‹ L'art du rire et de la caricatureChapitre 28 sur 63 · ÉM · texte numérisé non relu

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pouvoir louer. Nous avons aussi deux artistes ingénieux qui possèdent certaines qualités de distinction et de finesse à un degré supérieur à la moyenne de l'époque. Nous voulons parler de Bosio et de Boilly.

Bosio (1767-1832) a fait des pièces légères et des pièces sérieuses. Les premières sont charmantes si l'on veut Lien oublier ce qu'elles ont de vieillot et de conventionnel. Les autres... jamais, non jamais, rien de plus rococo ne pourra être rêvé que Corinne avec son turban, sa lyre atrocement bas-relief, le soupirant qui se pâme à ses genoux. L'extraordinaire sujet de pendule ! Mais dans les pièces de mœurs et de badinerie, on trouve des choses charmantes, en dépit d'un faux style classique, désespérément tenace. Bosio ne peut croquer une grisette sans la voir avec les yeux de David ; cela diminue de la gaieté. Une certaine élégance efflanquée et amincie, une polissonnerie qui a trop bonne tenue ; quelque chose d'un peu pédantesque et de très effronté en même temps, comme le dévergondage d'une institutrice : voilà un peu l'effet que nous produit l'œuvre de Bosio. Les cinq grandes scènes de mœurs : Tableaux de costumes parisiens contiennent des détails charmants, en tant que gravures de modes. Ces compositions sont trop connues, trop souvent exposées aux devantures des marchands d'estamjjes pour être décrites ici. Mais comment ne pas rappeler le charme d'intimité vieillotte de la Bouillotte, l'amusant groupement des types autour des tables de jeu; ou bien encore les élégances étriquées et fanées du Bal masqué? Cela semble avoir le son d'un « caprice brillant » exécuté sur une épinette de Pleyel.

Quant aux deux célèbres planches : le Lever et le Coucher des ourrirres en linge, c'est le dernier mot de ce roquentinisme suave qui semble avoir été chez nos arrière-grands-pères l'expression de la galanterie. Enfin, dans les scènes de petits jeux, telles que les Quatre-coins, le Colin-Maillard, etc., il y a de véritables tît séduisantes qualités de composition et d'arrangement de lignes grêles et de beautés pauvrettes.

Isabey a donné aussi de piquantes caricatures de modes et de mœurs ; celle que nous donnons ici en est une bien jolie preuve. Mais il a, relativement à Bosio et à Boilly, peu produit en ce genre. Aussi faut-il signaler son grand intérêt sans faire toutefois une étude déveloi)pée.

Le style de Boilly (1768-1845) est plus large, et la recherche plus variée ; mais, dans un autre sens, son œuvre n'a pas moins vieilli. Boilly est, pour le public, l'homme des groupes de têtes. Il n'est personne qui n'ait vu aux boutiques des brocanteurs quelques-unes de ces lithographies qui rassemblent, dans un espace restreint, les nues serrées contre les autres, une vingtaine de têtes d'une fantaisie plus ou moins grimaçante. Par exemple, des gourmands qui hument, avec des expressions diverses, le fumet de victuailles ; ou, dans un autre groupe, des savants ridochés ; ou des avares soupçonneux ; ou des hommes et des femmes affligés de nez camards, etc., etc. II n'est pas de caricature plus fausse, de drôlerie jdus dépourvue d'objet. En dépit du proverbe : u Qui se ressemble s'assemble, » où a-t-on jamais vu la possibilité de

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