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LE SOURIRE ET LA CARICATURE AU XVIII' SIECLE

blable de fausseté, qu'on j)asse sur toutes les faiblesses, car elles disparaissent dans tout le pimpant de l'ensemble.

Si nous mettons Debucourt dans ce chapitre, si nous parlons de sa célèbre Promenade publique, bien que cela dût être traité, chronologique Tient, avec l'époque révolutionnaire, c'est que cet artiste et cette œuvre se rattachent beaucoup plus étroitement aux années précédentes. Le sentiment est le même, le même est le sourire.

Sans doute la foule qui grouille sous les arbres du Palais-Egalité, eu 1792, n'est pas la même que celle qui se pressait, sous la plume de Cochin, dans les salons de Versailles quelques années auparavant. Mais Debucourt, à force d'élégance, aristocratise cette démocratie : les filles ont des airs abandonnés de duchesses ; les galantins s'exercent aux belles manières avec tant de conviction, que seuls des yeux exercés les discerneraient des gens de qualité. Ces experts en véritable distinction sont pour le moment émigrés. Nous n'avons donc qu'à admirer de bonne foi en Debucourt un dernier spécimen d'une grâce finissante, un écho affaibli d'une société déjà oubliée. C'est lui qui clôt définitivement l'ère des insouciances. Malgré tous ses efibrts, il ne peut pas chanter la Révolution d'un ton assez sévère, l'Empire d'une voix assez mâle et rude ; et la Restauration le trouve languissant et épuisé.

II incarne la décadence du xviif siècle, rappelant d'une façon affaiblie et énervée toutes ses élégances, toutes ses mignardises, toutes ses déclamations précieuses. C'est pour cela que, dans son œuvre, ou lit plus couramment et plus ingénument les vices et les travers ; peu à peu tout cela s'est exagéré en se transmettant Et c'est pour cela aussi que Debucourt, arrivant le dernier, est le plus décidément caricatural.

On dira sans doute que tout ce que nous avons indiqué comme caricatures est très sujet à contestation. Nous ne pouvons que répéter ceci : un siècle qui a plutôt toujours souri que ri franchement ne pouvait faire de franches caricatures ; il n'en pouvait donner que des essais adoucis, des indications légères et souvent à peine sensibles. La caricature véritable est j)lus accentuée aux époques de passion et de violence. Or, tout ce siècle jusqu'à la Révolution, c'est-à-dire son dernier quart déjà très entamé, n'a connu ni la violence ni la passion extrêmes. A part de rares exceptions, sa gaieté n'a jamais été plus loin que le sourire, son chagrin plus loin que la pleurnicherie.

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