre et l’a préparé à recevoir l'étain, ils frottent avec des étoupes l'étain fondu sur la pièce et en laissent une épaisseur suffisante qui a l'air de former un plaqué, C'est le seul moyen de donner de la solidité à l'étamage. Les charlatans font un secret de la moindre chose ; les hommes de mérite se font un plaisir de communiquer leurs découvertes, ét MM. Argand ont trop de talens pour être jaloux de leurs inventions. :

immédiatement les vapeurs dans un serpentin où elles se condensaient pour se rendre de là dans le bassiot.

‘Si l’on a bien présent à la mémoire tous les détails dans lesquels nous sommes entrés pour donner une parfaite connaissance. des divers appareils imaginés jusqu'à ce jour, on sera pleinement convaincu que tous les distillateurs, à l’exception de-M. Moline, se sont exclusivement occupés de la forme des chaudières, ou des chapiteaux, enfin des alambics ; que souvent ils ont présenté comme perfectionnement le rêve de leur imagination exaltée, qui n’a pas fait faire un pas de plus à la science, M. Moline seul s’est occupé de l'amélioration des fourneaux, de l’économie du combustible, et de la concentration de la chaleur. On ne retrouve encore aucune trace de la mise à exécution de l'idée communiquée par Demachy pour faire circuler la flamme. et la fumée autour de la chaudière, dans un tuyau de cheminée formé en hélice. Cette idée fut renouvelée quelques années après par M.Chaptal qui l’introduisit enfin dans ses ateliers. f1 ne serait même jamais parvenu à faire adupter ce perfectionnement s’il n’eûtdonné l'exemple, Quand on fut convaincu par l'expérience faite

D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. ni dans ses propres ateliers ,et qu'il s’'empressa depublier, que par cette construction on économisait beaucoup le combustible , en mettant à profit tout le calorique, chacun s’empressa d'adopter ce système. Jusques-là personne n'avait voulu se rendre aux raisons puissantes.

. que ce savant chimiste donnait, tant la prévention des manipulateurs est grande contre toute espèce d'innovation.

Après avoir décrit, dans le chapitre suivant, Ja construction des fourneaux, et avoir fait counaître toutes les améliorations successives qui ont eu lieu dans cette partie importante d’une brûlerie , et qu'on a si long-temps négligées, nou$ donnerons la description des autres appareils distillatoires imaginés soit avant la découverte d'Edouard Adam, soit après cette découverte, mais en suivant toujours l’ancien systeme.

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