‹ L'art du rire et de la caricatureChapitre 31 sur 63 · LES ESPAGNOLS NE SONT PAS CARICATURISTES. GOYA ET LES CAPRICES · texte numérisé non relu

LES ESPAGNOLS NE SONT PAS CARICATURISTES. GOYA ET LES CAPRICES

L'art espagnol n'est pas gai : il va rarement jnsqn'au sonrire. Cenx qui prennent le pinceau ou le crayon se plaisent surtout à retracer des scènes graves dans une tonalité sombre. Ils ont, pour la plupart, du musulman, du hidalgo et du gastralgiquo :

d'où leur gravité, leur morgue et leur ascétisme. Quand ou étudie leurs œuvres, il faut se pénétrer non pas des sentiments d'un curieux ou d'un rêveur, mais d'un pèlerin. Cela étonne dans ce pays de soleil, de romans, de sérénades, à première vue du moins. ÛJais est-ce que le romanesque n'est pas l'ennemi de la caricature, bien qu'il soit lui-même une inconsciente caricature du sentiment et de la vie ? La contradiction n'est donc qu'apparente : la passion ardente ne comporte pas le rire, ou du moins ce ne sera que parfois un rire sardonique, amer.

Oui, dans le pays des Cervantes, il y eut

peu de notables peintres du rire, et ceux qui s'y

exercèrent par rares occasions, furent encore

plus nobles que gais. Prenez comme exemple

cette figure grotesque dessinée i)ar le tragique

llibera d'un coup de pointe léger : elle u'est point drôle, et ses difformités sont

plutôt racontées gravement. De même, devant les petits pouilleux ou les petits

mendiants de Murillo, c'est plutôt un sentiment de respect que Ton éprouve.

A i)ro])rement parler, les Espagnols n'ont qu'un exceptionnel caricaturiste, encore ce n'est pas sans appréhension que nons inscrivons ici sou nom, de peur d'abord de qualifier un grand artiste d'une façon incomplète, puis, de nons exposer à des ])rotestations indignées de ses admimteurs.

Nous dirons donc que Goya (1746-1828) est avant tout un puissant peintre.

Tête grotesque, par Ribera,

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