Pardessus de viole français
Hauteur : 0 "» 59.
Il fallut, au xviii« siècle, le talent des CoreUi, des Geminiani, des Leclair, des Guillemain, etc., pour venir à bout de toutes les résistances qui s'étaient opposées jusque-là à l'adoption du violon et de ses congénères
du quatuor à cordes actuel. Ces virtuoses, doublés de compositeurs de grand talent, substituèrent à toutes ces petites pièces : sarabandes, oienuets, gigues, etc., des sonates dont la forme et le fond étaient bien autrement intéressants et faisaient présager l'envergure de la musique écrite pour le quatuor à cordes moderne, où les musiciens italiens et allemands excellaient déjà.
Mais revenons à la lutherie. Celle-ci, à cette époque, copiait en France les spécimens italiens. Les Bocquay, Médard, Bertrand, etc., firent des instruments à cordes qui ne le cédaient sur ceux d'Italie que par le choix défectueux des matériaux, mais dont l'exécution témoignait d'une habileté de main au moins égale. La fabrique de Mirecourt, cette Crémone française, fondée depuis le xvi^ siècle, commençait à prendre un certain développement et à déterminer, par son extension commerciale et le bon marché de ses produits, une influence réelle sur l'emploi des instruments à cordes.
La composition de l'orchestre, de son côté, se modifiait peu à peu par l'adjonction des violoncelles et surtout de la contrebasse qui remplaçaient les luths, les théorbes, les grandes basses de viole, etc. Ce fut un musicien florentin du nom de Jean-Baptiste Stuck, dit Baptistin, qui le premier joua du violoncelle à l'Opéra, vers 1709, et ce fut Michel Gorrette qui, en 1741, fit paraître à Paris la première méthode pour cet instrument. La contrebasse fit également son apparition à l'Opéra, en 1730, avec Montéclair, l'auteur de Jephlé\ mais celui-ci n'en jouait que le vendredi, jour du Roy.
Dès cette époque, le quatuor à cordes est définitivement constitué dans l'orchestre, et si, depuis, aucune règle n'est venue limiter le nombre des exécutants dans chacune des parties de ce quatuor, le principe ne s'en est du moins pas modifié.
Dans une plaquette intitulée Quelques considérations sur la lutherie et que j'ai publiée en 1890, j'ai fait remarquer la composition incomplète du quatuor à cordes actuel par suite de la disparition d'un de ses membres, le ténor de violon^ qui a existé autrefois et pour lequel il y avait des parties écrites dans l'ancien quatuor itaUen (1). Après avoir donné les raisons pour lesquelles cet instrument, si bien indiqué et dont la voix était la juste continuation du violoncelle allant à l'alto, avait été abandonné, j'ai signalé les tentatives d'artistes convaincus qui avaient lutté pour la réintégration de cette voix bien caractéristique disparue. Cette disparition a amené une solution de continuité regrettable dans le registre à cordes et a forcé les
(i) Voir les quatuors d'Albinoni et des compositeurs contemporains.
autres instruments à sortir de leur cadre pour suppléer à ce qui manque, puisque le second violon joue aujourd'hui la partie que devrait faire Talto et que celui-ci joue tantôt dans le registre du ténor et tantôt dans le sien. Mais comme il faut compter avec la routine et que, d'un autre côté, aucune musique spécialej n'existe plus pour le ténor, celui-ci ne reparaîtra sans doute jamais'dans l'orchestre, à moins qu'un homme de la valeur et de Fautorité d'un Saint-Saëns ou d'un Massenet n'en décide l'emploi. Mais s'en trouvera-t-il un qui.'ose le faire ? On voit combien il est déjà difficile de recruter des exécutants pour l'alto dont la littérature est si réduite et dont les fonctions sont si limitées, en dehors du quatuor et de l'orchestre ; que serait-ce donc s'il fallait faire jouer un instrument qui n'a plus de littérature du tout ?
Voici comment était accordé autrefois le quatuor à cordes (4) :
basse ténor
alto violon
:xzi
Comme les nations heureuses, l'alto n'a pas d'histoire. Sa voix mélancoHque, d'un timbre très spécial et dont la présence dans le quatuor à cordes est essentielle, est trop souvent considérée comme ne remplissant qu'un rôle absolument secondaire ; et pourtant l'alto remplit aujourd'hui à lui seul son propre emploi et celui du ténor. C'est môme ce qui a suggéré aux artistes et aux luthiers l'idée de donner à l'alto différents diapasons : tantôt il est énorme et tantôt très petit. C'est que les uns jugent que l'intervalle qui le sépare de la basse est trop grand et qu'ils essayent de réduire cet écart en lui donnant un volume et un son plus en rapport avec ses fonctions intermédiaires, tandis que la plupart des altistes, qui sont généralement des violonistes, trouvent avec raison que les petits altos sont plus faciles à jouer et dérangent moins leur mécanisme.
Voilà pourquoi on est obligé de reconnaître l'infériorité des instruments à cordes sur les instruments à vent surtout depuis que ces derniers ont vu
(1) Je ne crois pas devoir donner ici les étendues du quatuor moderne que tout musicien connaît.
leurs familles complétées et régénérées par les admirables travaux de
l'illustre Ad. Sax.
Il convient cependant de mentionner les efforts tentés par la maison
Gand et Bernardel pour donner une étendue normale aux notes graves de
Torchestre. Autrefois, la contrebasse n'avait que trois cordes (Fig. 19) et ne descendait qu'au sol, une quarte audessous de l'ut grave du violoncelle.
Plus tard, Ghaff, professeur du Conservatoire, fit adopter en France l'accord en quarte en ajoutant la quatrième corde grave (Fig. 20) dont voici l'accord :