LE DÉMONTAGE DE L'INSTRUMENT
L'instrument une fois désarmé, c'est-à-dire débarrassé de sa monture : cordes, chevilles, chevalet, àme, queue, bouton, sillet et touche, on procédera à son détablage. On prendra un couteau dit à détabler dont la lame, soUdement fixée à son manche par des rivets, doit avoir l'épaisseur et l'aspect d'un couteau de table (à peu près 12 à 14 centimètres de longueur sur 3 centimètres de largeur avec un bout arrondi) ; on introduira son tranchant, qui ne doit pas couper, entre la touche et la poignée en commençant par le bas (pied du manche). Aussitôt le point de départ du décollage prononcé, on s'assurera que des deux côtés la solution de continuité suit bien la ligne du joint et si une portion de la touche ne reste pas adhérente au manche, ou si, au contraire, ce n'est pas le
manche qui abandonne de son bois à la touche. Dans ce cas, on reprendra latéralement à l'endroit menacé en tâchant d'insérer dans cette portion du joint la lame du couteau dont on pourra faciliter encore l'entrée par quelques légers coups de marteau.
Quelquefois, c'est le milieu de la touche qui fait résistance et qui menace de la faire se séparer en deux ; il faut alors reprendre l'opération du côté du sillet en procédant comme au début.
D'une façon générale, le travail qui a pour but de démembrer un instrument doit se faire avec le plus grand soin, en surveillant continuellement l'efTet du couteau sous l'effort de l'opérateur.
La touche étant enlevée, si le manche est reconnu inutilisable, on s'en débarrassera en le sciant au col de cygne. En effet, sa présence pourrait être une gône et un danger pour les éclisses que l'on va réparer.
LE DÉTABLAGE
Le détablage demande encore plus de soins et d'attention, surtout si celui qui a tablé le dernier a employé de la colle trop forte. L'adhérence de celle-ci va certainement alors amener bien des petits accidents, si l'on n'y prend pas garde. Il faut donc procéder lentement et avec les plus grands ménagements en reprenant tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, pour ne pas laisser une partie des bords de la table ou du fond sur les tasseaux, les coins et les contre-éclisses. La force de résistance de ces soutiens, étant en raison de leur surface, provoque souvent des fêlures aux extrémités de la table, particulièrement des deux côtés du manche et des deux côtés du sillet du cordier (1).
On commence généralement à détabler par un flanc haut ou bas, peu importe lequel, parce que ces parties sont plus faciles à décoller. On aura devant soi un morceau de savon sec dont on frottera de temps à autre la lame de son couteau. Il faudra bien saisir le joint, veiller à ce que les bords de la table ne se dédoublent pas, tenir l'outil de façon à ce qu'il n'entame ni les éclisses, ni la table. Lorsque les quatre flancs seront partis, il faudra décoller les CG en commençant par leur milieu, en allant jusqu'aux coins, puis en reprenant par les flancs pour déterminer les coins à céder. Ensuite
(I) Le lecteur retrouvera l'observation qui précède dans une étude que j'ai publiée il y a quelques années et qui est reproduite à la fin de ce livre sous le titre de : Quelques considérations sur la Lutherie. Je n'aurais pu éviter cette répétition qu'en m'exposantà. ne pas dire à cette place même tout ce qui intéresse la réparation.
on attaquera les tasseaux en commençant par celui du bas. C'eMle moment le plus délicat de Topération et le plus dangereux, surtoot si les cheviUes de montage y sont encore, — ce qui, du reste, est peu probable, étant donné que notre malheureux instrument a dû être délablé bien des fois,— car, dans ce cas, elles font opposition h l'entrée de la lame. On lâchera d'insérer la lame en biaisant. Quand on trouvera trop de résistance, on reprendra par l'extérieur en essayant de déterminer l'entrée par quelques légers coups de marteau. Il ne restera plus à faire céder que le tasseau de devant qui est généralement moins rétif, parce qu'on peut examiner, en soulevant an peu la table, la place du joint où doit passer le couteau. On peut encore aider à Topération par quelques mouvements de haut en bas donnés à la table pour hâter la solution définitive.
Dans le travail du détablage, les genoux de l'opérateur remplacent avantageusement l'établi pour appuyer ou maintenir l'instrument.
Dès que la table aura été enlevée, on s'occupera de remettre en place et de recoller, l'un après l'autre, les éclats de bois, véritables esquilles, qui sea\>nt restés adhérents aux bords des éclisses, et cela avec tout le soin possible. On se gardera de laisser ces précieux fragments s'effriter et se détacherpar le frottement sur l'établi, évitant de croire comme les maur vds ouvriers que tout se remettra en place lorsqu'on tablera.
Pour bien opérer, on enlèvera au canif, sans les briser, et le plus près possible des tasseaux et des éclisses, les portions de bords qui y sont restées adhérentes; on les recollera à la table au fur et à mesure, en les maintenant en place par des béquettes ou des petites presses serrées sur des doubles de papier, des petits coins de bois tendres appelés buses, des petites contreparties, enfin par tous les moyens qu'un ouvrier intelligent et ingénieux peut imaginer pour restituer à une table tout ce qui lui i^partienL
Il faudra également recoller sans retard les fêlures récentes que les efforts du couteau auront pu produire et surtout ne laisser aucune trace de colle sur Ja surface de la table, car la colle détruit radicalement le vernis partout où elle l'atteint et où on Ta laissée sécher.