LE REMOULAGE DE LA VOUTE
Les fractures des flancs ayant été lavées et recollées, la table a déjà repris une certaine solidité. Il faudra ensuite s'occuper de la portion centrale. On préparera pour cela un moule de table (1) le plus en rapport avec 1^ forme de celle qu'on répare, sans se trop préoccuper d'abord de sa plus ou moins grande concavité (Fig. 79). Car ce moule ne va servir, pour le moment, que de support à la table dont le centre va être imbibé d'eau froide afm d'en faire remonter la voûte par le gonflement
Fig. 79. — Moule de poitrine.
des fibres du bois. Cette imbibition sera circonscrite et ne devra pas s'étendre au delà de la portion à faire revenir. On maintiendra cette humidité au moyen d'une compresse taite de plusieurs doubles d'une toile propre et usée ou d'une éponge de dimension voulue.
Lorsqu'après un temps plus ou moins long, suivant le degré d'aflaissement, suivant aussi la température, on s'apercevra que la voûte est remontée, a repris sa forme primitive, on fera revenir les dépressions des
(1) On nomme moi:le de table des contreparties ayant la forme entière ou partielle d'une table. On les construit généralement en bois do tilleul ou de peuplier en leur donnant, pour le violon, de 4 à 5 centimètres d'épaisseur. Ces moules sont évidés à la gouge et au rabot, ajustés avec le plus grand soin à la convexité normale de la voûte — sans tenir compte naturellement des déformations qu'on veut faire disparaître — et finalement ratisses.
pieds du chevalet en appliquant sur ces parties, du côté de la saillie, en dedans, la pointe du fer dont j'ai parlé plus haut, chauffée sans excès afin de ne pas brûler. On remettra enfin quelques gouttes d'eau pour aider l'opération qui réussit toujours quand elle est bien conduite.
On lavera ensuite et on recollera les fractures centrales avec le même soin que celles des bords et celles des flancs.
Il faut encore rendre à cette voûte sa régularité primitive. Sous l'influence de l'humidité, elle est remontée, il est vrai, et les dépressions marquées par les pieds du chevalet ont disparu ; mais tout cela n'a rien de bien régulier et c'est le moment d'y remédier. Il faut donc remouler. Pour réussir à rétablir la convexité primitive et faire disparaître les moinores difformités, on préparera un bloc de bois de tilleul de 5 centimètres d'épaisseur, auquel on donnera la forme en creux de la table en le faisant déborder sur ses contours de 5 Tïiillimèlres environ. Le bois de ce bloc sera mis dans le même sens que celui de la table.
On commeûcera par ajuster celte contre-partie, en se servant d'abord de la grande gouge, puis des rabots. On présentera la table souvent, car la réussite de l'opération dépend de l'ajustement de ce moule. Si ce dernier est trop concave, la voûte sera trop remontée, ce qui fera mauvais effet. Si, au contraire, le moule est trop plat, cela n'ira pas mieux et les biques du haut des jQf risqueront de saillir en dehors. Il faut en outre bien s'inspirer de la forme du meilleur côté de la table, de celui qui n'a pas été déformé, s^îl y en a un toutefois, afin que le moule puisse faire revenir Taulre côté absolument semblable. Cest ime question de tact et d'habitude (1).
Le moule achevé, sans gauche, sera ratissé ; puis on préparera un pedt sac de forte toile auquel on donnera la forme un peu amplifiée de Vestomac de la table. On y laissera un coin non cousu, pour pouvoir y introduire, avec un entonnoir, du sablon (gris fin) très modérément chauffé, dont on l'emplira aux trois quarts seulement, car, si le sac était trop plein, le tassement qu'on se propose de lui donner s'opérerait mal ou incomplètement. On recoudra la portion laissée ouverte, on se munira d'une cale en bois dur delà grandeur du sac et de 3 centimètres d'épaisseur, ainsi que d'une solide presse qui aura assez d'ouverture pour embrasser sous sa VIS la cale, le sac, la table et le moule (Fig. 80). Il est bien entendu que
(i) 'Ges îBûoules peuvent se faire aussi en érable uni, en hêtre, en noyer, «le. «tts peuvent être partiels ou complets, suivant les besoins.
UK RÉPARATION.
pour un plus grand instrument, le nombre des presse» sera en raison de rimporlance et de l'étendue de la surface à faire revenir.
On préparera l'opération en interposant entre le iDOnle et la table une feuille de papier soigneusement frottée de savon sec- pour que le vernis D6 colle ni au moule ni au papier. Cette dernière pr(^caution a une très grande importance, car si, par malhf'ur. on l'oubliait, on risquerait de voir, sous l'influence de la chaleur et de la pression, le vernis coller 1^»
Fig. 80. — Disposition pour faieœ remonter la vout£ d'une tabm: ou d'un fond, ou pour coller une doublure en bois forcé.
table au moule, de façon qu'il ne soit plus possible de le détacher sans de graves avaries.
On rapprochera ensuite les fractiires centrales qui vont .-.e trouver €oavertespar le sac, on interposera une autre feuille de papier un peu plus grande que le sac, pour que celui-ci ne se colle pas à la table. On placera le sac exactement â sa place, la cale en dessus, on mettra la presse et l'on «errera doucemeot, pour,cQiiimencer, en frappoJrt quelques petits ço^s
de marteau sur la cale après chaque tour de vis, ce qui déterminera le sable à s'étendre et à faire adhérer la table au moule par la diffusion du serrage. Le sable ainsi aura bientôt pris une consistance suffisante et, au bout de vingt-quatre heures, la voûte aura reconquis sa forme primitive. Il n'est pas nécessaire de beaucoup serrer. L'excès de serrage anéantirait tout en écrasant les fibres du bois d'autant plus facilement qu'elles ont été préalablement gonflées par l'imbibition (4).
On recollera bien d'affleurement toutes les fractures centrales, et cela les unes après les autres, en les laissant suffisamment sécher. Toute précipitation serait nuisible et trop entreprendre à la fois serait compromettre le résultat.
Pour le serrage latéral de toutes ces fractures, on fera des petits serrejoints légers en peuplier, de 5 millimètres environ d'épaisseur, ayant la forme indiquée dans la figure 36. Si les cassures se trouvent à la hauteur des //", on pourra, pour serrer plus facilement, boucher partiellement ces dernières avec quelques fragments de liège. Ces serre-joints seront modifiés, quant à leur forme, suivant la nécessité et ajustés le mieux possible pour qu'ils tiennent bien à leur place. Quelques petits coins de bois tendre et savonnés, interposés judicieusement entre le serre-joint et la table, aideront encore à tout rétablir. C'est donc, une fois de plus, à l'ingéniosité et à la patience du violonier qu'il faut faire appel.