VI AVANT-PROPOS
Telesphore Barbet, Brugère, Français, etc. ; d'autre part, pour la facture des archets, les Lupot, Dominique Peccate, Voirin, Henry, Lamy, Bazin, etc.
Malheureusement, la nécessité de fabriquer à bon marché et de produire beaucoup a, peu à peu, substitué l'industrie à l'art. Des usines très modernes, où règne en maître un capital qui exige de gros dividendes, ont mis en pratique le principe de la division du travail et amené la fermeture de la plupart des petits ateliers particuliers où des instruments soignés sortaient de la main du même luthier. La valeur individuelle a presque disparu pour faire place à une uniformité de produits d'une médiocrité désespérante. On fait actuellement des violons à Mirecourt comme on faisait de la chaussure chez Godillot ou comme on fait des montres dans les fabriques américaines. Je n'ai pas besoin de dire que l'art n*a eu qu'à perdre à de tels procédés. Il est peut-être très ingénieux, par exemple^ d'être parvenu à fabriquer des violons dont les voùles sont obtenues par le gaufrage ; je me laisserais même volontiers persuader que cela constitue une opération commerciale très lucrative ; mais on ne fera croire à personne qu'une telle invention peut contribuer à la gloire de la lutherie française.
Ces réserves faites, je tiens à rendre hommage à l'habileté des ouvriers de Mirecourt qui est légendaire (1) et que n'a pas réussi à annihiler l'apparition des procédés de la fabrication industrielle moderne. Pour se per-. fectionner dans son art, le luthier de Mirecourt n'en est pas moins obligé d'aller dans les bons ateliers parisiens.
C'est à Paris, en effet, que s'exécutent les beaux travaux de lutherie. Là, stimulés sans doute par les exigences des artistes et des musiciens, les luthiers savent s'astreindre aux exécutions parfaites. Rien n'est laissé au hasard : le choix des bois, leur sens, les épaisseurs, le barrage, les collages, la hauteur et l'épaisseur des contredisses, la forme des tasseaux, la hauteur des voùles, la forme du manche et de son talon, sa saillie, son renversement, son diapasonnage, la pose de Tàme, du chevalet, sa division pour les cordes, la pose du sillet, sa hauteur, l'ajustement des chevilles, etc., etc., en un mot les moindres détails qui sont négligés dans la facture commerciale, prennent un inlérêt capital
(1) Les vieux ouvriers, de Mirecourt se souviennent encore de l'habileté et de l'activité de Brugére, dit Malakof ou la Petite Poitrine, qui, la veille de la Sainte-Cécile, se promena en ville avec six violons et une basse qu'il avait construits en une semaine. Plus taixl, son émule et imitateur Mangenot, dit le P'tit Zou-Zou, accomplit le même tour de force. J'ai vu les instruments sortis des mains de ces deux phénomènes et je reconnais qu'ils étaient très convenablement coupés, filetés et ratisses ; mais je n'insiste pas sur les auti^s détails de construction moins apparents.
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