‹ L'art du dix-huitième siècleChapitre 48 sur 63 · I. Archives de l'Art français · texte numérisé non relu

I. Archives de l'Art français

moyens d^aller à Paris, et Prudhon partait pour cette terre promise de la fortune et de la gloire. 11 arrivait à Paris précédé d'une lettre de recommandation adressée par l'excellent baron à son ami Wille, et qui montre la patiente et Fintelligente étude que le protecteur avait faite de son protégé, l'intérêt paternel avec lequel il avait interrogé son caractère, les craintes, les terreurs avec lesquelles il confiait à Paris cette nature tendre et facile aux tentations, cette âme faible, impressionnable, sensible, sans défense contre l'entraînement. Et de quelle voix pleine d'émotion il adjurait et priait Wille d'accueillir, de guider, de s'attacher et de sauver des périls de la grande ville le jeune Bourguignon, u cet enfant », comme il l'appelle !

« ij octobre 1710.

« M. Prudhon, né avec un caractère moins fort que (Naigeon), se livrant avec facilité à l'amitié, sans deffiance de ceux qu'il aime, peut tomber dans le précipice le plus affreux, et des sociétés qu'il se fera à Paris dépend le bonheur ou le malheur de sa vie. Son goût dominant est l'ambition de sortir de la foule des peintres

médiocres ; il travaille avec ardeur, mais il faut que quelqu'un lui dise de travailler. Si quelque sujet médiocre s'empare de son esprit, ce qui est très-facile, il gagnera son cœur avec aisance et M. Prudhon courera à la débauche avec moins de plaisir qu'au travail mais avec autant de docilité. Il est incapable de dérèglement par lui-même, mais, s'il y est conduit, il peut y être extrême, et cette idée me ferait frémir si je n'osais me flatter que, par amour pour le bien, par amitié pour moi, par pitié pour cet enfant, déjà marié depuis trois ans, vous daignerez vous l'attacher, lui permettre de vous parler avec confiance, de vous consulter, de ne rien faire sans votre aveu et votre avis. Je lui ai montré vos lettres, je lui ai laissé voir la vénération que vous m'avez inspirée ; son cœur a été attendri, il vous a nommé son père, il vous aime et vous respecte déjà comme tel. »

Voilà Prudhon à Paris. Aussitôt arrivé, il écrit à M. de Joursanvault :

« Alonsieur ,

« Apres quelques fatigues et un peu de pluye essuyei dans une longue route nous sommes enfin arrivej bien portants

à Paris chei Madame de Mandre tante de Naigeon. Cette dame nous a reçu avec toute la politesse et l'honnêteté possible, il paroit que Naigeon sera très-heureux chei ^H^^^^l^^ui a témoigné beaucoup d'amitié et d'affection et semble prendre ses intérrêts avec grand lèle ; pour Ramey et moi nous allons chercher à nous procurer une chambre, monter notre très petit ménage et un endroit pour vivre à peu de frais. N'en étant encore qu'à ce point là. Je ne puis rien vous dire d'intéressant de Paris^ des tableaux ou de ma propre situation. Cet aprèsmidy ou demain au plus tard nous irons rendre les visites les plus intéressantes premièrement à Monsieur Wille^ Monsieur y atelet. etc.. et ensuite les autres. De là nous irons voir les galeries et églises et moi sortant de la et n'ayant point de temps à perdre j'irai acheter un châssis^ de la toile et des couleurs, composer mon sujet et le peindre ensuite.

« Monsieur le Marquis Dapchie^ a donc la bonté de s'intéresser à moy auprès de son Eminence. Je désirerois bien savoir si Monsieur a fait tenir à Madame de Menecer une lettre de recommandation quelle m'avoit fait espérer de luy; j'oserai dans ce cas vous prier Monsieur de la demander à cette dame pour me la faire tenir car la protection de Son Eminence me seroit sûrement très utile et d'un grand poid et j'ai très à cœur d'avoir accès auprès d'elle.

« N'ayant encore rien vu et ne sachant rien sur quoi m' étendre, je m'arrête. Je reprendrai bientôt la plume, car j'aurai sûrement dans peu quelque chose à vous dire.

« Je SUIS avec les sentiments que vous me connoissés plein de ^èle et d'attachement j'ose dire aussi d'amitié sincère « Votre très humble et très obéissant serviteur. « Prudhon, peintre.

« Messieurs Naigeon et Ramey vous assurent de leurs

très humbles respects, et tous ensemble, c est-à-dire moi avec euX; nous osons vous prier de dire mille choses charmantes de notre part à Mademoiselle d'Embrun et lui présenter nos respectueux hommages.

(( Paris, ce 28 octobre 1/80 '. »

Mais, à Paris, Prudhon se fatiguait en efforts infructueux, en tentatives vaines j le manque de travail, la misère, le renvoyaient dans sa province.

Au fond, ces années de 1780, 1781, 1782, qu'est-ce qui les remplit ? Un roman de cœur, que nous raconte, d'une manière charmante, M. Alfred Sensier avec la mémoire de ses souvenirs d'enfance et les lettres qu'avait eues en sa possession M. Pelée.

Prudhon s'était logé à Paris, rue du Bac, dans la maison de M. Louvier « à la porte cochère entre un marchand de vins et un sel-i lier » . Dans cette maison habitait Jean-Baptiste- Raphaël Fauconnier, entrepreneur de broderies et fournisseur des toilettes de dentelles | de la cour, vivant en famille avec une belle-

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