Mémoires et Journal de Wille, 1857. Vol. II
2. La maison de Cluny, habitée par Prudhon, a gardé jusqu'à ces années dernières, au-dessus de sa grande cheminée,
de cœur, qui appelait mes etifants adoptifs les jeunes artistes qu'il aimait! C'est auprès de lui que Prudhon vient chercher ses consolations : c'est à lui qu'il confie ses tristesses, ses luttes, ses embarras, ses aspirations et ses projets déçus : c'est à M. de Joursanvault que le peintre écrit :
Monsieur.
« Vous aurés sans doute de la peine à me pardonner mon insoutenable paresse à répondre à la lettre dont vous m'ave^ honorés ; j'avoue mon tort et mérite tout votre ressentiment à cet égard; cependant daignei oublier ma faute et rappelé^ vos anciennes bontés en ma faveur. Puis-je aussi me Jlatterj monsieur, que vous ne dédaignerez pas mes respectueux ho-] mages et les vœux que Je fais en ce nouvel an pour tout ce\ qui peut intéresser vos plaisirs et votre félicité; j'ose attendre] cette faveur de votre indulgence.
(c Je travaillai hors de Cluny lorsque vous me Jites ld\ grâce de m'écrire et croyant mes travaux finis aller passen l'hiver à Dijon, j'espérois avoir l'honneur de vous voir à\ Beaune, mais la fortune qui se fait un plaisir de m' être conA traire en a à mon grand regret décidé autrement. Vous me\
une peinture de jeunesse lithographiée par M. Pelliat. La tra-j dition rapportait que le buste figuré dans le médaillon désigné et soutenu par les cariatides était un portrait de M. de] Joursanvault, dont la reconnaissance de Prudhon avait fait unej espèce de dieu lare de son pauvre foyer.
menace^ dans votre dernière lettre de la perte de votre amitié^ ce serait pour moi le dernier des malheurs, fai plus que jamais à cœur de me conserver votre bienveillance^ de grâce ne me la refuseï pas! laissei-vous Jléchir à mes prières^ rappelei vous la promesse que vous m'avés fait de ne m' abandonner jamais l ... Que je regrette bien sincèrement de n'avoir pas suivi vos sages conseils! qu'ils m'étoient utils ! que j'étois aveugle ! et que j'en ai peu 'profité : si du moins je pouvais encore réparer ma faute ! mais il n'est peut-être plus tems. . . ; que je suis malheureux! ayant amassé quelque argent^ j'avais projeté d'aller continuer mes études à Dijon jusqu'au temps du concours pour l'Italie^ mais malheureusement une personne m' ayant prié de le lui prêter pour quelques jours je n'osai le lui refuser et actuellement je ne puis rien en retirer. Je me vois par là hors d'état d'effectuer mon projet et contraint de passer le gros de l'hiver dans mon maudit pais ; si vous voulés monsieur my envoyer des planches^ quelques pointes et du vernis dont an se sert pour Veau forte^ je vous y graveres des sujets de ma composition ou autres^ enfin tout ce qu'il vous plaira^ ce sera si vous souhaite^ à conte de la somme dont je vous suis redevable^ car je ne suis pas présentement à même de vous la rendre en argent ^ ou si vous aimef mieux des dessins lavés ou à la mine de plomb je vous en ferai...
« Je réitère mes prières pour obtenir mon pardon de votre bontéy monsieur accordés moi le^ je vous conjure^ et croies que je suis avec les sentiments les plus respectueux et le plus parfait dévouement
« Votre très humble et très obéissant serviteur,
« Prudhok" p.