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LE COLLAGE DE LA TOUCHE ET DES SILLETS ET L'ACHÈVEMENT DU MANCHE

Lorsque le collage de l'enclavement du manche sera bien sec, on collera la touche à sa place, en tenant compte, bien entendu, de celle du sillet.

Il y a deux manières de coller une touche. La première consiste à se servir de deux contre-parties dont l'une se met sous la poignée, dont elle a la forme en creux, et dont l'autre, qui se met dessus, a naturellement la forme en creux de la touche. Voici comment on opère : on chauffe légèrement la touche, on met la colle sur le manche, on applique la touche à sa place et Ton pose les deux contre-parties que l'on serre avec deux ou trois happes.

La seconde manière, dite collage à la tresse, consiste à maintenir la louche serrée contre la poignée avec un galon de fil de 15 millimètres de largeur environ. Cette façon d'opérer est encore usitée à Mirecourt, où beaucoup d'ouvriers la pratiquent. Ceux-ci complètent généralement ce mode de serrage médiocre par l'emploi d'un ou deux coins de bois qu'ils introduisent entre la louche et le galon.

Ce dernier procédé est moins recommandable que le précédent, car il peut présenter des inconvénients, notamment dans la réparation, lorsque la poignée s'est creusée dans la longueur, ce qui arrive assez souvent.

La touche une fois adaptée et collée au manche, il restera à terminer ce dernier. On lui donne sa forme définitive en ayant soin de ne le faire ni trop plat ni trop pointu ; il faudra en arrondir soigneusement le cou de cygne du haut et celui du bas, sans trop creuser. Les figures 44, 45 et 49 donnent la forme d'une poignée de violon bien comprise.

On terminera à la lime plate (demi douce) les parties droites. Pour les

parties curvées, on se servira également de limes demi douces, mais en forme de feuille de sauge ; puis on ratissera diagonalement pour éviter les côtes et les méplats. Enfin on donnera le dernier fini avec du papier de verre n» 1 et n^ 0.

Il est d'usage de ne coller la touche que très faiblement avant de vernir, et seulement pour pouvoir terminer la poignée. On l'enlève ensuite pour y substituer une fausse touche en bois blanc qui n'a que la longueur du manche et permet au pinceau de vernir plus aisément toute la table. On remet la vraie touche lorsque le vernis est sec.

La plupart des anciens luthiers de tous les pays étaient moins attentifs au détail que je viens de signaler, et terminaient généralement leurs instruments, la touche en place, sans se préoccuper de la lacune insignifiante que laissait le pinceau à vernir sur la partie de la table qu'il atteignait difficilement. Il est vrai que les touches anciennes étaient beaucoup plus courtes que celles de nos jours.

Lorsque la poignée sera terminée, on posera les deux sillets : celui du manche, que l'on faisait autrefois en ivoire, et celui du cordier. Actuellement on les fait tous deux en ébène. Le sillet du manche aura naturellement la largeur de la partie du manche sur laquelle on le collera et deux lignes d'épaisseur. Il aura une saillie au-dessus de la touche d'une demi ligne. On lui donnera une pente vers le chevillier, afin que la corde chevauche sur une arête moins vive. Le sillet du cordier aura 14 lignes de longueur. Il sera inséré dans le bord de la table dont il continuera le contour et sera ainsi posé et collé sur le tasseau. Il ne dépassera le filet que d'une demi ligne; sa hauteur sera de 2 lignes et demie dans la partie centrale qui supportera les cordes d'attache, mais s'abaissera aussitôt en congé pour reprendre le niveau des bords avec lesquels le sillet se confondra ensuite.

Il ne reste plus maintenant qu'à arrondir extérieurement les bords de l'instrument, à la lime d'abord, puis au papier de verre fin. Ensuite on prendra une éponge fine bien propre; on l'imbibera d'eau très propre également et on lavera les impuretés, les taches et les bavures de colle qui auront pu se produire pendant les diverses opérations de la construction. Ce lavage léger fera relever les pores du bois. Lorsque le violon sera sec, on polira une dernière fois avec soin, toujours en long et en ménageant le bord.

Maugin prétend que certains luthiers additionnent à l'eau de ce dernier lavage une faible quantité de colle de façon à former un très léger

encollage destiné à remplacer, pour Teniploi des vernis à Thuile, une première couche incolore et à empêcher l'imbibition de Texcipient.

L'instrument, dans cet état, est prêt à recevoir un vernis quelconque. On perce alors à la vrille, dans le tasseau de derrière, un petit trou qu'occupera dans la suite le bouton et dans lequel on visse un piton ouvert qui permet de suspendre le violon à un fil de fer tendu dans un lieu à l'abri des poussières.

Il ne manque donc plus à l'instrument, pour son complet achèvement, que d'être verni puis monté.

Je me suis fait une règle, dans ce livre, de toujours décrire les travaux du luthier d'après une méthode logique, en les présentant successivement dans Tordre où ils doivent être exécutés dans Tatelier. Ce n'est que tout à fait exceptionnellement que je me départirai de cette méthode pour parler du montage avant d'aborder la question du vernis, alors que de toute évidence c'est le montage qui est la dernière des opérations dans la confection d'un instrument.

Cette dérogation isolée au plan que j'ai suivi jusqu'ici ne se serait pas justifiée, je crois, si je ne m'étais uniquement proposé de parler de l'application du vernis sur l'instrument. Il ne se serait en effet agi alors que d'une de ces opérations qui concourent à la confection d'un violon. Mais j'ai l'intention, à propos du vernis, d'aborder la question de sa constitution même et de sa fabrication qui a si fort préoccupé la lutherie moderne et tant passionné les admirateurs des œuvres des maîtres italiens, et c'est le seul motif qui m'a engagé à placer, à la suite du chapitre peu étendu consacré au montage, une étude à laquelle je serai obligé, tout en me restreignant, de donner d'assez longs développements.

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