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Accord de la basse de viole à 6 cordes.
La basse de viole, en France, allait faire entendre son chant du cygiie sous l'archet de Forqueray le père. Celui-là était un maître capable de maintenir l'instrument en honneur contre le goût nouveau qui tendait de plus en plus à accepter le violon. Aussi, après lui, la lutte devint-elle inégale entre les deux instruments et bientôt le violon s'imposa définitivement par son emploi pratique et par ses magnifiques qualités de sonorité.
Louis XIV porta un rude coup aux violistes en maintenant la charge de roi des violons (1) et en formant la fameuse &a?idedes petits violons, peutêtre sous l'inspiration de Lully, qui avait la haute main sur les choses de
(1) Cette charge, fondée sous Henri IV pour Dumanoir, fut supprimée près de deux siècles plus tard, par un édit du 3 avril 1773.
rOpéra et qui remplaça cette armée de musiciens bourdonnants^ joueurs de viole, de luth, de clavecin, etc., par des instrumentistes de son goût.
L'Italie, du reste, avait depuis longtemps fait cette transformation. Les contrebasses, violoncelles, ténors, altos et violons de ce pays, datés et signés de leurs auteurs, ne laissent aucun doute à ce sujet. Ce n'est cependant que dans les dernières années du xvif siècle et dans les premières années du siècle suivant qu'Antoine Stradivari, parvenu à l'apogée de son talent de luthier, fixait définitivement le patron, les épaisseurs des tables et le diapason du violon et de chacun des instruments qui composent le quatuor moderne. Stradivari continua d'ailleurs à construire des violes, des cystres et quelques autres instruments qui tendaient à disparaître.
Marquons en passant que plus tard, lorsque la mode et l'usage proscrivirent ces instruments, la plupart des violes furent recoupées, modifiées et transformées en altos.
A la fin du règne du Louis XIV, on sent encore en France une dernière résistance de la viole à laisser prendre sa place. C'est que dans la haute société de l'époque, les grandes dames se faisaient honneur de jouer des violes tant hautes que basses (Fig. 17 et 18) dont la position faisait mieux valoir la grâce des exécutants que messire violon dont la teyision extraordinaire des cordes courtes et grosses sacrifie tout à la voix (Hubert le Blanc).
Cinquante ans plus tard, la famille des violes était tombée dans un discrédit complet. On peut lire dans une notice du Mé^ morial raisonné (de Gascault, Paris, 1761) : « La basse de viole a été longtemps en D grande réputation, mais le violoncelle » l'a totalement anéantie. A l'égard du ï> dessus de viole, il n'a jamais eu grande » réussite. La basse de viole est un insï> trument à cordes de boyaux et à archet, » le manche en est large, le corps approche de la taiUe de celui du violon- » celle ; mais plus profond, il a 7 touches (ou, sillets mobiles) sur son
Fig. 47. — Viole allemande
DU XVni« SIÈCLE.
Hauteur : OmBO.
» manche et 7 cordes. Gomme les cordes d'un instrument doivent être
y> proportionnées entr' elles et au corps de Tinstrument. la quantité qu'il y
» en a à la basse de viole fait que les cordes
3> hautes doivent être minces et déliées, ce
» qui, vu leur longueur, ne peut manquer de
» leur donner un ton peu nourri et par con-
» séquent aigre : de plus, le son s'étend dans
» un ventre creux d'où il ne peut être ren-
» voyéque faiblement. On peut dire la même
» chose du dessus de viole, en ajoutant qu'il
ï> est encore moins supportable que la basse ;
» car un dessus doit être brillant et il est
» sombre et maigre : il n'a que 7 cordes dont
^ l'accord (en commençant par le bas) est :
» ré, sol, ut, mi, la, ré. ï>
Combien il y a loin de cette appréciation dédaigneuse de de Gascault à l'enthousiasme et au lyrisme de Jean Rousseau pour l'instrument qu'il jouait et professait. Affaire de mode, dira-t-on, et l'on sait que celle-ci en musique joue un rôle prépondérant aussi bien pour la composition que pour la lutherie. Voici d'ailleurs un curieux passage de la préface de la Méthode de Jean Rousseau (Paris, 1687) qui permettra de faire la comparaison : « Sur ce principe, je dis que les 3> premiers hommes s'étant attachés à imiter 7> la voix humaine par l'artifice de plusieurs instruments faits de diffé- » rentes manières, cherchaient sans doute celui qui l'imiterait mieux 3> et comme on ne peut contester que jamais instrument n'en a approché 3> de plus près que la viole, qui ne diffère de la voix humaine qu'en ce 3> qu'elle n'articule pas les paroles, il faut avancer qu'elle était dès le com- » mencement du monde l'objet de la recherche des hommes. 3>
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