‹ L'art du luthierChapitre 2 sur 106 · II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AVANT-PROPOS

notoriété que je n'ai pas cherchée. Si je le fais, c'est pour justifier ce travail qui est le fruit d'une longue expérience personnelle.

Après avoir construit plusieurs instruments du quatuor (violons, altos et basses) pour mon usage personnel, je m'attachai à la reconstitution d'instruments anciens disparus, avec la pensée de composer, par des séries complètes, un ensemble qui ne manquerait pas d'éclairer d'un jour nouveau des points aussi intéressants qu'obscurs de la lutherie.

C'est à ce goût de reconstitution que je dus d'entreprendre un travail qui me valut quelque renommée dans le monde des musiciens et plus spécialement des constructeurs d'instruments de musique, je veux parler de la restauration que je fis du fameux componium de Winkel (1).

Cet instrument, qui faisait partie de la collection que je cédai au gouvernement belge, attira sur moi l'attention de M. Victor Mahillon, savant facteur et conservateur du Musée instrumental de Bruxelles, dont je devins plus tard l'ami. Celui-ci me commanda les restitutions des lyres et cytares de l'antiquité et des croulhs, rebecs et autres instruments du Moyen-Age et de la Renaissance qui figurent dans ce musée.

J'ai également construit une série de ces types d'instruments anciens pour mon regretté ami Eugène Gand, qui les fit figurer dans le vieil atelier de luthier qu'il avait reconstitué dans la galerie du travail, à l'Exposition universelle de 4889. Enfin, en 1892, je présentai à l'Exposition de Tours un ensemble de trente instruments qui me valut le grand prix. Plus récemment (en 1898), à l'Exposition du théâtre et de la musique, au Palais de l'Industrie, j'obtins également le grand prix pour une collection d'instruments disparus, depuis la lyre antique montée sur une carapace de tortue jusqu'aux violes du xviiie siècle aux formes si élégantes et si variées (2).

Comme on le voit, c'est vers la construction des instruments anciens que se sont dirigés mes recherches et mes travaux. Les circonstances et mes goûts m'y ayant porté, j'ai eu la bonne fortune de pouvoir parcourir

(i) Le componiuni est un instrument mécanique à tuyaux d'orgue, véritable kaléidoscope musical, variant à Tinfini, et sans jamais se répéter, un thème quelconque noté sur deux cylindres. (Voir sa d(*scription dans ÏArt du facteur cVorgue de Hamel, au mot « Winkel », dans rencyclopédie Roret, 18-49, dans le catalogue du Musée du Conservatoire de Bruxelles, 1880, et- dans La^ lutherie et les luthiers d'Antoine Vidal, au mot « Tolbecque »).

Cet instrument merveilleux avait été complètement ruiné par un séjour de vingt années dans une cave, et plus encore peut-être par les tentatives de restauration d'un amateur qui y travailla pendant plus de trente années, sans pouvoir parvenir à en comprendre le fonctionnement.

(2) Cette collection a été acquise par un amateur éclairé, M. Charles Petit (de Blois).

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