‹ L'art du rire et de la caricatureChapitre 18 sur 63 · LE TEMPERAMENT ANGLAIS. — HOGARTH ET SON ŒUVRE · texte numérisé non relu

LE TEMPERAMENT ANGLAIS. — HOGARTH ET SON ŒUVRE

Un vieux vaudeville a pour titre: V Anglais ou le Fou raisonnable. C'est, tout autre rapprochemeut mis à part, le nom qui s'appliquerait le mieux à Hogarth. Jamais on ne saurait imaginer pareil débordement dans la composition, réuni à pareille raison dans la conception. Tout ce que l'on peut entasser de cruel et d'outré est mis eu œuvre par son burin pour prêcher la morale et la vertu. Il ne recule pas devant le tableau effrayant, devant le détail hideux, pour mieux enfoncer la leçon qu'il a résolu de faire pénétrer dans l'esprit de son public.

C'est que les nerfs anglais ne sont pas de même essence que ceux de la race que nous venons d'étudier. Ils disparaissent sous les muscles durs ; les boîtes osseuses qui abritent les cervelles sont solides et épa^'sses. Il faut, jiour que cela vibre; frapper à outrance. Ce qui révolterait un homme du Midi ou choquerait ud homme des zones tempérées qui sont les nôtres, est pour ceux-ci une distraction et un stimulant. En Italie on se désaltère avec d'excellente eau claire: chez nous il faut du vin, dans ces pays de brouillard, le hrandij le plus poivré cause seul aux gosiers quelque sensation.

Puis ce sont des protestants ; les images austères, sombres, leur sont familières : ils sont durs pour les autres et durs pour eux-mêmes. Ils exigent, habitués aux méditations taciturnes, aux arguties farouches, que tout ce qu'on leur présente soit doublé d'un sens philosophique. Leurs imaginations saisiraient mal de légères fantaisies à propos de rien ; bien qu'en ce genre ils soient aussi parfois portés par leur nature complexe à se montrer exquis, ils ont des préférences pour les déploiements de force et les recherches de violence. Mesurez toute la différence entre un carnaval de Naples ou de Home et un jour de courses à Epsom, entre un spectacle de pupazzi et un com])at de coqs ou de boxeurs. Les deux foules racontent toute la physiologie des deux arts. Ici un tohu bohu joyeux et papillottant, des rires superlatifs et des bravos pâmés sur des niaiseries. Là, de rudes coudoiements, des sourcils froncés, des yeux fixes, des sourires amers, des poings qui se crispent, toute une tension des esprits et des corps. Les uns se délectent à quelque raffinement de galanterie ou à quelque jolie rencontre de mots sonores ; les autres ne sentent de jouissance que

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