‹ L'art du luthierChapitre 3 sur 106 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

des chemins inexplorés, tout en me consacrant à un art que j'aimais passionnément, i

Ai-je besoin d'expliquer maintenant comment m'est venue l'idée de publier ce traité? Les personnes qui s'intéressaient aux instruments sortis de mon atelier et de mes mains m'avaient souvent engagé à écrire un livre où je consignerais les résultats de mes recherches et de mes travaux. J'avoue que la pensée de prendre une plume pour autre chose que pour jeter des notes sur une portée musicale me parut d'abord un acte de véritable audace. Il fallut toute l'insistance affectueuse de quelques amis pour me décider enfin, il y a quelques dix ans, à publier une petite plaquette à laquelle je donnai le titre de Quelques considérations sur la lutherie. En allant trouver mon imprimeur, je ne me faisais aucune illusion : al Voilà un petit bouquin, me disais-je, qui sera très fier de trouver quelques bienveillants lecteurs parmi ceux qui le recevrontkliive d'hommage de V auteur et cela devra suffire à sa gloire. i> Mon étonnement fut grand d'apprendre bientôt que mon opuscule dépassait le cercle des amis. On m'en demandait des exemplaires d'un peu partout, d'Allemagne notamment et bientôt il fallut en refuser : l'édition était épuisée.

Loin de moi la prétention de me prévaloir de ce très modeste succès de librairie. Mais j'eus le plaisir d'y trouver cette indication très nette que le public, lorsqu'il s'agit d'un livre spécial qui n'est pas une œuvre d'imagination, sait attacher plus de prix à l'expérience de son auteur qu'à ses aptitudes littéraires. Ce fut pour moi un encouragement. J'eus en même temps la perception plus précise que j'avais dû à ma qualité de musicien, d'instrumentiste, l'avantage d'avoir pu étudier et pratiquer l'art de la lutherie sans perdre de vue le but unique de celui-ci et affranchi de ce qui, chez les praticiens, fait trop souvent confondre la tradition avec la routine.

A partir de ce moment, et toujours encouragé d'ailleurs par les personnes qui s'intéressaient à mes travaux et au premier rang desquelles je dois placer MM. Gustave Bernardel et E. Lyon (1), non seulement je conçus le projet de faire un traité de l'art du luthier, mais j'en arrêtai les grandes hgnes dans mon esprit, et lorsqu'en 1898 je publiai une Notice historique sur les instruments à cordes et à archet, j'avais déjà décidé que cette étude formerait le premier chapitre du livre que j'ai l'honneur de présenter aujourd'hui au public.

On a beaucoup écrit, et de fort bonnes choses, sur la lutherie ; mais un

<1) M. E. Lyon est le directeur technique de la manufacture de pianos Wolff et Pleyel»

Page 1