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LE SOURIRE ET LA CARICATURE AU XVIIP SIKCLR

morose, pensif, déclamatoire, ironique, bref un Voltaire i)resque aussi multi[»]e et plus ressemblant que nature. On a rangé cela, un peu de force, dans la caricature : C'est... la faute à Voltaire, qui n'était point doué des grâces d'un bellâtre. Mais autant mettre la statue de Houdon au nombre des caricatures aussi. Ces croquis sont certes charmants ; il faut sourire, et rire même chaque fois qu'on les regarde. Voltaire, lui, ne les goûtait point, considérant Hubert comme un ennemi qui le voulait rendre fort ridicule. Il n'y avait de la part du dessinateur que de la sincérité.

Les vraies caricatures de Voltaire, il faut les chercher dans l'illustration des

brochures satiriques, des libelles, comme on dit. Par exemple dans la collection des publications de colportage. Et ce ne sont pas, parfois, des artistes de second ordre qui font ces charges.

Cochin en ajDOur sou compte un certain nombre, frontispices de la Maie Bosse, ou des Manteaux et autres pamphlets contre le philosophe. Cela a une allure franchement caricaturale ;

la ressemblance est d'ailleurs moins frappante de beaucoup que dans les Voltaire d'Hubert.

Cette quantité de petites vignettes, de petites brochures plaisantes, prouve aussi combien d'intérêt on prend aux questions de littérature et d'art. Combien de gens de plume, combien de critiques, aujourd'hui i)rofondément inconnus, dont on peut retrouver une silhouette comique, tracée d'un burin railleur! Ces images ne les sauvent pas de l'oubli ; tel abbé famélique et hargneux, qui fit au moins autant de bruit dans le marécage écrivassier que le célèbre Fréron, ne saurait i)lus prétendre à la plus légère mention.

De même, dans le monde des porte-pinceaux et porte-palettes, on s'entrecrayonne gaîment. De ravissantes a calotines et charges » de peintres, Oppenord,

(( M"'^ des Faveurs à la promenade, rt

de Troy, La Joue, etc., etc., forment une des plus jolies séries attribuée au peintre de Favanne. M. de Chennevière les a étudiées et reproduites dans les Portraits d'artistes finançais.

Grand est l'intérêt qu'on porte aux choses de théâtre ; la scie d'atelier n'est pas moins en faveur, et il ne faudrait pas croire qu'elle date de Cabrion. Les peintres les

plus en vue ne dédaignent pas de tracer en vifs croquis ou en de faciles eaux-fortes des allusions aux événements du jour. Tel Noël Coypel, avec son amusant Régime de Falconnet (le malade fait une cure au clystère et à la guitare) ou son Testament de M"^ Dupuy en faveur de son chat, autant de joyeuses frivolités de gazettes, véritables nouvelles à la main, esprit de boulevard. De Coypel à mentionner aussi cette gentille badinerie de la Tragédie sur les gouttières, une scène (ïlphigénie déclamée sur un toit par des matous en costumes tragiques.

Cela ne vaut guère que pour donner le ton de la plaisanterie, le la de la caricature caricaturante. Mais i)0ur la fantaisie souriante, pour l'estampe leste, gaillardement et artistement troussée, il y a mieux à citer et à étudier.

Ces adorables maîtres graveurs qui s'appellent Cochin, les Saint-Aubin, Debucourt. Cochiu, quand il imagine, quand il rêve, multiplie les rinceaux et les rocailles ; cela se contourne en volutes élégantes, en recherches d'arabesques pomponnées. Quand il se promène par les rues, il se fait naturaliste à sa façon, mettant encore, comme tous les artistes de ce temps, involontairement de la grâce dans la trivialité. Tels, le Chanteur de cantiques, qui en plein vent, psalmodie à son auditoire de bonnes femmes son répertoire pieux, ou la Charmante Catin, la virtuose mécanique accompagnée de sa gentille montreuse qui chante pour elle.

La Tulipe.

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