‹ L'art du rire et de la caricatureChapitre 32 sur 63 · GOYA ET LES CAPRICES · texte numérisé non relu

GOYA ET LES CAPRICES

Cela fiiit, nous revencliqnerons (''nerj^ifjiH'rncnt la n{;ne da rks fanx-fort<?.s, et particuliènîmont les Copn'rrs, comino ce (jiie la caricature a jjnxluit do plu.s rare et de plus élevé. Quclfiirnn a ccrit (|iio Goya était tf un Rabelais espagnol, sérieux, dont les plaisanteries font frémir ». C'est en effet, si Ton veut, Rabelais tourné au noir, transformant la force conu(|ue en force d'effroi. Il s'en prend comme lui aux sots, aux hypocrites, mais, au lieu de les asperger d'un rire énorme, il les cingle et les fait hurler dans les ténèbres. Dans l'ombre mystérieuse de ses lavis s'agitent des figures difformes, nains aux membres pattus, moines au visage abject, concupiscent, duègnes barbues et édentées, ou au contraire coquines troublantes d'élégance et de perversité, sorcières Bensuelles ; tout cela apparaissant par éclairs, et disparaissant soudain dans le caprice d'un clair obscur surhumain. Ces visions ont un caractère d'exagération fantastique si prononcé, elles rentrent tellement dans cette caricature pour terrifier dont nous avons déjà parlé, qu'on les baptisa, du vivant même de l'artiste, d'une façon significative: en 1824, on publia en France un recueil de lithographies , assez médiocres

d'ailleurs, d'après les jjrincipales pièces des Caj^r/'ces sous le titre : Caricatures espagnoles j par Goya.

Si la forme est caricaturale, l'iuspiration est satirique, et c'est là peut-être la source des malentendus. De beaucoup de gravures, justement admirées, on a souvent dit, croyant en faire un meilleur éloge : « Ce n'est pas de la caricature, c'est de la satire. » A notre avis, il vaudrait mieux, et ce serait plus conforme à la vérité, conserver le mot caricature pour la forme, le mot satire pour res]n-it.

Goya. — Y:i van îles plumudorJ.

Satires donc, si l'on veut, les sublimes Caprices de Goya, mais caricatures aussi, et s'il fallait donner des preuves, nous n'aurions que l'embarras du choix. Il faut seulement citer quelques exemples. Le n" 20, Ya van clesplumados (Déjà ils s'en vont déplumés) n'cst-il pas une poignante caricature de l'éternelle guerre entre

les deux sexes, guerre où l'homme, poulet piteux, est toujours sûr de se voir plumer jusqu'au sang ?

Esto si que es leer !

s'écrie un âne qui apprend gravement l'alphabet à des ânons. Voilà qui s'appelle rire! C'est la caricature de toute éducation humaine :

des ânes se transmettant un savoir rudimentaire. Le plus ou moins de science se mesure à la longueur des oreilles. C'est tellement la pensée de Goya, qu'en une autre planche, il nous montre les mêmes aliborous, avec cette question mélancolique:

Si sabra mas cl discipalo?

L'élève en saura-t-il davantage?

Sa rêverie amère se promène à travers toutes les tristesses, toutes les misères de la vie : elle va de l'ignorant à l'inassouvi, sous la forme d'un admirable Tantale; de la phuueuse de })oulets humains à la femme cette fois vaincue; et pour celle-ci il trouve une note rare, la pitié. Parce quelle fut sensible / mie des i)lus merveilleuses eaux-fortes du recueil, pas caricaturale, il est vrai, mais qu'on ne peut omettre, tant le dessin en est étonnant, insaisissable, l'impression })()ignaute. Goya, qui a ])arfois annoté ses Caprices, crayonne eu marge de celui-ci, qui représente, noyée d;tns Tonibre sinistre du cachot, une iiUe (|ue le désespoir accable: c( Les cliagrins suivent de j)rès les plaisirs et la, vie qu'elle menait ne j)0uvait avoir une autre fin. »

De cette lugubre satire de la JVocej Goya revient bientôt à ses sots et à ses ignorants. Brabissimo / s'écrie un baudet, transporté d'aise aux sous d'une guitare

Goya. — De quel mal morira.

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