VIOLON SANS TABLE
J'ai parlé des inventions de quelques chercheurs qui ont tenté des modifications dans la structure des voûtes du violon et l'on vient de voir que j'ai même apporté ma contribution personnelle à toutes ces fantaisies plus ou moins intéressantes. Je n'ai la prétention ni de connaître toutes celles qui ont vu le jour, ni même d'avoir parlé de toutes celles que j'ai pu étudier. Il me faut cependant, pour terminer, dire quelques mots de la trouvaille d'un novateur qui, lui, a bravement supprimé non seulement la table, mais encore toute la caisse de résonnance du violon. Si étrange que cela puisse paraître, c'est pourtant ce qu'a réalisé le violon de M. Stroh, un savant qui, paralL-il, s'est fait un certain renom avec ses études sur l'acoustique.
Quoi qu'il en soit, voici la description de cet étrange instrument que j'emprunte à une revue scientifique (i) :
« Dans le violon Stroh, les tables d'harmonie disparaissent presque tout à fait. La tête avec les chevilles, le sillet et la touche, semblables à ceux du violon ordinaire se continuent par un étroit bâti portant sur le côté gauche une double mentoimière. Les cordes sont tendues comme de coutume du sillet au tire-cordes. Mais avec le chevalet commencent les nouveautés.
i> Le chevalet est placé de manière à transmettre les plus légères vibrations à un levier ; ce levier est lui-môme en communication avec un diaphragme d'aluminium, non uni. Ce diaphragme est la partie principale du violon ; c'est lui qui donne au son la force nécessaire ; il est fixé par deux coussinets de caoutchouc au bâti du violon. Près du diaphragme s'ouvre un pavillon métallique qui sert à renforcer les sons. i>
L'auteur de l'article conclut très judicieusement ainsi :
«A En somme, nous nous trouvons en présence d'un instrument assez simple. Il est probable que toutes ces pièces métalliques ne diront rien qui vaille à la plupart des artistes. Cependant on nous affirme que le violon de Stroh peut rivaliser de douceur et de moelleux avec les plus délicats Amati et que l'artiste peut rendre plus aisément (?) les nuances qu'avec tout autre instrument. L'inventeur dit que le son de son violon <i est un rêve ï) et qu'il donne des sons pleins et graves comparables à ceux du violoncelle ; il affirme que les harmoniques sortent plus suaves
(I) ScipnceS'Art'Nature, n» du 16 février I0()2.
qu'on ne les avait jamais entendues auparavant. Et pourtant, le violon Stroh a une puissance égale à celle de quatre violons ordinaires.
» Tout cela est possible. Nous n'avons pas encore entendu le « futur roi de l'orchestre i>, aussi nous ne voudrions pas le condamner par avance ; il a peut-être de très grandes qualités, mais jusqu'à plus ample informé nous lui préférerons un Stradivarius. i>
C'est également, pour le moment, mon opinion.