‹ L'art du luthierChapitre 76 sur 106 · L'ENLÈVEMENT DE LA BARRE ET DES TAQUETS ET LE LESSIVAGE DES FRACTURES · texte numérisé non relu

L'ENLÈVEMENT DE LA BARRE ET DES TAQUETS ET LE LESSIVAGE DES FRACTURES

Il s'agit maintenant d'enlever la barre et les taquets. Pour cette besogne on se servira d'une gouge plate et Ton ira doucement afin de ne pas inté-

resser la surface de la table sous les pièces à enlever : barre, doublure, et même sous les simples gouttes de colle. On continuera par la réfection des fractures en commençant par celles des bords et des flancs. Celles du centre seront réservées pour plus tard ; cela dépendra de l'état général de la table qui peut être plus ou moins malade. Souvent les fractures ' sont pleines de colle et désaffleurent ; on doit éviter néanmoins de tout décoller en même temps, car la table ne serait plus qu'une loque sans soutien. Il faut au contraire n'entreprendre qu'une ou deux fractures à la fois.

Avant de coller on procédera à l'enlèvement de la vieille colle par un lavage qu'on nomme le lessivage. Pour cela on se servira d'une petite spatule en bois de sapin, on prendra un peu d'eau chaude dans le bainmarie du pot à coite, on en imbibera la cassure en dedans et en dehors, on laissera pénétrer pendant quelques minutes et on renouvellera l'eau de temps en temps. On essaiera ensuite par de petits efforts à faire disjoindre et céder. Lorsque le décollage sera fait, on épongera l'eau refroidie et l'on en remettra de la chaude en faisant délicatement aller et venir les bords de la fracture, afin de liquéfier et de désagréger la vieille colle qu'il est indispensable d'enlever complètement en l'essuyant avec un linge fin ou une éponge. Si malgré tout, la fracture résiste, on prendra le fer à décoller que l'on fera chaufl'er, mais légèrement et uniquement pour que l'eau ne se refroidisse pas, et on le promènera en dedans sur toute la longueur de la cassure. C'est un moyen extrême auquel rien ne résiste; mais il n'en faut pas abuser, car cette opération trop souvent répétée, altérerait le vernis qui doit être l'objet de la plus grande sollicitude de la part de l'opérateur (1).

Généralement l'eau chaude et la patience ont raison des collages les plus solides. Quant au fer, il ne doit jamais être passé que sur une partie bien imbibée et toujours à l'intérieur.

Lorsque la colle aura été enlevée et l'eau séchée, on pourra recoller en se servant de serre-joints et de petits coins savonnés à sec mis à propos et en ayant soin surtout de mettre les deux bords de la plaie juste d'affleurement. La colle devra être mise bien transparente et il ne devra jamais en rester à la surface de la pièce, sous peine de voir, comme je viens de le dire, le vernis disparaître aux places où elle sera restée.

(1) Il est bien entendu que le violonier soigneux doit toujours avoir le plateau de son établi couvert d'un morceau de tapis de feutre, afin de garantir les vernis des instruments qu'il répare ou qu'il monte.

Page 1