A AVANT-PROPOS
Je liens à dire deux mois, en Icrminant el pour mémoire seulement, d'une industrie qui n'a rien de commun avec Tari du luthier et que des personnes non prévenues sont exposées à confondre avec celui-ci : je veux parler de la reproduction des instruments de musique anciens au point de vue exclusivement décoratif. Le goût du bibelot sévit avec fureur depuis plusieurs années. Après avoir recherché les panoplies d'armes, on s'est avisé que des panneaux ornés d'instruments de musique étaient d'un très bel effet.
Rien n'est plus décoratif en effet qu'un ingénieux assemblage d'instruments aux formes à la fois bizarres et gracieuses : à côté des luths et des archi-luths aux manches allongés, des mandores aux ventres rebondis, des cistres, des mandolines incrustées d'écaillé flne, des vielles délicatement marquetées et des musettes aux poches habillées de vieilles soies brochées, les belles violes aux contours élégants et variés, attirent l'attention des connaisseurs avec leurs peintures armoriées et leurs chevilliers terminés par des têtes délicatement sculptées.
Certains industriels ont de suite compris tout le parti qu'on pouvait tirer de la mode nouvelle et des ateliers d'un genre spécial se sont aussitôt montés en Italie, la patrie des belles choses et des imitations éhontées, où l'on s'est mis à fabriquer, en s'inspirant souvent d'admirables modèles, des instruments sans aucune espèce de valeur artistique et qui ont bientôt envahi les boutiques des marchands de curiosités. Bien des amateurs se sont laissé prendre à ces simiUs dont quelques exemplaires ont même trouvé place dans les vitrines de certains musées. Ces instruments, qui n'ont rien de commun avec des restitutions fidèles et honnêtes faites au profit de l'histoire de la musique, sont bons, tout au plus, pour être accrochés sur des murs, assez haut toutefois pour qu'on ne puisse pas les regarder de trop près. Leur place ne saurait être ailleurs, car ils sont à l'art ce que le stras est au diamant, ce que le faux est au vrai.