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LE MONTAGE DES VIOLES

A titre de curiosité, et pour les amateurs de musique ancienne, je vais dire quelques mots du montage de la basse de viole (viola da Gamba), du dessus de viole (viola da Spala) et de la viole d'amour (2). Je laisserai volontairement de côté le pardessus de viole (quinton) et le violon d'amour qui ne sont que des répliques incomplètes du dessus de viole. La basse de viole et|le dessus de viole, bien qu'ils ne fassent plus partie de l'orchestre actuel, sont d'ailleurs les seuls qui, ayant une assez vaste littérature musicale, n'ont pas été oubliés et ont même inspiré à quelques artistes convaincus lejprojet de les faire revivre!

Les anciennes basses de viole, qui ont pu arriver jusqu'à nous, ont été généralement transformées en mauvais violoncelles. Pour cela, on a remplacé les manches trop larges et toujours trop longs par des manches ayant d'autres proportions. C'est qu'autrefois il n'était pas question de diapasonner les violes ; ces instruments se jouaient avec des sillets mobiles en cordes de boyau (3). C'est ce qui explique ces étranges doigtés

(1) Voici les saillies que doivent avoir les cordes intermédiaires :

Violon, 2 millimètres ; Alto, 2 millimètres ; Ténor, 2 millimètres 1/2 ; Violoncelle, 3 millimètres ; Contrebasse à 3 ou 4 cordes, 13 millimètres ; Viole d'amour à 6 ou 7 cordes, 4 millimètre 1/2 ; Basse de viole à 6 ou 7 cordes, 2 millimètres.

(2) Le dessus de viole est nommé viole d'amour lorsqu'indépendamment des cordes en boyaux, il possède un régime de cordes métalliques vibrant sympathiquement.

(3) Les guitares et les mandolines ont conservé ces divisions ; mais celles-ci sont fixes et sont marquées par des petites lames métalliques encastrées dans la touche.

de l'ancienne musique de viole, presque impraticables de nos jours par suite de la suppression de ces sillets. En effet, avec l'ancien système, il n'était pas nécessaire de poser les doigts en des places très précises, parce que les sillets mobiles délimitaient, par l'effet d'une légère pression du doigt, la longueur de la corde nécessaire pour produire telle ou telle note, et que le doigt placé un peu plus bas ou un peu plus haut, pourvu qu'il exerçât sa pression sur la corde entre deux sillets, n'altérait en rien la justesse du son. Cette latitude permettait aux violistes de doigter par à peu près et aux luthiers de faire des manches plus ou moins longs, suivant leur caprice ou celui de leurs clients. Par suite, on n'avait pas encore éprouvé la nécessité de déterminer des proportions fixes entre le corps de l'instrument et la longueur de son manche.

Cette longueur démesurée du manche des basses de viole avait encore été exagérée lors de la malencontreuse adjonction de la septième corde qui exigeait pour pouvoir se faire un peu entendre une longueur déterminée. Mais, si cette exagération avait été profitable à la septième corde, je m'empresse d'ajouter qu'elle était devenue fatale pour la première qui ne pouvait plus monter. Aussi, pour éviter ce grave inconvénient, Jean Rousseau donna-t-il, dans sa méthode, le procédé suivant pour accorder la viole :

« Pour accorder, dit-il, lorsque l'on n'est pas obligé de s'assujettir à un autre instrument, il faut commencer par c-sol-ut, qui est la corde du milieu, et la monter à un ton raisonnable-, en sorte que la chanterelle ne soit pas forcée, ce qui la ferait siffler sous l'archet et la mettrait en danger de se rompre ; comme aussi que la grosse corde (la septième) puisse faire entendre et distinguer facilement ses sons. »

D'un autre côté, je dois dire que toutes les violes pourvues de leur manche original que j'ai vues depuis 50 ans l'avaient de longueurs si différentes les unes des autres, que certainement cette longueur ne résultait d'aucune règle précise et que chaque luthier l'avait déterminée suivant sa fantaisie.

Comme je l'ai dit dans la notice historique qui forme le premier chapitre de ce livre, la basse de viole à sept cordes est, à mon avis, infiniment moins sonore que celle à six cordes et beaucoup plus difficile à jouer. Ce qui confirme cette dernière observation, c'est que la septième corde fut très rarement employée, même dans la musique de Marin Marais qui en recommandait l'usage.

Je vais cependant donner les proportions pour le montage des violes à sept cordes aussi bien que de celles à six cordes.

Donc, pour monter une basse de viole, on donnera à son manche le même renversement qu'à celui du violoncelle et, comme on ne joue plus avec des sillets mobiles, on le diapasonnera de la même façon. On donnera à ce manche 46 millimètres de largeur au sillet et 70 millimètres à Tenclavement.

Pour ne pas dénaturer l'aspect archaïque de Tinstrument par un dispositif moderne, la touche de la basse de viole à six cordes n'aura que 43 centimètres de longueur ; son bout large mesurera 8 centimètres ; sa convexité sera représentée par un arc de cercle d'un rayon de 76 millimètres pour le bout large comme pour l'étroit (sillet).

Le chevalet aura 88 millimètres de largeur ; sa convexité correspondra également à un arc de cercle d'un rayon de 76 millimètres-; l'écart entre la première et la sixième corde sera de 76 millimètres ; la hauteur de la première corde au-dessus de l'extrémité de la touche sera de 4 millimètres et celle de la sixième de 6 millimètres ; enfln la saillie des cordes intermédiaires sera de 2 millimètres.

Pour la basse de viole à sept cordes, on n'ajoutera que 5 millimètres à la largeur totale de la touche et 5 millimètres à celle du chevalet. De cette façon les cordes se trouveront un peu plus rapprochées les unes des autres que dans la basse de viole à six cordes ; mais cette différence sera en somme assez peu sensible et aura l'avantage d'éviter de donner une largeur exagérée au chevalet.

L'accord de la basse de viole, en commençant par le grave, est : ré^ solj tU, mi, la, ré. On ajoute le la au grave pour la septième corde.

Le dessus de viole ou viole d'amouc est de la famille des violes le seul dont on s'occupe encore un peu (1) ; et pourtant son accordatu're ré, fa, la, ré, fa, la, ré, ne lui réserve que bien peu de ressources et lui interdit toute la musique si intéressante des anciens maîtres, tels que : Bach, Haendel, Théléman, Marais, Forqueray père et fils. Rameau, Francœur, DoUé, Gouperin, Graun, Haydn, etc.

Voici les différentes mesures se rapportant au montage de la viole d'amour à sept cordes :

Longueur de la touche : 27 centimètres ;

Largeur de la touche à son extrémité étroite : 40 millimètres ; à son extrémité large : 65 millimètres ;

(4) Voir au premier chapitre de cet ouvrage, pages 43 et suivantes. Les personnes qui voudraient avoir une idée des anciennes accordatures des violes pourront consulter Mersenne, Kircher, Praetorius, Agi-icola, etc.

La convexité de la touche aux deux bouts : arc de cercle de 72 millimètres 5 de rayon ;

Écart entre la première et la septième corde, au sillet : 37 millimètres ; sur le chevalet : 68 millimètres.

La touche de la viole d'amour à six cordes (accord ancien) aura la même convexité, la même longueur et la même largeur. Seul son chevalet aura 4 millimètres de plus de largeur avec la même convexité, d'où il résultera que Técartement des cordes extrêmes sera de 64 millimètres.

On donnera comme hauteurs des cordes au-dessus de la touche, celles de l'alto.

Les cordes en laiton, dites sympathiques, passent sous la touche, dans le chevalet, sous le cordier et s'accrochent des deux côtés du bouton. Elles s'accordent avec des chevilles placées au-dessus de celles des cordes attaquées par l'archet et quelquefois par des chevilles métalliques fixées dans une ou deux cases ménagées aux deux côtés du bouton. Leur accord commence généralement à ré et continue en gamme diatonique.

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