‹ L'art du luthierChapitre 4 sur 106 · AVANT-PROPOS. V · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. V

très petit nombre d'ouvrages émanent de professionnels. Ce sont le plus souvent des compilations habilement faites, quelquefois intéressantes au point de vue de l'histoire des instruments, mais qui ne traitent de la construction que d'une manière très superficielle ou n'en parlent même pas du tout. Il m'aurait été facile de puiser abondamment dans les matériaux accumulés par d'autres et de faire étalage d'une érudition qui n'aurait été que la science d'autrui. J'ai préféré me cantonner sur le terrain de la pratique où j'apporterai les résultats certains de mes observations et de ma longue expérience personnelle.

Je ne prétends pas exprimer les formules d'un art nouveau ; mais celles que je présenterai seront marquées au poinçon rigoureux d'un contrôle maintes fois renouvelé par moi-même. Certains hommes de métier ne comprendront pas ma franchise. Chaque atelier, chaque ouvrier presque, a ses tours de main, ses procédés secrets qu'il garde jalousement. Je livrerai les miens, et si je n'encourrai les justes reproches de personne, — parce que je ne donnerai que ce qui est bien à moi ou n'est pas la propriété exclusive d'un seul, — j'aurai du moins la satisfaction de faire bénéficier les autres du fruit de mon propre travail. J'ajoute qu'en dévoilant les pratiques défectueuses, en faisant la guerre aux erreurs, j'aurai apporté ma modeste contribution à la floraison d'un art que j'aime profondément et qui est l'auxiliaire du plus grand de tous les arts, la Musique !

Avant d'aborder le sujet proprement dit de ce livre, je tiens à dire quelques mots des deux grands centres de la fabrication française des instruments à cordes : Mirecourt et Paris. Je commencerai à dessein par Mirecourt, parce qu'elle est le véritable berceau de la lutherie en France.

Cette toute petite ville, située au pied des Vosges, baignée par les eaux tantôt tranquilles et tantôt furieuses du Madon, renferme tout un petit peuple d'hommes hospitaliers, intelligents, travailleurs et artistes. Mirecourt a fourni au monde savant, au monde militaire et au monde industriel toute une pléiade de personnalités remarquables; mais c'est surtout dans l'art de la lutherie que cette véritable Crémone française a excellé depuis plusieurs siècles, répandant non seulement dans le monde entier ses produits, mais y envoyant encore ses habiles ouvriers. Citerai-je quelques noms parmi les plus connus? C'est, d'une part, les Lu pot, Gand, J.-B. Vuillaume, Bernardel, Sacquin, Breton, Didier Nicolas, Dérazay, Lété, Chanot, Rambaux, Jacquot, Maucotel, Miremont, CoUin-Mézin, Oudinot,

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