‹ L'art du rire et de la caricatureChapitre 14 sur 63 · JACQUES CALLOT ET SA TROUPE · texte numérisé non relu

JACQUES CALLOT ET SA TROUPE

musique du dessin? Ces drôles sont irrésistibles de sympathie ; nous leur refusons carrément notre estime, mais nous ne pouvons leur enlever notre amitié . Ils portent si fièrement les titres extraordinaires, les noms sonores qu'ils se sont arrogés : Franca Trippa, Tagliacantoni, Fritellino, Fracassa, Capitan Zerbino, Capitan Cerimonia! Et leurs commères aux mines de grandes dames, qui vous imposeraient presque, si vous n'aviez pas soupe avec elles la veille. Signora Lucia, Fracischina, signora Laviuia, chères évaporées, roublardes élégantes et musquées, chanteuses de grands sentiments sur de petits airs de danse, toujours prêtes à mourir d'amour et à

Ces pamfrfs lULCur -pleins de ecmadvcn acres Çl/Jc -portent -rien chic des CJioscs -futui-es

J. C A L L 0 T. — Bohémiens en voyage.

en ressusciter, vous êtes la joie des cœurs rassasiés. Ah ! que vous avez raison de n'être point raisonneuses profondes ; vous incarnez la meilleure et la pins spirituelle caricature de l'amour : la galanterie.

Mais il faut garder les meilleures tendresses pour les gueux voyageurs, porteurs de recettes admirables, sauf de celle pour faire fortune, marchands de bonnes aventures, interprètes infatigables de drames pharamiueux, ingénues chargées de progéniture, matamores qui n'ont pas leurs pareils, entre deux estocades pour riiL, pour dresser latente et mettre la marmite en train:

Ne voilà pas de braves messagers Qui vont errants par pays estrangers ?

Callot les avait vus de près, ayant vécu de leur vie, souffert de leurs souffrances, palpité de leurs enthousiasmes en plein air. Ou sait, sans raconter son histoire à nouveau, que, gamin de onze ans, il avait fui le toit paternel et s'était mêlé à une de ces troupes de gueux accueillants, qui « ne portent rien que des choses futures ».

13'étapes en étapes, il était arrivé jusqu'en Italie, où il avait appris de Canta-Gallina les éléments du dessin et de la gravure. On sait aussi que l'Italie l'avait attiré à plusieurs reprises, et qu'il a toujours gardé d'elle ce particulier accent de gaieté pimpante et superficielle. Il a marqué une reconnaissance égale à ses premiers guides, les Bohémiens, et aux Italiens, ses premiers maîtres. Ces impressions du début gardent des enchantements attendris pour toute une vie. Peut-être est-ce toi, maître, qui portes, bambin résigné, la marmite qui te coifife si élégamment. Bastî souffrir et être libre, c'est tout ce qu'on peut rêver de meilleur en cette étroite vie. Faire son roman comique, quitte à crever de faim ; chanter à s'époumonner pourvu qu'on soit maître de l'espace. On a toujours, comme ressource suprême, en cas de disette, le réveilmatin étique et emplumé, qui, sur le point culminant de la charrette, lance lui aussi son coquerico! Et après?... La mort viendra peut-être, ou même la fortune.

Un des plus bizarres génies de la caricature étrangère, le conteur Hoffmann, s'écriait, apostrophant Callot : « 0 maître sublime, pourquoi ne puis-je me rassasier de tes œuvres fantasques? Pourquoi toutes tes figures, dont un seul trait hardi marque les contours, restent-elles si bien gravées dans mon esprit avec un aspect humain et surnaturel à la fois? »

Pourquoi ? C'est parce qu'Hoffmann avait foi dans le rêve et dans ses réconfortants mensonges ; et nous qui n'y croyons plus, qui tournons obstinément le dos à la vérité des choses irréelles, nous ne voyons aujourd'hui de l'œuvre de Callot que la sèche propreté, l'invention petitement spirituelle. ]\Iais il est quelques esprits accommodants pour lesquels ces écrins ternis ravivent tous leurs scintillements.

LE XVIP SIECLE. — LES MAZARIX ADES.

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