CRUIKSHANK
Enfin, Seymonr H(;ra rotenn ponr une bion injj^énienso série : Liûiruj madf. fai^y : la vio lendnc facile. Ce sont de; ])izarrenient invraisemblables inventions |>onr nous I)i'ocnrer plus de confortable ou pour nous éviter des efforts : par exemi»le, une machine j)oiir faire marcher les chevaux poussifs, une autre pour faire conserver bonne contenance aux duellistes nerveux, une clo(;hc de vern; pour mettre les enfants bruyants, etc., etc. Baudelaire, dans ses admirables études sur les caricaturistes,
Cruikshank. — L'embarnis du choix.
signale également ses plaisantes charges de la cliasse et de la pêche, à la fois bouffonnes observées.
Mais eu résumé tout cela ou bien procède de Rowlandsou, ou se résume dans l'artiste dont il nous reste à parler.
Une jolie figure, fine, en lame de couteau, avec un sourire froid et mine de pince-sans-rire, encadré de favoris corrects, la mine, eu un mot, d'un véritable gentleman; de gros effets, auprès desquels ceux de Gillray sont miniatures, un bariolage cru, qui ferait paraître suave l'enluminure du même caricaturiste : tel apparaissent G. Ouikshank et sou bagage. Ils sont tous comme cela : flegmatiques et désarticulés ; toujours le clown aux gants blancs. Des trois dessinateurs qui ])ortent le nom de (^ruikshauk, Georges est le plus justement célèbre. Isaac est un violent aussi, nuiis moins génial ; Robert est ])lus distingué et plus etVacé. Georges Cruikshank (1794-1882), travaille jiour la foule, et il sait faire vibrer la grosse corde. Qu'il s'occupe de politique intérieure et qu'il ehar«ie le p"inee de Galles,
représenté en baleine (jeu de mots '&\\x prince of Wales ç.i prince of Whale), on qu'il flatte les passions antifrançaises de ses compatriotes dans une suite contre Naj^oléon, c'est toujours la même rondeur hriitale, populaire et même populacière. Si nous prenons, par exemple, cette Vie de Napoléon, publiée en 1815, nous verrons que le caricaturiste a mis en œuvre les plus calomnieuses ou les plus absurdes allégations, celles, précisément, qui ont cours dans la masse. Cette caricature ne recule devant rien ; elle est aveugle comme la haine des foules ; elle invente des inepties pour pouvoir les huer tout aussitôt. Cruikshank n'hésitera pas, entre autres scènes, à nous montrer ce fameux homme rouge « cette menaçante et fatale apparition qui, suivant la légende, avertit fidèlement l'empereur des malheurs à venir », et devant ce fantôme, nous voyons Napoléon blême et claquant des dents. Une autre nous prouvera que Bonaparte faisait administrer du poison aux pestiférés de Jaffa, singulière contre-i)artie du fameux tableau de Gros. N'importe, le but est rempli.
Heure nsement, Cruikshank a d'autres titres à notre admiration que ses planches politiques ; il est aussi un caricaturiste de mœurs inépuisable, et des plus divertissants. 11 a le sens très prononcé du ridicule des modes, de la société qui haute les salons. Ce sont des promenades, dans Hyde-Park, de toilettes et de coiffures extravagantes ; ou encore, des danses mouvementées dans des appartements trop petits. Parfois, il cherchera des effets dans une déformation systématique des traits de la physionomie : ainsi, des assemblées de gens, tous pourvus de têtes allongées outre mesure. Parfois aussi, il trouvera, on ne sait comment, des bouffonneries désopilantes comme celle-ci, VE^nharras du choix, ou « le roi de Tombouctou offrant une de ses filles en mariage au capitaine *** », et, de fait, il y a de quoi être embarrassé. Cela, c'est bien le comique anglais, large, secouant, funambulesque. Qui penserait à grouper ainsi trois guenons aussi épouvantables, à leur faire faire de ces grâces inquiétantes, et à présenter cela comme la plus haute faveur qui puisse être accordée à un Européen?
Cruikshank a produit de nombreuses histoires de ce genre. Cela n'a sans doute, ni la férocité d'Hogarth, ni la passion forcenée de Gillray, ni la grâce insolente de Rowlandson ; mais c'est d'une grosse ingéniosité qui secoue. Il s'attache aussi au sens strict des mots qui composent une locution, et il en tire des effets curieux ; c'est donc de la caricature déjà beaucoup j)lus fantaisiste. Exemple, la planche qui a pour titre : W/iat an unplcasant weather. (Quel sale temps) ! De même que chez nous ou dit : il pleut des hallebardes, les Anglais disent parfois : il pleut des chats, ou bien des chiens, ou encore des fourchettes. Cruikshank s'emi)are de ces termes figurés, les inscrit en soustitre, et les traduit au projire dans son image. Des conséquences inattendues résultent de cette conception ; entre mille épisodes amusants ; ce sera un invalide renversé sur le dos par cette averse trop solide, et empalant de sa jambe de bois un des chiens qui tombent du ciel ; ce seront, encore, ces chiens et ces chats qui sont traversés eux-mêmes par les fourchettes qui pleuvent en même temps qu'eux.
Il faut dire le mot, malgré son grand talent d'illustrateur, Cruikshank sent déjà le caricaturiste de la décadcnu'c : il est obligé de se mettre la cervelle à la torture
O IL Lit A 7. — UOWLA XDSOX. — CKUIKHHAN'K. 141
pour trouver des eflets nouveaux. Les (-(rets troj) cherchés sont précisément faihles Vers le milieu de la carrière de (Jruikshank délmfait un humoriste, John I>'ech, un fin et un délicat, mais l)i<;n mince à côté des colosses, qui furent Hogarth et Uowlandson. C'est ainsi que, peu à peu, jjendant la j)remière partie de ce siècle, la caricature anglaise s'aciieminait du larji^e rire à ventre déboutonné au sourire doucereux et vague, de la nature en joie aux conventions mondaines guindées et figées, ou, ce qui vaut mieux, aux rcchcrchcis raffinées, aux délicats archaïsmes on aux verveux tableaux de vie dont nous aurons encore à déguster la ])iquante saveur.