KOMYN DE HOOGHE ET LA CARICATURE HOLLANDAISE
Autant la caricature flamande est jîlantureuse, entraînante avec Brueghel, autant, au siècle suivant, la caricature hollandaise est minutieuse, froide, quasiaustère avec Romyn de Hooghe. Il faut prendre cet artiste comme type, et il est certainement le meilleur caricaturiste des Pays-Bas. Mais il occupe dans l'histoire de l'art un rang cent fois moins considérable que celui que nous avons assigné à Breughel. Celui-ci est le grand-père de Eubens et de Téniers. Romyn de Hooghe n'est pas même le cousin des charmants petits peintres de mœurs, Brouwer, les Van Ostade, Jean Steen, qui sont bien réellement des caricaturistes, mais que le cadre de ce livre nous empêche d'étudier plus à fond.
C'est un spécimen du caricaturiste à gages, changeant d'opinion au gré de ses intérêts ou de ses lubies. Un jour au service du prince d'Orange, le lendemain dirigeant contre lui ses plaisanteries compliquées. Le type du graveur par excellence ; j'entends qu'il a sans cesse le burin à la main, à l'exclusion de tout autre outil : mais cela ne veut pas dire qu'il soit un excellent graveur. Il y a de tout dans sou œuvre, des caricatures, des pièces sérieuses, des batailles, des paysages, des illustrations de livres et des dessins de métiers, enfin jusqu'à des prospectus et des cartes de géographie.
De ses changements successifs de convictions, il n'y a pas grand'chose à dire : c'est de la politique. D'ailleurs l'artiste lui-même en subit les conséquences. Il s'était attiré la haine des protestants, ses coreligionnaires, et il n'y eut pas de calomnies dont on ne le chargeât. On porta contre lui des accusations d'obscénité, alors qu'il était simplement un bon vivant ; d'impiété, tandis qu'il ne se préoccupait que fort peu de questions théologiques. Bref, on lui fit la vie dure, à cause de son indépendance et de sa causticité d'esprit. Cela ne l'embarrassa guère ; il sut côtoyer les difficultés, répoudre aux invectives par de bons coups de pointe, et il eut la satisfaction, que doit envier tout caricaturiste soigneux de sa gloire, de mourir sur un bon mot.
Comme le pasteur qui le visitait à sou lit de mort s'euquérait de lui s'il était vrai qu'il crût, entre autres hérésies, à la métempsychose, Ilomyn de Hooghe fit signe que