DEUXIÈME PARTIE
DU PAPIER CIRÉ RAPIDE 1
§ 1er.
Préliminaires.
Je n’écris pas les lignes qui suivent pour les opérateurs qui commencent à étudier les procédés sur papier ciré; elles sont destinées à ceux qui, déjà initiés aux difficultés de cette méthode, cherchent à repousser du chemin des obstacles qu’ils rencontrent, et à se frayer une voie droite et unie vers la perfection. Ce que je cherche, c’est à éclaircir encore et à rendre plus simple et plus sûre, une méthode déjà si féconde en résultats,
d. Méthode présentée à l’Institut (Académie des Sciences) le 27 octobre 1856.
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et qui, malgré la solution du problème du Collodionsec (voy. partie IVe), n’en conservera pas moins l’avantage de moins de poids et de bagage possible, et la certitude d’effets que l’autre ne peut pas rendre, parce que sa constitution intime et son peu d’épaisseur s’y opposent.
Telle est la question que je me suis posée et que je résous en décrivant ma méthode rapide. Si elle n’est pas neuve sur tous les points, elle contient sur presque tous des modifications essentielles, et auxquelles je dois les épreuves qu’entre mes mains et celles de mes élèves elle a produit.
Choix du papier. — Cire pure. — Cirage fort important. — Points de vue différents sur l’emploi du papier ciré. — Image superficielle et non intérieure. — Inertie relative suffisante.
Le papier étant supposé choisi et de consistance moyenne, plutôt mince qu’épais, surtout pour les commençants, nous le cirerons par l’une des méthodes connues : la plus simple est celle du fer ordinaire. Nous ferons nos efforts pour nous procurer une cire blanche et pure, parce que sans cela nous aurions sur la feuille des traînées blanches opaques et piquetées, qu’un nouveau cirage ne fait pas disparaître et que je crois produites par le corps étranger introduit dans la cire, peut-
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être la stéarine en combinaison avec l’encollage du papier, car seule elle est volatile et disparaîtrait sous l’action de la chaleur ; il en serait de même de l’acide stéarique, en le chauffant suffisamment on le ferait disparaître et les traînées qui nous occupent persistent sur un papier roussi. Le cirage du papier étant la hase, la première opération de ce procédé, il est fort important; puisque s’il est mauvais, les préparations subséquentes auront beau être parfaites, l’édifice manquera par sa hase. Il y a, en effet, deux manières très-distinctes d’envisager l’emploi du papier ciré. Ou, considérer la feuille comme devant renfermer l’image dans son épaisseur ; ou, se servir de la feuille transparente comme d’un corps inerte destiné seulement à supporter une couche sensible intimement unie à lui et contenant l’image. Ces deux points de vue si différents, et au dernier desquels nous nous arrêtons avec conviction, ont donné nécessairement lieu à des méthodes très-différentes. Les opérateurs qui ont cherché à imprégner la feuille de l’image, ont dû beaucoup se préoccuper du grain et de la texture de la feuille de papier. Dans l’état actuel de la fabrication, ce n’est pas chose facile de trouver des qualités de papier qui répondent à une partie seulement de ce qu’on désire; de la est née la quantité de procédés d’amélioration qui ont été proposés et qui tous ont un grave inconvénient, celui de compliquer les manipulations en en augmentant le nombre.
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Oo objectera sans aucun doute à ma méthode que, demander l’inertie à une feuille de papier en présence de sels d’argent réductibles, est une utopie, parce que la cellulose, même imprégnée de cire, exerce une action facile à constater. Cette objection est vraie et serait victorieuse si j’avais besoin d’une inertie complète, mais je suis loin de ce point puisque je reconnais que même au moyen d’un puissant encollage et en diminuant autant que possible le temps d’imprégnation, il y a pénétration, filtrage en quelque sorte, du liquide par les couches du papier ; les mucilages et gélatines restant à la surface, et l’eau iodurée pénétrant seulement. C’est cet effet que je combats, et que j’atténue assezpour pouvoir n’en pas tenir compte, et surtout pour rester dans les limites du possible, du commode et du pratique.
Du bain iodurant. — Encollage fort et abondant. — ïodure alcalin rare et superficiel. — On pèche toujours par excès d’ioduration et défaut de pose.
La feuille du papier étant bien également dégorgée de cire, nous composerons un bain iodurant devant satisfaire à nos conditions spéciales : il doit contenir un encollage puissant qui, obturant les pores du papier, lui enlève la faculté décomposante des sels d’argent, et les isole en quelque sorte de la cellulose, assimilant
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la feuille à une surface inerte. Cependant si cet encollage était trop épais, il faudrait craindre qu’en suspendant les feuilles pour les sécher, il ne se retirât en gouttes oblongues ou en lignes irrégulières, qui forment des taches noires sous la réduction gallique, parce qu’il se trouve une trop grande quantité de sels d’argent accumulés à ces places après la décomposition des indurés alcalins. Il faut que cet iodure alcalin soit peu abondant dans le bain, afin qu’après l’immersion du papier, celui-ci ne se trouve pas en sortant du bain d’azotate, chargé d’une couche trop épaisse de sels d’argent qui produit une épreuve molle et empâtée. Nous sommes autorisés par de sérieuses expériences répétées par moi et par mes élèves, à penser que plus il y a d’iodure d’argent à la surface du papier, plus il est sensible, mais moins l’image est fine; quand on cherche la plus grande finesse possible, et elle peut arriver à celle du collodion, il faut diminuer la dose des iodures et poser plus longtemps parce que la sensibilité décroît. Somme toute, surtout pour les opérateurs qui n’ont pas une grande habitude du procédé, on pèche toujours par excès d’ioduration et défaut de pose. Cette observation doit être sans cesse présente à la mémoire de l’opérateur. Nous avons donc établi qu’il faut que l’encollage maintienne l’ioduration à la surface du papier pour obtenir la finesse unie à la plus grande rapidité possible.
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il est important que la feuille sensible ne contienne que des sels d’argent sans excès de sels alcalins. — Inconvénient des bains trop limpides. — Papiers épais préférables. — Une des variétés de grenu. — Exclusion de l’albumine. — Adoption de la gélatine.
Ce n’est pas à dire qu’on puisse si entièrement fermer les pores, que le papier n’absorbe pas d’iodure alcalin, car nous verrons que le temps d’excitation de la feuille dans le bain d’acéto-azotate d’argent doit être assez considérable pour que la couche, même profonde, soit complètement décomposée et que la feuille ne contienne plus que des sels d’argent, et cependant, un bain formé simplement d’eau et d’iodure alcalin ne peut jamais satisfaire aux conditions d’une belle épreuve. Presque toujours dans cette solution trop limpide, le papier est beaucoup plus imprégné qu’il ne faut d’iodure, surtout si sa texture est un peu épaisse, parce qu’alors on attend que l’imbibition de la feuille soit complète et elle devient surabondante. Ce papier séché, puis plongé au bain d’argent, devra y séjourner un temps considérable pour que la décomposition soit complète jusque dans les couches intérieures. Même en prolongeant l’immersion autant qu’on le croira nécessaire, et beaucoup plus longtemps que nous le faisons par notre méthode, il n’est pas prouvé que le liquide
argentifère, gêné par la cire et filtré par la couche extérieure de sel d'argent qui se forme instantanément et devient de plus en plus dense, puisse opérer à l’intérieur une décomposition parfaitement complète et fournir une épaisseur tout à fait homogène. Nous parlons bien ênlendu des papiers négatifs épais, les seuls capables de donner les effets de profondeur qu’on doit demander au procédé envisagé par imbibition. Qu’arriverat-il alors que l’on conservera cette feuille ainsi préparée? Si elle a été parfaitement et longtemps lavée, l’azotate d’argent en chemin dans la couche extérieure de sel d’argent insoluble pour arriver aux couches intërnes, sera* emporté et il y aura des moins de sensibilité dans les endroits ou il devait arriver, partant un grenu nuageux à ces places. Si la feuille est incomplètement lavée, ce qui arrive bien plussouvent qu’on ne le croit malgré les soins, l’azotate d’argent se rassemblera par cristallisation dans les petits canaux du papier non obturés par la cire (et il s’en trouve toujours où l’air n’a pas laissé arriver la cire chaude) ; là ce sel dissoudra, en se concentrant, l’iodure d’argent insoluble dans l’eau, et sous la réduction gallique formera de petites taches noires visibles surtout en transparence et constituant une des variétés d z grenu les plus communes; variété qui reproduit la texture du papier et que l’on reconnaît en comparant au jour transmis la feuille grenue et une feuille non cirée de La même main de papier. Nous ex-
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cluons de notre méthode l’albumine, non pas parce qu’elle donne des résultats médiocres, mais à cause de la difficulté et de l’inconstance de sa préparation. Il existe bien assez de chances d’insuccès dans ce procédé, sans le compliquer encore de celle-ci. C'est pourquoi nous préférons les gélatines végétales et animales qui s’appliquent facilement en dissolution dans le bain imprégnateur, obturent les pores tout aussi bien, ne décomposent pas le bain sensibilisateur et donnent une rapidité plus grande; sans doute parce que le vernis qu’elles forment est plus perméable aux liquides réducteurs que l’albumine à consistance cornée.
Composition facultative d’un bain à l’albumine. — Formule. — Manière de le faire. — Immersion de là feuille. — Baguette coudée. — Temps d’imprégnation. — Séchage. — Le bain doit être épuisé.
Si cependant quelques opérateurs ne craignent pas d’ajouter cette difficulté à celles qu’ils auront surmontées, leur persévérance sera récompensée par de trèsbeaux effets, mais il faudra encore augmenter d’un cinquième au moins le temps de pose, souvent même d’un quart.
Voici la manière d’opérer :
Après que la feuille est +e4u£ée* et sèche, prenez :
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Eau distillée . 65 grammes.
Iodure de potassium . 5 —
Sucre de lait . 10 —
Albumine . 300 —
représentés par 10 blancs d’œufs ordinaires.
Filtrez dans l'albumine les deux sels dissous dans l’eau distillée, battez en mousse, laissez reposer une nuit, décantez dans une cuvette. Quand la surface du bain sera parfaitement débarrassée de bulles d’air que vous chasserez en y promenant une bande de papier buvard, vous poserez la feuille en la soulevant par deux coins opposés et évitant les bulles qui pourraient se former à sa surface. Puis, pour ne pas agiter le bain, vous l’enfoncerez rapidement dedans au moyen d’une baguette de verre plein coudée ayant une des formes cidessous indiquées, et qu’on obtient très-facilement à la flamme d’une simple lampe à alcool. On s’en sert de la
même manière pour faire baigner les feuilles dans notre bain imprégnateur décrit ci-après. Il ne faut pas mettre plus de deux feuilles à la fois, afm de surveiller les bulles qui causent des fils ou traces irréparables; il faut
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encore que ie bain soit abondant pour que la feuille de dessus ne sorte pas, ce qui la tacherait.
Laissez 30 minutes au moins; enlevez sans temps d’arrêt et très-doucement, suspendez. S’il y a des bulles, en les touchant doucement d’une pointe de papier buvard elles s’effacent. Craignez également les accumulations d’albumine dans certaines parties de la feuille; en séchant, elles forment une série de cercles concentriques dorés qui déparent absolument l’épreuve.
Mettez au sec, et quand vous aurez passé au bain d’argent, ce qui doit se faire sans temps d’arrêt, ajoutez dans le flacon 10 p. 100 de kaolin pulvérisé, afin que quand le liquide deviendra noir au bout de quelques jours, vous le clarifiez en agitant vivement et laissant reposer. Le reste de l’albumine se décompose au bout de peu de jours et doit être épuisé dans sa fraîcheur.
Bain gélatineux. — L’épuiser en quelques jours. — Formule de l’encollage. — Manière de le faire et précaution à prendre. — Immersion des feuilles. — Précautions en séchant.
Revenons à notre méthode simple. Nous choisirons donc un système d’encollage que j’appelle intérieur, et nous combinerons ainsi ce bain qu’il faut faire assez abondant pour baigner commodément le nombre de feuilles que l’on désire, mais qu’il vaut mieux épuiser que conserver. 11 contient des matières mucilagineuses
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en abondance, et un ferment naturel fourni par la graine de lin ; aussi la liqueur conservée aigrit et se décompose. Si elle n’avait que le défaut de devenir acide, tout se réduirait à la mise en liberté d’un peu d’iode et à une coloration rouge qui ne nuit pas; mais la putréfaction agit sur l’amidon en présence de l’eau, et plus rapidement encore sur les gélatines végétales et animales, et les décompose si rapidement, qu’au bout de quelques mois, surtout si la température est élevée, l’alcool produit à peine un précipité gélatineux. Il faudra donc ne pas garder le bain plus de quelques jours, quelques semaines au plus, pour qu’il conserve ses propriétés encollantes extérieures. Passé ce temps, on n’aurait plus qu’un bain d’iodure de potassium dans de l’eau impure et croupissante.
Mettez dans un vase de porcelaine :
Eau ordinaire filtrée . . 2 litres.
Riz blanc . 4 50 grammes.
Graine de lin très-belle et non fermentée. ... 50 —
Colle de poisson ou cà défaut gélatine blanche. . 25 —
Il est bon de dissoudre d’abord à chaud la gélatine, et indispensable surtout de le faire pour la colle de poisson qui est préférable, parce que l’eau froide ne la dissout point, ne fait que la gonfler, et que si on laisse bouillir le mélange assez de temps pour qu’elle se dissolve, le riz est beaucoup trop crevé, et le bain chargé d’amidon comme une bouillie, est manqué. Il faut que
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cuit dans l’eau de colle, le riz offre à peine quelques graines ouvertes; mais que la gélatine végétale de la graine de lin soit très abondante. On peut donc faire trois parts de l’eau destinée à composer le bain ; en prendre une pour dissoudre la colle de poisson au bain-marie , la seconde, pour cuire légèrement le riz, et la troisième, pour extraire de la graine de lin tout le mucilage ou gélatine végétale qu’elle peut donner. Mêler les trois ensuite ; filtrer encore chaud dans un linge, et prendre de cet
Encollage . Î000 grammes.
Sucre de lait . ........ 50 —
Iodure de potassium . 35 —
Bromure de potassium. . . 5 —
Immergez-y encore chaud, sans bulles d’air et furie après l’autre, vos feuilles douze minutes au plus. Suspendez et laissez sécher.
Si le bain était froid, sa nature éminemment visqueuse ne lui donnerait pas facilité d’adhérer à la cire, }a décomposition ne se ferait que par places, sur lesquelles le liquide se retirerait en gouttes lors de la suspension, et l’image serait maculée de toutes ces taches; en un mot, la feuille serait perdue, et une nouvelle immersion ne détruirait pas ce résultat sur le papier épais, quoiqu’elle y remédie quelquefois sur les qualités très-
minces.
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OÎ
Se conserve trois mois. — Réioduration après un temps plus long. —
Papier au cyanure, ne se réiodure pas, se couvre de points rouges.
— Temps d’imprégnation. — Son importance.
Ce papier se conserve bon deux à trois mois, et ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’au bout de ce temps vous pouvez lui rendre toute sa fraîcheur d’ioduration en le remettant au bain cinq minutes. Ce qui fait penser qu’après la saponification de la cire produite par la potasse de l’iodure décomposé, l’iode se portant d’abord sur l’amidon fourni par le riz, s’évapore ensuite lentement, laissant le papier apte à devenir de moins en moins sensible.
Nous avons du papier ioduré depuis deux années : celui qui l’a été par une formule contenant du cyanure et du fluorure de potassium, ne peut pas se réiodurer, parce qu’il présente, au bout de quelques mois dans sa texture, une foule de points rouges, visibles en transparence après le développement de l’épreuve et le cirage définitif. Ces points sont indélébiles. Tandis que le papier qui a été ioduré par la formule ci-dessus revient comme aux premiers jours par les immersions subséquentes, et fournit des épreuves aussi bonnes, peutêtre même meilleures que s’il n’avait subi qu’une seule opération. Ce fait, mis hors de doute par des expé-
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riences répétées, est un avantage que l’on peut mettre constamment à profit pour l’ioduration du papier : un peu plus de soin n’est rien quand on atteint un bon résultat, et on peut diviser la préparation complète préliminaire du papier en deux immersions de dix minutes chaque, à quelques jours, ou mieux, à quelques semaines d’intervalle.
On doit remarquer que nous indiquons douze minutes comme temps maximum d’imprégnation dans le bain iodurant, parce que, nous le répétons, c’est surtout de l’état de la surface du papier que dépend la beauté de l’image, et c’est quand on est certain d’obtenir cet état constant, qu’alors, en opérant sur nature, on peut chercher à varier ses effets, sacrifiant tantôt la sécheresse pour obtenir du relief ou de la profondeur, tantôt l’efïet général pour un détail plein de délicatesse qui doit dominer par son intérêt.
Bains d’azotate d’argent. — Formule. — Temps d’excitation. — - Son importance. — Quantité d’argent absorbé.
Le bain d’azotate d’argent est de proportion moyenne :
Eau distillée . 100 grammes.
Azotate d’argent cristallisé . 6 —
Acide acétique cristallisable . 9 —
On peut remplacer facilement ce dernier par un acide
acétique quelconque, en le closant préalablement au moyen d’une quantité connue (1 gramme par exemple) d’alcali qu’on lui fait neutraliser (potasse).
En suivant la marche naturelle des opérations, nous arrivons ici à un point où je diffère essentiellement des autres opérateurs. Je recommande une excitation d’au moins vingt minutes au bain d’argent, et trente si la feuille a 30 — 40 centimètres de dimension, parce que, dans ce cas, il est rare que le photographe se décide du premier coup à faire un bain proportionnellement aussi abondant que pour une feuille normale. De plus, il faut se souvenir que le bain dont je viens de donner les proportions, laisse absorber à chaque feuille normale 18e — 24e, environ 0gr,18 d’azotate d’argent combiné, et 3 à 4 centimètres cubes de bain contenant encore 0gr,20 à 0gr25 du même sel, en total 4 décigrammes et demi, 0gr,45, qui avec les pertes et les filtres, doit être compté à 5 décigrammes. Par conséquent, quand on aura sensibilisé six feuilles normales, il sera à propos de renforcer le bain de 3 grammes d’azotate, de 20 centimètres cubes d’eau distillée et de 3 centimètres cubes d’acide acétique. Et ainsi de suite. La plus grande perte d’acide provient de son évaporation rapide favorisée par la grande surface des cuvettes et le transport des feuilles du bain aux lavages.
Le même calcul est facile à faire pour toutes les dimensions avec lesquelles on opère, en partant de ce
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fait, qu’il faut au moins 250 grammes de liquide pour baigner une feuille normale dans une cuvette aussi juste que possible, sans qu’elle sorte du liquide et se tache à coup sûr dans l’endroit émergé.
Explication du système ci-dessus. — Lavages différents, suivant la rapidité désirée et le temps de conservation de la feuille. — Exposition rapide pour la feuille moite, plus longue pour la feuille sèche.
Voici maintenant comment j’explique les bons résultats de ce système. Nous avons déjà remarqué que le bain iodurant était visqueux, et, surtout si la température est un peu froide, d’une pénétration difficile sur un papier ciré; par conséquent la feuille n’est que peu imprégnée à l’intérieur, elle ne l’est en quelque sorte que par le liquide filtré par la surface qui s’enduit de gélatine et d’amidon. Le même efïet se produit au bain d’argent, et précisément à cause de la formation rapide des iodures et bromures d’argent insoluble et fermant tous les pores de la surface, il faut un temps relativement considérable pour que la feuille soit imprégnée dans son épaisseur. On s’aperçoit, en la posant dans le bain, qu’elle se couvre, par places d’abord, de sels d’argent, puis, peu à peu, ces parties se joignent, s’unissent; la feuille devient jaune mat, son opacité est coin-
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plète, son grain bien égal. En cet état, elle est prête aux lavages que je recommande de faire abondants et prolongés, si l’on veut opérer à quelques jours d’intervalle, et moins copieux si l’on désire une grande rapidité.
Quand on doit opérer très-vite sur le terrain, et qu’on peut revenir chercher chaque feuille à l’atelier, on sensibilise le matin les feuilles nécessaires, on les laisse tremper toutes dans une cuvette où elles baignent dans une eau pas trop abondante, et qui, se chargeant du nitrate que les feuilles dégorgent , devient un bain faible. Au moment de faire une épreuve, on sort une feuille de cette eau, on éponge entre des buvards et on expose moite.
11 est incontestable que la minime portion d’acétoazotate dont la feuille est imprégnée, agit, par son action de présence, sur la rapidité de formation de l’image. Probablement, et je le pense, ce sel n’a pas d’action sensible lors de la pose, mais il en a une bien réelle lors de la réduction gallique qu’il accélère considérablement, et qu’il régularise par la manière dont il est réparti dans la texture du papier.
Il faut au contraire à une feuille sèche et rapportée de voyage, un certain temps pour reprendre le liquide, et est-on bien sûr qu’elle se met dans le même état qu’avant son assèchement , car, dans l’intervalle de temps écoulé, beaucoup de causes ont pu faire varier
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rétat de sa surface, et même faire réagir, l’une sur l’autre, les matières qui la composent. Ainsi donc, nous sommes assurés que la présence d’un puissant encollage qui, comme celui que nous employons, englobe en quelque sorte le sel d’argent sensible de toutes parts, empêche en grande partie ces taches d’argent réduit qui si souvent désolent par leur persistance.
Procédé à la céroléine modifié. — Formule. — Temps d’imprégnation.
Grain très-fin, pose plus longue.
Nous voulons dire un mot en passant d’un procédé basé sur un ordre d’idées tout opposé, et qui donne souvent de bons résultats aussi, à condition d’y employer du papier plus mince et qui fournit par conséquent des oppositions moins puissantes et des épreuves plus uniformes.
Vous cirez le papier comme à l’ordinaire.
Vous faites une solution de céroléine dans l’alcool, 15 grammes de cire par litre suffisent grandement; prenez :
Alcool céroléiné. . . . . iOO grammes.
lodure de potassium . 2,50 —
Bromure de potassium . 0,25 —
Immergez-y les feuilles cirées 10 minutes; ce qui se fait avec la plus grande facilité et sans danger de bulles
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d’air, en les plongeant un peu obliquement. Le grain ioduré est excessivement fin. Il est à remarquer qu’au sortir du bain d’ioduration par l’eau, la feuille, dont la cire est saponifiée, a repris une certaine flaccidité qui permet de la manier facilement et sans danger; ici, il n’en est pas de même, la feuille iodurée conserve sa rigidité, et on doit prendre beaucoup plus de soin dans les bains pour ne pas produire de cassures qui se traduisent par des raies ou des étoiles noires. La feuille étant retirée du bain alcoolique est transparente, mais on la suspend, et au moment de l’évaporation qui est rapide, sa saponification se manifeste et l’ioduration apparaît par un ton blanc laiteux et translucide, mais moins opaque que par la méthode aqueuse. Le grain est toujours plus fin, sans doute parce que l’ioduration n’a pas le même caractère de groupement. Les images se développent absolument comme par l’autre méthode et viennent pures et sans taches. La pose est un peu plus longue : 15’ sans soleil, objectif simple 45e foyer, diaphragme de 1 centimètre.