‹ L'art du luthierChapitre 74 sur 106 · OU · texte numérisé non relu

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. Lorsqu'un instrument ancien de valeur a été soumis à un grand travail, a éprouvé beaucoup d'avaries, et a par suite subi des réparations nombreuses et souvent mal faites, il vient généralement s'échouer dans l'atelier d'un luthier sérieux qui s'applique à le réparer de fond en comble. C'est l'ensemble des opérations que peuvent nécessiter les différents genres de détériorations que je vais décrire successivement sous la rubrique qui sert de titre à cette partie de mon ouvrage.

Je vais prendre, comme type de mon étude, un violon de maître, un Stradivarius par exemple, auquel je vais attribuer toutes les infirmités i^naginables que lui auront pu infliger le temps, la fatigue, le manque de soins etrignorance ou la maladresse des réparateurs.

Je suppose que ce violon, dont les voûtes étaient peut-être un peu hautes, possède une table qui a été probablement amincie et qui s'est affaissée au centre au profit des flancs (hauts et bas) qui sont remontés au point d'atteindre le dessous de la touche et celui du cordier. Mon violon a de très nombreuses fractures mal jointes, et dont le désaffleurement a été corrigé par de malheureux grattages; ces fractures sont pleines de cette affreuse colle noire si chère aux « menuisiers d qui s'improvisent luthiers.

Une de ces fractures se trouve sous le pied droit du chevalet, c'est une cassure à Vclme, l'autre sous le pied gauche, c'est une cassure à la barre. Les pieds du chevalet ont produit deux fortes dépressions dans la table. Les bords de celle-ci sont très usés; quelques filets manquent, quelques coins également. La place du menton est très fatiguée par le frottement et la transpiration. La table en général est gauchie par l'afiaissement de la barre.

(i) Ce qui sera dit dans ce chapitre pourra généralement aussi bien s'appliquer à Talto, au ténor, au violoncelle et à la contrebasse qu'au violon. Toutes les fois cependant que cela sera nécessaire, je ferai des recommandations spéciales pour tel ou tel des instruments du quatuor.

Voilà pour la table. Quant au fond, il est un peu moins malade ; ses fonctions étant plus passives, son bois beaucoup plus résistant n'étant pas affaibli par des ouïes, il a plus gaillardement supporté l'inéluctable travail des années. Cependant l'appui de l'àme qui lui a fait partager une bonne partie du fardeau de la table, a fait subir à sa voûte une déformation qui ressemble à une fluxion et qui peut bien être attribuée à ce que le luthier de Crémone l'a fait un peu mince.

Le chevalet a reçu un choc qui a déterminé à chacun de ses pieds, sur la table, ainsi qu'au pied de l'àme, sur le fond, des fractures d'autant plus étendues que l'instrument est resté plus longtemps monté en cet état; puis, sous l'effort constant du tirage des cordes, le talon s'est rompu au filet.

Pour compléter ce triste état, imaginez que les éclisses ont été baissées, qu'elles portent des fractures mal réparées et que la portion qui se trouve sous le menton a été, ainsi que la table elle-même d'ailleurs, détériorée par la transpiration.

Le manche a été mal diapasonné, ainsi que cela arrive avec la plupart des instruments anciens ; il est de plus trop mince. Quant à la tête, sa mortaise a une fracture à la portion de joue dans laquelle ont été percés les trous de la seconde corde et elle porte les traces de nombreux rebouchages.

Bref, mon instrument est dans un lamentable état; seulement sa valeur artistique justifie une restauration complète dont un luthier habile saura se tirer avec honneur, et ce sera profit pour lui comme pour le possesseur du violon.

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