V\^. 06. — TÈTE D'IN ARCHET DE VIOLON
(f^randeiir luitiirelle).
blement affaiblie bientôt quand on y aura pratiqué la mortaise servant de logement à l'extrémité des crins. L'une de ces plaques est en ébène et l'autre en ivoire. La première ne présente aucune difficulté d'exécution : il suffit qu'elle soit de Tépaissseur voulue. Il n'en est pas de même de celle en ivoire à l'extrémité de laquelle il faut ménager un petit bec d'un dessin très net et qui doit ôtre ajustée avec le plus grand soin. Le collage de ces deux plaques s'effectue en les maintenant solidement en place
Fig. 97. — Ti>TE d'un archet de violoncelle (grandeur naturelle).
avec une ficelle qui s'enroule plusieurs fois autour de la tôte, celle-ci étant pourvue d'un petit morceau de bois servant de cale et placé à l'opposé du serrage.
Lorsque la colle est sèche, environ trois lieures après, on termine la tête en la ratissant et en la poli.^sant.
C'est le moment de faire les mortaises. Celle de la tôte est commencée en perçant un petit trou qui facilitera l'entrée du bédane, car l'ivoire présente une certaine résistance. L'opération est conduite avecprécau-
l'archet et la colophane.
tion de peur de décoller les plaques. La mortaise de la poignée qui recevra la hausse est d'une exécution moins délicate.
Il ne reste plus qu'à couper la baguette à la longueur voulue, à préparer un petit épaulement qui s'engagera dans le bouton et à percer, à son extrémité, un trou qui dépassera d'environ un centimètre le fond de la mortaise de la hausse et qui recevra la tige à vis du bouton.
Un polissage général terminera la baguette.
Fig. 98. — TÈTE d'un archet de contrebasse (grandeur naturelle).
Les archetiers du xvni« siècle apportaient souvent un art tout particulier à décorer leurs baguettes en y pratiquant notamment, depuis la poignée jusqu'à l'extrémité de la tête, des cannelures fort élégantes.
La Hausse
L'exécution de la hausse demande presque autant de travail que celle de la baguette.
Les hausses sont généralement en ébène, quelquefois cependant en ivoire ou même en écaille. Pour faire une hausse en ébène on fend un petit bloc de ce bois et on le met de largeur, d'épaisseur et de longueur. Avec un coup de mèche et deux traits de 'scie on fait le dégorgement du haut de la hausse qu'on termine soigneusement au canif en arrondissant ses bords. Le côté opposé de la hausse est mis bien d'équerre. Les deux joues latérales doivent être légèrement creuses dans toute leur longueur. On exécute ensuite la coulisse, partie de la hausse qui glissera sur l'extrémité de la baguette qu'on a eu soin de laisser à trois pans de ce côté. Sur cette coulisse, contre-partie en creux de la baguette et qui a, par suite, également trois pans, on colle une plaque d'argent préparée à
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la forme, d'avance, au moyen d'une matrice. Certaines coulisses, au lieui d'être à pans, sont en forme de goutlière arrondie. Dans ce cas, la portion de baguette sur laquelle glisse lu hausse est (également arrondie et pourvue de deux petits épaulemenls qui empêchent celle-ci de tourner. Par cette disposition, le cheval est moins exposé à se fendre latéralement que dans celle à pans ; c'est pour cette raison, que l'usage de la coulisse ronde s'est beaucoup généralisé aujourd'hui.
Après la coulisse, on fait le recouvrement qui servira à masquer lescrins et la mortaise dans laquelle ceux-ci seront logés. Il consiste en une lame d'ébène de un millimètre d'épaisseur sur laquelle on colle un petit placage en nacre de la même largeur. Ce recouvrement doit se glisser dans une entaille qu'on pratique sur la face de la hausse opposée à la coulisse et qu'on fait légèrement d queue sur les côtés, de façon qu'elle l'empêche de se soulever lorsque les crins seront placés et exerceront une pression sur lui. Le recouvrement est renforcé, du côté du dégorgement, par le passant, sorte de virole mobile en argent ou en maillechort aplatie d'un côté et logée dans une entaille du bois de façon à affleurer partout les parties voisines. Le passant sert à maintenir et à étaler régulièrement les crins à leur sortie de la hausse. Du côté opposé, le morceau de nacre du recou vrement est prolongé par une petite plaque d'argent ou de maillechort fixe, qui fait pendant au passant et qui se joint par un onglet et quelquefois carrément au talon, autre morceau d'argent encastré dans la partie de la hausse coupée d'équerre et qui descend jusqu'à la coulisse.
Toutes ces pièces sont d'un ajustage fort délicat. Lorsque ce travail est terminé, on fait la mortaise au bédane après avoir retiré le recouvrement et fait un trou de mèche pour faciliter le travail. Quand on a fini la mortaise, on visse au milieu de la coulisse l'écrou qui trouvera sa place dans la mortaise de la baguette et dans lequel viendra s'engager la tige flletée du bouton à l'aide de laquelle on fera mouvoir la hausse une fois adaptée à l'archet.
Il ne reste plus, pour achever la hausse, qu'à percer à environ un millimètre de profondeur, au nwlieu de chacune des joues de la hausse^ un trou de 6 à 7 miUimètres de diamètre dans lequel s'incruste un petit rond de nacre qu'on appelle grain et qui n'a qu'une utilité décorative.
La hausse est terminée lorsqu'on l'a bien polie et qu'on a soigneusement affleuré les joints de toutes les pièces qui la composent.
La hausse est la partie de l'archet dans laquelle se sont localisés de la façon la plus carastéristique les perfectionnements qui ont marqué les transformations successives de cet accessoire indispensable des instru-
Fig. 99. — SÉRIE d'archets anciens.
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ments de la famille de quatuor depuis leur origine assez reculée. C'est pour justifier cette affirmation que j'ai cru intéressant de présenter, dans la figure 99, une série d'archets disposés dans Fordre chronologique de la gauche vers la droite. Les trois premiers archets, sans hausse, sont ceux du ravanastron de l'Inde (500 ans avant J.-C), du crouth tritant (xi« siècle) et de la vihuelle (xin® siècle) ; le quatrième est un archet de viole tel qu'il figure sur les peintures italiennes du xv^ siècle; on y voit apparaître la hausse fixe en forme de coin ; enfin, le dernier archet, du xviie siècle, est pourvu d'une hausse mobile à crémaillère.
L'usage de cette hausse à crémaillère, d'une construction simple et peu coûteuse, a survécu longtemps à l'invention de la hausse avis qui existait déjà du temps d'Antoine Stradivarius et qui a fini par s'imposer définitivement.
Le Bouton
Le bouton est un petit morceau d'ébène cylindrique préparé au tour dont les extrémités sont munies de viroles en argent que l'on encastre dans le bois en les goupillant. Sur la virole qui se trouve du côté de la baguette on ménage une petite gorge. Cela fait, on perce le bouton d'un trou qui recevra la tige à vis; mais avant d'y fixer celle-ci, on pratique encore, du même côté du bouton, un léger creux dans lequel se logera l'épaulement de l'extrémité de la baguette. Celte fois, on s'occupe de fixer la tige et, pour mieux assurer soî) adhérence au bois, avant de l'introduire dans le bouton, on humecte son extrémité avec un peu de vinaigre qui oxydera bientôt le métal. Il est plus prudent de fixer cette tige par un petit rivet dissimulé au fond d'un trou qu'on recouvrira ensuite avec un grain de nacre.
Pour faciliter la manœuvre du bouton chargé de faire mouvoir la hausse, on lui donne une forme prismatique à huit pans, en ayant soin de ne pas atteindre la petite gorge pratiquée dans une des virolles. Un petit coup de polissage et le bouton sera terminé.
Les Crins
On se sert toujours de crins blancs et de cheval, ceux de la jument étant très défectueux au point de vue de la solidité. Le nombre des crins pour faire une mèche d'archet n'est pas fixe ; il dépend de leur grosseur; mais généralement une mèche de bonne grosseur et ne devant pas trop fatiguer la baguette en contient de 120 à 150 pour le violon, de 160 à 200
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pour ralto, de 200 à 230 pour le violoncelle, et pour la contrebasse (gros crins noirs) de 200 à 250. On trie les crins bien soigneusement en rejetant ceux qui sont perlés ; on les groupe et, lorsqu'on sent que la mèche est assez grosse, on en lie d'abord une extrémité avec du (il assez fort, on égalise celle-ci au couteau, on la saupoudre avec un peu de résine et on la grille légèrement en la présentant à la flamme d'une lampe de façon à tout lier ensemble. Alors, on introduit cette extrémité dans la mortaise de la tête qu'on bouche aussitôt avec un petit tampon en érable sur lequel on ramène la mèche. Ensuite on assujettit avec précaution la baguette dans un étau de dimension réduite et l'on fait glisser la hausse jusqu'au bout de la mortaise ; on prend la longueur de la mèche, plutôt légèrement court, car elle se distend toujours dans la suite, et on la mouille dans un verre d'eau pour en assouplir les crins : on peigne ceux-ci et, les aplatissant en même temps entre l'index et le médius, on lie l'extrémité, on la régularise, on la grille comme précédemment, après l'avoir introduite dans le passant, on l'encastre dans la mortaise de la hausse en l'y serrant également avec un tampon en érable et l'on replace le recouvrement. Finalement, on cale les crins, opération qui consiste à les bien étaler à la sortie de la hausse et à les presser contre le passant en se servant d'un petit coin en tilleul de la largeur de la mèche.
La Garniture
Pour être complet, je tiens à dire deux mots de ce qu'on appelle la garniture. Afin d'empêcher l'usure de la baguette par le frottement des doigts on garnit celle-ci d'une protection. La garniture la plus employée se compose d'un morceau de peau mince d'une largeur de dix centimètres dont on enveloppe la baguette à partir de la hausse et que l'on colle légèrement. On fait aussi des garnitures en passé d'argent qu'on enroule en spires serrées autour de la baguette à la façon dont le trait métallique recouvre les cordes filées.
Quelques mesures
Voici, pour terminer, quelques mesures se rapportant aux archets du quatuor. Ces mesures n'ont d'ailleurs rien d'absolu et peuvent être modifiées, suivant les qualités du bois, par l'archetier intelligent.
Poids :
Violon. — 55 grammes.
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Alto. — 60 grammes.
Violoncelle. — 70 grammes.
Contrebasse. — '135 grammes.
Diamètres des baguettes :
Violon. — Près de la tête, 5 millimètres ; au milieu, 8 millimètres ; à la poignée, 8 millimètres, 5.
Alto. — Près de la tête, 5 millimètres, 5; au milieu, 8 millimètres, 5 ; à la poignée, 9 millimètres.
Violoncelle. — Près de la tête, 12 millimètres ; au milieu, 9 millimètres ; à la poignée, 10 millimètres.
Contrebasse. — Généralement les baguettes des archets de contrebasse ne sont pas cylindriques, mais présentent une coupe elliptique leur don* nant plus de résistance à l'attaque. Les dimensions des plus petits diamètres sont : près de la tête, 10 millimètres ; au milieu, 41 millimètres; à la poignée, 13 millimètres.
Largeur des tètes :
Violon. — 10 millimètres.
Alto. — 10 millimètres, 5.
Violoncelle. — 12 millimètres.
Contrebasse. — 21 millimètres.
Pour quelques autres mesures, se reportera la page 32 de cet ouvrage, où j'ai déjà parlé des archets au point de vue historique.