‹ L'art du rire et de la caricatureChapitre 27 sur 63 · QUELQUES COMPENSATIONS : CARLE VERNET, BOSIO, BOILLY · texte numérisé non relu

QUELQUES COMPENSATIONS : CARLE VERNET, BOSIO, BOILLY

Les gens d'un esprit vraiment délicat et simple sous le Directoire ont dû effroyablement souffrir. Il semble que la grande secousse de la Révolution ait frappé de stupeur toute cette société et l'ait plongée dans un doux gâtisme. C'est le beau temps des éreintés et des jouisseurs ; mais ce n'est pas l'éreintement spirituel, joliment cynique, du Régent et de son groupe ; la jouissance est bête : tout cela manque de verve, mais en revanche est assommant de prétention. Il s'est introduit dans les mœurs une sorte de corruption bêtement sentimentale ; les estampes sont froides et niaises. Pas une étincelle, pas une élégance cai)tivante : rien que des conventions de modistes, des conversations de salons de province. Et cela non seulement dure pendant tout le Directoire, mais encore se prolonge durant tout l'Empire, toute la Restauration! C'est un monotone et écœurant défilé de grivoiseries banales, de morale polissonne, de corruption sentencieuse ; on dirait que toutes ces choses sont faites exclusivement pour des vieux qui ont besoin de se monter l'imagination. Çà et là quelques rares artistes, mieux doués que le commun, font de vains efforts pour se distinguer au milieu de cette poisseuse médiocrité. Ils y restent englués, empêtrés dans les costumes étriqués, leur verve étouffée par la frénésie de platitude qui s'est emparée du public. Peut-être, en d'antres temps, se seraient-ils montrés plus brillants, les Carie Vernet, les Boilly et les Bosio ; mais en dépit de leur finesse native, ils sentent une invincible odeur de renfermé et de vieillot.

Carie Vernet est le plus attrayant et le plus habile des caricaturistes du Directoire. Il a un crayon facile, nue invention assez agréable ; il s'intéresse à ce qui se passe autour de lui ; il étudie la vie, et ce n'est pas sa foute si elle n'est pas plus intéressante à ce moment: ses planches ne raconteraient pas des banalités en joli langage.

D'ailleurs, c'est un talent qui manque un peu d'accent ; son procédé caricatural accuse de façon manifeste l'influence d'Hogarth, mais compris ii la française. Il ne

reste du maître anglais que cette exagération des maigreurs ou des bouffissures, enveloppées dans des habits qui font des plis déraisonnables. Les scènes n'ont pas non plus la splendide bouffonnerie d'outre-Manche : la drôlerie en est moins franchement jaillissante. Tenez, c'est toute la différence qui existe entre les clowns anglais et les clowns français dans les cirques. Je ne connais rien de moins drôle qu'un clown français; il prend, pour dire des trivialités de faubourg, un accent d'Anglais de vaudeville ; puis il rit lui-même de ses farces, au lieu de conserver le flegme si irrésistible de nos voisins. Ceux qui n'ont pas assisté à Londres aux pantomimes peuvent, à la rigueur, se contenter de cela ; sinon, il est impossible de seulement sourire. De même, après avoir feuilleté Hogarth, on ne jjeut admirer Yernet. Que serait-ce si ou l'étudiait après les étonnants clowns que nous avons encore à examiner ?

Nous signalerons donc comme de la caricature simplement supportable, les types de rues ou d'estaminets, les voyages en diligence ou en tapecu qui forment le plus gros de l'œuvre de Carie Vernet. Une mention plus appuyée pour les Incroyables et les Merveilleuses, parce que c'est là toute l'époque racontée par le costume. On ne sait pas trop si Vernet a eu besoin d'exagérer le moins du monde pour faire des caricatures ; c'étaient d'ambulantes caricatures, ces désœuvrés, à la fois arrogants et veules, prétentieux et fripés ; on dirait qu'ils ont couché tout habillés. Quant aux femmes, si quelques-unes trouv'ent encore le moyen d'être jolies sous leurs ridicules coiÔures, dans leurs robes aux proportions invraisemblables, tout enjambes, à peine de corsage, semblables à de grandes araignées, c'est que la beauté, chez la femme, a vraiment la vie dure. La fureur du retroussage est significative et n'a jamais été aussi grande à aucune époque. Elle indique, toutes voiles dehors, la soif générale de plaisirs qui suit les trop longues privations. Pour se détendre les nerfs, on éprouve le besoin de voir des jambes ; mais par une amusante hypocrisie on prend comme prétexte la renaissance du goût classique. On les connaît, vos goûts classiques, vieux polissons !

D'autres abordent j^lus franchement la question. Pour satisfaire à la curiosité libidineuse de leurs contemporains, ils multiplient les coups de vents qui s'engouffrent dans les jupes, improvisent des chutes sur le pavé, d'énormes accrocs aux robes pratiqués par quelque maladroit ou quelque aveugle : « Ah! s'il y voyait! » Mais les spectateurs y voient, eux, et cela les délecte. Une preuve que cette crise de nudité correspond à ce besoin de se remettre des terreurs éprouvées, c'est qu'on le voit reparaître sous la Ilestauration, après les grandes guerres de l'Empire, identique à ce qu'il était sous le Directoire, après la formidable secousse révolutionnaire. Le goût est le même, si le costume a quelque peu changé. Toujours les coups de vent, les ouragans facétieux et les faux pas savamment calculés. Ou pourrait croire que la Terreur et l'Empire ont enlevé tous les hommes ?'obustes de corps et d'esprit et n'ont laissé que les très jeunes et les très vieux, les ardeurs qui s'éveillent et celles qui s'éteignent, la meilleure clientèle de l'amour à prix fixe.

Aussi nombre d'estampes du Directoire et de la Restauratiou retracent les

splendeurs et les « appâts » des « nymphes ». Les galeries du Palais-Royal pullulent de promeneuses déshabillées à la romaine ou à la grecque. Ce qui s'échange d'offres et de demandes est incalculable dans cette particulière « bourse du commerce. » Il y a des magasins de modes où l'on peut acheter des rubans d'une certaine couleur et une marchande assortie à la nuance. Il y a d'autres Sérails en boutique où l'on ne vend rien du tout d'autre que ce qu'on y vend. Les images nous montrent ingénument ces mystères. Mou Dieu, ne faisons pas les vertueux ; sans doute notre temps n'est pas, Dieu merci, diront quelques-uns, par trop austère; mais il s'est opéré un renversement

Le bœuf à la mode.

cuiieux. On ne raconte les détails crûment que dans les livres, tandis que l'image voile les réalités. Alors c'était l'image qui était crue et le livre qui fciisait disparaître les crudités sous des métaphores et des tirades sentimentales.

C'est alors le triom2)he du sentiment. Il y a des histoires lyriques, celle de la belle et malheureuse Elisa, par exemple, un modèle de récit vieux jeu, à la manière des romanciers rococos. Cette jeune personne n'appartenait pas à la classe des nymphes audacieuses, débraillées, à la voix rauque, à la provocation rudimentaire. Elle travaillait dans le genre élégiaque. Dans le demi-jour d'un appartement à l'orientale, elle était languissamment assise sur des coussins, vêtue à la turque de la façon la plus galante. Lui rendait-on visite, elle décrochait une mandoline et commençait à vous bercer avec une romance sentimentale où tous les parfums de FArabie brûlaient en faveur des Zulmas et des Zétulbés. Un soir, un linancier (vous connaissez le costume: gilet à ramages et à breloques, canne à pomme d'or et souliers à boucles. Pourquoi ue

s'iiabillent-ils pins ainsi ?) se laisse bercer à son tonr. Le dernier sonpir de la mandoline exhalé, il se met en devoir de donner à la romance une forme plus matérielle. Tout à coup la belle Élisa pousse un cri : elle a reconnu, mais trop tard! son propre père ! Le digne vieillard succombe immédiatement à une attaque d'apoplexie, et sa fille infortunée « se perce le sein » avec un poignard qui n'était nullement préjmré. Cela donne le ton de l'époque : des élégies dans une maison de débauche. Malgré l'énorme production caricaturale ou de sujets de genre, ce sont toujours les mêmes thèmes sur lesquels roule la verve monotone de ces voluptueux à froid.

Les politiques : avec leurs perruques de travers, leurs bas mal tirés, leur mine agitée ou profonde, leurs gazettes éployées sur les genoux. Toujours l'invariable contraste des maigreurs et des bedaines. Toujours les mêmes racontars de politique extérieure, peu divertissants à mentionner ici.

Les gourmands : on s'empiffre. Ce sont des indigestions égoïstes ; des goinfres attablés seuls devant des pâtés monstrueux ou des montagnes d'iiuîtres. La contrepartie est l'inévitable clystère ; cela est d'une gaieté exquise. On baptise l'instrument « la folie du jour ». Ces malades volontaires nous répugnent.

Les courtisanes toujours et partout : nous avons dit leurs manèges. Les modes : une grande préoccupation. Ou invente chaque jour une nouvelle exagération ; on la plaisante, et elle fait fureur. Les modes fournissent, en somme, les plus jolies séries : ce sont les célèbres Goût du jour ou Suprême bon ton. Cela du moins n'a pas de prétentions à l'esprit ou à la profondeur. On raille les habits étriqués ou les immenses collets ; les capotes démesurées où se peuvent passer des colloques mystérieux en toute sécurité. Voir les Invisibles en tête â tête.

Puis ce sont enfin les jîetits jeux de société. Autant de matières à virginales égrillardises sous formes de « gages ». Le Colin-Maillard assis: « Monsieur! on ne tâte pas ! » Et toutes sortes de pénitences : des baisers à travers des barreaux de chaises ; des déclarations obligées ; des transformations imposées en monture : un « cavalier » se faisant cheval pour une « dame » qui doit faire le tour de l'appartement. C'est une pénitence, cela? — Oh! monsieur! — Oh! madame! Mou Dieu que cela est donc joli et comme on devait s'amuser dans ce temps-là !

Mais avec cette fringale de plaisirs furtifs, c'est qu'ils ont la manie de faire de la morale. Une si bête de morale! Ce sont les Suites effrayantes de toutes sortes de choses : suites efirayantes du jeu, de lïvresse, des « fréquentations du sérail ». Oh ! ce mot de sérail, sent-il assez sa corruption ratatinée! Où sont les violentes, les cyniquement indignées peintures d'Hogarth? Il faut que, même dans ses prêcbiprêcha, ce temps ne rappelle que les devises des boîtes à bonbons ou des papillotes de confiseurs.

Quant aux séries plaisantines où le calembour s'étale, il faut y renoncer. Les Abbés reviennent sur le tapis, flanipiés cette fois de non moins écœurantes Ladys: Lady-mension, lady -gestion, lady-arrhce, etc. etc. On a ri do cela !

Comme toute cette imagerie est pauvre d'invention, et sèche de contours ! Ou

cherche à grand' peine quelque chose qui ne fasse pas paraître trop ironique notre réputation d'esprit : on en est réduit à citer comme une originalité cette allégorie conjugale, assez mauvaise d'exécution d'ailleurs, V Oiseau-coiffeur ow. le perche-tête, dont les ailes, en forme de lyre, figurent assez Lieu les cornes consacrées, et dont la couleur est tendre ou sombre suivant que le coiffé prend bien ou mal son aventure. Le mari parisien tient un chandelier, et laisse tomber de ses lèvres ce distique insouciant :

La femme

Me fâcher... on rirait. Le parti le plus sage Est de me résigner et de prendre courage.

Mari charmant ! Il a trois fois raison !

La manière anglaise ne se contente j)as de si peu ; l'époux est surchargé de tas de procédures, de codes et de bills :

La femme

Sachons mettre à profit chaque infidélité, Demandons en justice une ample indemnité.

Il mange tout l'argent sans m'en donner ma part.

Enfin la troisième Manière de voir appartient aux méridionaux. Un furieux qui brandit d'une main un poignard, de l'autre un pistolet :

Ah ! monstres, redoutez ma fureur vengeresse ! Vous périrez tous deux, perfide, et toi traîtresse !

Et la femme, à part, riposte par ce mot d'une charmante philosophie :

Quand on voit aussi mal, il faut rester garçon.

Voilà, c'est de la comédie suivant la formule du bon ( *olin d'Harleville, et c'est à peu près ce que l'on peut trouver de plus profond dans la caricature de mœurs depuis le Directoire jusqu'à la Restauration inclusivement. C'est peu.

L'Empire, d'ailleurs, n'a pas beaucoup de caricatures à présenter. Ou avait d'autres préoccupations, et de plus sombres. Quant à la satire })olitique, ou pense bien que le gouvernement impérial n'eût pas précisément encouragé ce mode de discussion. C'est tout au i)lus si on ose s'attaquer aux littérateurs et aux artistes. Quelques charges faisant allusion aux démêlés violents de Talma avec le critique Geoffroy, quelques brocards à l'adresse d'Etienne et d'autres écrivains oubliés. Une caricature contre c( le jury nuisical du Grand-Opéra » dut être jugée un coup d'audace. N'était-ce point là criti(j[uer les actes de l'autorité ?

Dans l'ordre politique, la seule chose permise est la caricature contre les étrangers. Encore faut-il qu'elle soit non pas seulement autorisée, mais encore iusjnrée i)ar l'empereur.

LE DIRECTOIRE, L'KMI'ritr;, LA RESTAURATION.

Une dos meilleures pièces de réi)04ne est, k coup sûr, la Lecture du décret de blocus, qui, dirigée contre l'Angleterre, doit précisément sa valeur à ce qu'elle reflète nn peu de la largeur bouffonne d'un Rowlandson ou d'un Gillray. Ce n'est pas d'ailleurs la seule, comme on pense, qui ait été consacrée à ridiculiser les compatriotes de Pitt. Seulement, en général, elles ne brillent guère par l'esprit; elles valent, ce qui n'est pas peu dire, celles que les Anglais ont imaginées contre nous. Ce sont des scènes d'indigestion et d'ivrognerie, pour la jJupart.

Lecture du décret de blocus.

On se tromperait singulièrement si on croyait, après ce que nous venons de dire, que l'EmjHre et l'Empereur n'ont pas fourni une ample matière à la caricature politique. Mais ce fut surtout une fois que l'Empire fut vaincu, et l'Empereur en exil. Une véritable avalanche, en un court espace de temps. Rien de moins flatteur pour notre dignité. L'aveu est pénible, mais il faut bien le faire, pour montrer que la caricature justifie parfois le mépris qu'on a pour elle.

Ce spectacle fut étalé en grossières enluminures, aux vitres des boutiques : dos Français crachant l'insulte sur le maître qui les avait trouvés prêts pour dix ans de servitude. Si les caricaturistes pouvaient apprendre que la haino qui sait se taire dans certaines occasions est bien plus haineuse!...

Il faut cependant mentionner les principales de ccs pièces. Les unes sont

ordurières : ce ne sont pas les plus révoltantes. Elles contiennent des allusions rabelaisiennes à la violette, la fleur impériale. Une est intitulée : le Sen-ement de nez (ou le serment de Ney), et l'on voit le maréchal jurant, de très près, derrière l'empereur déculotté, que « ça sent la violette ». Une autre attaque Napoléon dans sou amour paternel, et un enfant rejjrésentant grossièrement le roi de Rome tient une

corde avec nœud coulant, qu'il appelle : la Cravate à papa.

Nous passons rapidement sur les caricatures qui, par une conséquence toute naturelle, s'attaquaient aux hommes du régime tombé.

C'est ainsi que Cambacérès, à lui seul, fut le sujet de toute une série où s'étalait plaisamment son obésité.

Mais il eu est qui choquent ceux-là même qui n'ont eu aucune façon le fanatisme du conquérant ni des couquêtes : ce sont celles qui représeutent Napoléon comme un lâche et un traître. Les légendes ne gardent pas la moiudre pudeur : c( Bonaparte, dit l'une, fuit de rUe d' Klhe et ramené à sa suite la discorde, la guerre et la misère. » Une seconde est intitulée le Déserteur/ Une troisième campe Napoléon sur un ironique piédestal où sont inscrites dans des médaillons ces paroles non françaises : « Il se sauva — d'Egipte (sic) — d'Espagne — de Moscou — de Liepsic — du mont Saint- Jean. » Je ne sais pas si la dernière n'est pas la plus honteuse, car elle renferme une flatterie directe, autant qu'incoûsciente, à l'adresse de l'enuemi : « Enjin Bonaparte met à exécution son projet de descente e7i Angleten'e l "» Et l'on voit le prisonnier, blême, les fers aux mains, conduit en captivité par les habits ronges. Ce qu'il y a de regrettable, et nous ne le dissimulons pas, c'esl- que toutes ces caricatures, au point de vue de l'exécution, sont presque bonnes. Elles ont de la largeur dans le dessin; elles sont mises en scène d'une façon simple et forte. Elles ue sont pas signées,

Enfin, Bonaparte met à exécution son projet de descente en Angleterre.

LR DIUKCTOIKF, LFMPIRK, LA J; KST A U R A T I 0 N',

mais iirttn; conviction est qu'elles émanent de quelque él'Jve de OilJray on de Cruiksliank ou tout au moins d'un artiste qui a étuiié de près l'œuvre de ce.s caricaturistes. En revanche, il eu est une qui serait une su])erbe satire..., si elle avait paru sous 1(! règne même de Napoléon : celle (pii montre Talma donnant à Bonaparte une leçon de maintien.

Il y a„ bien (pK^Upies essais de réplique. Ils sont plus rares; on fait rarement appel quand les circonstances, {)lus fortes, ont condamné. Les caricatures grenadières et cocardières montrent le lion impérial se redressant sous les coups de pieds de l'âne ; elles s'écrient : a Jlespect au malheur! » elles montrent

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des grognards plus fiers que jamais de leur croix de})uis qu'elle est susjiecte, et, se redressant avec orgueil : « Je la portais ''' Marenyo! »

La note involontairement comique est donnée par les flagorneurs, retraçant en images enthousiastes la joie délirante du peuple français qui retrouve enfin « notre père de Gand ».

Cela est déjà très drôle ;

heureusement le comte de Provence était trop sceptique pour que Louis W'III put croire à la sincérité de ces images. Sinon, sa naïveté eût été cruellement surprise de voir qu'au retour de l'île d'Elbe surgissait aux étalages une nouvelle moisson de caricatures napoléoniennes et violemment antiroyalistes. Notre pire de Gand est vite usé. C'est le Désespoir de Gros-Louis : « Ces maudits grenadiers écrasent touji»urs mes lys. » C'est une scène de pugilat entre l'empereur et le roi : « Je reprends mon bonnet et je te laisse ta calotte. » Ou bien encore le Vœu ifes ro>jalistes ou la seconde

T;iliiKi ilouii;nit 11110 k-çon île iiiiuutifn et àe iligiutL- itin>on.iio.

rentrée triomphante, sanglante celle-ci : elle montre Louis XVIII revenant en France avec un Cosaque qui le porte en croupe... Seulement une chose nous gâte ces belles satires chauvines et impérialistes : c'est qu'elles paraissent être de la même main qui osait dessiner le Déserteur et la Descente en Angleterre. Nous sommes loin de l'époque de la Ilévolution où chaque caricaturiste était un combattant qui

risquait sa peau avec une joie farouche !

Le gouvernement de la Restauration, de nouveau et plus solidement installé, ne permit plus que des caricatures politiques fussent publiées. Nous notons seulement, parmi des pièces insignifiantes, une charge contre Chateaubriand « se ralliant à ses souverains légitimes ». Elle représente une table j)lantureuse où sont installés le roi et sa famille.

« M. Boursouflé de Maison- Terne » s'approche, et semble quêter un morceau. Cela n'est au reste que bieu injuste, car on sait que Chateaubriand ne s'enrichit pas à ses ardentes fluctuations.

En revanche, d'innombrables pièces sur les envahisseurs étrangers. Carie Vernet en a dessiné de fort intéressantes; elles représentent de curieuses familles anglaises, aux touches invraisemblables ; des officiers prussiens, sanglés et gourmés. Dans tous ces recueils, signés ou anonymes, les Cosaques tiennent une place d'honneur ; leurs goûts pour la chandelle, et la négligence de leur toilette sont le fond de ces caricatures. Certaines sont amusantes : elles représentent les Cosaques tondus, sur le Pont-Neuf, comme de vulgaires caniches. Les Russes, au contraire, sont y traités avec plus de sympathie ; ils sont beaux : on constate leurs succès de femmes. Quant aux Anglais, on reprend contre eux la série des plaisanteries classiques : on les fait grotesques et goulus. On les baptise Milord Pif, Milord Pouf, Jacques Rosbif. Tout cela garde encore quelque curiosité, mais les pièces sout de valeur bien inégale.

Pour tempérer un peu la sévérité de nos jugements sur les caricatures de la /i longue période que nous venons d'examiner, nous n'avons pas que Carie Vernet à

Vœu des royalistes.

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