L'AGRANDISSEMENT
L'agrandissement est la plus ingrate et la plus difficile des modifications à opérer au modèle des instruments. Si l'on opère sur une pièce dont le vernis est d'une nuance claire et transparente, toutes les adjonctions de bois se verront et, malgré les précautions les plus habiles, le travail terminé ne donnera à l'opérateur qu'une satisfaction relative. Cependant, il y a des cas nombreux où cette opération s'impose, soit qu'un ouvrier ignorant ait recoupé un instrument sans raison, soit que le constructeur lui-même n'ait pas observé les propositions exactes qu'on exige maintenant dans tous les instruments.
Lorsque !a largeur seule fait défaut, on est moins embarrassé : on ouvre, en effet, le joint central en sauvant le talon, comme je l'ai expliqué plus haut pour le rétrécissement, et on ajoute enlre les deux parties la quantité de bois qui manque eu s'eflbrçant de choisir ce bois aussi semblable que possible à l'ancien, puisque tout doit tendre à dissimuler la présence de la pièce ajoutée. Pour la table, le cordier, le chevalet, la tache de la colophane, les cordes et la touche, aident singulièrement à masquer le refait. Mais il n'en est pas de môme dans l'élargissement du fond qui ne saurait être dissimulé.
Quand il y a un défaut de longueur du diapason, le travail devient plus
délicat. C'est le pins souvent le devant qui 'est trop court, surtout dans les violoncelles. Pour remettre ce qui manque, on est obligé de faire une opération inverse à celle du recoupage, en se servant néanmoins du même procédé, qui consiste à présenter la table sur un carton blanc et mince, à tracer exactement son contour, à dessiner la portion qui fait défaut et que Ton veut ajouter, à diviser en deux ce modèle, puis, après l'avoir découpé au canif, à s'en servir comme d'un gabarit. On détache alors le bord et le filet de la pièce à agrandir de la façon que j'ai décrite pour le recoupage et on les conserve, s'ils sont authentiques, ce qui est rare, pour les replacer à demi-bois. On amincit ensuite en pente, en allant à zéro, la partie de la table sur laquelle on opère et où Ton va appliquer ce qui manque. Le bois qu'on ajoute doit être aussi semblable que possible à celui de la pièce à agrandir et ses fibres doivent être dirigés dans le môme sens. On amincit les bords de ce bois de façon à ce que les deux coupes une fois superposées la pièce se trouve bien à plat et puisse être serrée sur le plateau sous des contre-parties ajustées. Ces contre-parties ont une grande analogie avec celles qui servent à coller les demi-bords. On peut les garnir de drap ou de feutre pour éviter les empreintes sans oublier d'interposer toujours la feuille de papier savonnée.
Lorsque le tout sera sec, on rétablira le pourtour de la gorge, on refera des filets ou l'on remettra les anciens si on a pu les sauver et, lorsque l'opération sera faite au fond et à la table, on enlèvera les tasseaux du devant et du derrière de façon à rétablir l'instrument ainsi modifié. Les éclisses étant devenues naturellement trop courtes, on leur ajoutera ce qui manque suivant la méthode que j'ai indiquée en parlant de la réparation de cette partie de l'instrument.
Quelquefois, au lieu d'un agrandissement partiel, on en fait un général. Cet agrandissement, plus important et d'une exécution délicate, peut être cependant plus facilement dissimulé. Il suffit pour cela d'opérer de manière à faire un instrument façon Magini, c'est-à-dire de poser un second filet dans le joint qui sépare la table originale de la partie ajoutée, de façon à ce que l'instrument soit finalement orné de deux filets séparés par une plate-bande suivant un procédé décoratif habituel au maître luthier de Brescia.
Pour bien opérer, on se conformera aux recommandations que j'ai faites plus haut et plus particulièrement à celles qui se rapportent à l'agrandissement ayant pour but d'allonger le diapason. On tracera ce qu'on doit retrancher de la table pour arriver à mettre l'agrandissement égal de largeur partout ; puis on amincira bien à plat le bord de la table.
On aura préparé un demi bord général assez large pour recouvrir ample*^ ment ramincissement de la table et la pièce d'agrandissentient que Ton collera dessus et qui sera exactement ajustée et appliquée en deux par» lies. Cela fait, on filètera dans le joint, on remettra le bord pritxjitif avec son filet et l'opération sera terminée. Il faudra souvent présenter le mo* dèle, afin de s'assurer de l'exactitude du travail. Quant aux tasseaux et aux éclisses, il faudra naturellement les modifier suivant les besoins de la transformation qu'on opère.