Tome I
paysans même, nos journaliers et gens de peine, pour les eaux-de-vie de marcet de lie, rendues caustiques et empyreumatiques par l’huile essentielle qui y abonde, et dans lesquelles, pour les rendre encore plus piquantes, et par-là plus de leur goût, on fait souvent infuser du poivre et autres épices. |
« C’est ainsi qu’on peut se rendre raison de l'immense fabrication d’eau-de-vie de vin, dans tous les pays méridionaux , et de la fabrication plus considérable encore des eaux-de-vie de grains dans le nord de l'Allemagne, en Hollande ,en Danemarck ,en Suède ,en Russie ,où des milliers d'hommes sontoccupés à cetravail qui fait un des gros revenus de la couronne, et le principal des seigneurs propriétaires, sans compter les distilleries colossales, gigantesques, . établies en Angleterre, en Ecosse , en Irlande, ‘sans compter encore les grands ateliers dans les îles de I’ A mérique ; pour la distillation du rum, et ceux du même genre qui s'élèvent et se multiplient sur le continent américain.
« Il est donc certain que les liqueurs spiri- {ueuses sont généralement admises , et que leur usage, malgré les nombreuses victimes de leur abus, est tellement enraciné, qu’il est mainte- , aant au nombre des besoins devenus, je puis
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 355 dire, de première nécessité pour ceux qui en ont contracté l'habitude. Puisqu’il en ést malheureusement ainsi, comment se fait-il que l’art de les fabriquer soit resté si long-temps et jusqu’à ce jour dans l'enfance, tandis qu’il tient de si près à la santé, le bien pour l’homme, le plus précieux, et que tant d’autres arts, quine l’intéressent qu'indirectement ou point du tout, ont fait des progrès extraordinaires? Car je n’entends point par progrès les perfectionnemens ajoutés aux alambics par les distillateurs écossais, pour opérer des distillations rapides et multipliées, dans le but d'éviter ou diminuer . considérablement l'impôt mis sur le liquide à distiller’, et proportionné à la contenance de la chaudière; les véritables progrès dans cet art sont ceux qui tendront à rendre les liqueurs, spiritueuses plus pures et plus salubres, et pe sonne, j'ose le dire, jusqu'à moi ne s’en est encore occupé : quelques pharmaciens seuls, aisés et éclairés, distillent au bain-marie et dans des alambics qui ne sont pas de cuivre, peut-être aussi quelques liquoristes plus soigneux : mais tout cela n’est que très en petit, leurs produits n’entrent pas dans le commerce, et ne sontrien comparés à la masse de ceux des brüleries ordinaires, où nulle précaution n’est | | 23 *
prise contre les inconvéniens et les dangers d'une mauvaise fabrication. »
Après avoir fait connaître dans le chapitre suivant les moyens qu’on emploie pour extraire leau-de-vie des diverses autres substances qui ne sont pas du vin, purement dit, pour entrer dans les vues de M. Argand, et tendre au perfectionnement de l’art de la distillation, nous indiquerons les moyens à prendre pour rendre salubres toutes les espèces d’eaux-de-vie, en les préservant du goût âcre d’empyreume qui les rend mortelles.
Nous ne cesserons de faire des vœux pour que le gouvernement qui nous dirige, prenne des mesures pour faire surveiller la fabrication d'une substance dont l'usage intéresse la vie et la santé des peuples qui sont soumis à es lois.