‹ L'art du rire et de la caricatureChapitre 33 sur 63 · GOYA ET LES CAPRICES · texte numérisé non relu

GOYA ET LES CAPRICES

que «gratte quelque macaque prétentieux, (.ette fois, c'était l'artiste qui se ven«(eait sans doute: des singes qui recueillent des applaudissements des àues, c'est an phénomène qui s'est produit parfois dans l'histoire de l'yrt.

Et celle-ci sur les médecins : Toujours des ânes qui tâtent gravement le fKjols d'un malade, et s'interrogent gravement pour savoir l)e ({ue mal morira? Des ânes, partout, toujours âuerie sur

toute la ligne ; la vie est une âuerie gigantesque.

Et contre la coquetterie, et contre la bassesse, et contre la superstition, toutes ces scènes de débauche, de vile courtisanerie, de sorcellerie burlesque. Dans la planche des Farfadets^ [Diicncitos) le procédé caricatural est indéniable, avec l'énorme main qui se projette en avant, la déformation hideusement bouffonne des traits ? Goya accentue sou intention par une petite note railleuse : « Ceux-ci, c'est autre chose ; ils sont gais, badins officieux, un peu friands, enclins à faire des niches ; cependant ils sont tous de fort lionuêtes gens. »

Le vieux poète français n';ivait-il pas dit :

« Au demeurant, le meilleur fils du monde ! »

(iiiY \. — SorcR-rcs.

Encore une suj)erbe caricature des })assions séniles, cette manola entourée de galantins allumés. Quel sacrifice! écrit le caricaturiste en guise de titre. Bah! Le sacrifice n'est peut-être pas si grand. Tiii c()ntre-[)artie : une jeune fille se débat contre l'étreinte baveuse d'un de ces barbons, et une ignoble duègne, la patte bien graissée, se piMiche à son oreille et murmure ce menaçant conseil : « No (/rites, tonta ! » Tais-toi donc, petite sotte !

Mais les plus violentes, les i)lus cinglantes caricatures des Caj^rices sont peutêtre celles qui visent la cruauté île rhupusition ou l'hypocrisie et la sensualit»' des moines.

La geut encapuchonnée est rendue hideuse de gloutonnerie et bestiale à écœurer. Ces goulus boivent comme des entonnoirs, se gavent de friandises trop chaudes qui les font autant hurler sous la brûlure que se délecter de la déglutition. Ils s'assemblent dans des endroits clos pour ces saints offices, et gonflant leurs joues, se lançant des coups d'oeil sournoisement joyeux, ils laissent échapper ce cri du cœur Nadie nos ha visto! Personne nous a vus. Leur salut est assuré. C'est la traduction burinée de l'aphorisme cher aux tartufes de tout temps et de tous pays.

Le scandale du monde est ce qui fait l'offense, Et ce n'est pas pécher que pécher en silence.

Goya était hardi cavalier, esprit aventureux, intrépide, et on l'aimait vivement. Sans cela, il aurait pu lui en coûter de ces audaces. Il réussit à jouer à l'Inquisition, qui se préparait à anéantir ses Caprices diaboliques, un tour qui vaut presque un de leurs feuillets, ce qui n'est pas peu dire. Grâce à ses protections de cour, il put faire acheter toutes les planches par Charles VI. Les Caprices devenant propriété royale, il n'y avait plus de prise sur eux !

Quant ou parle Goya et satire, comment ne j^as dire un mot des Misères de la Guerre? C'est la bien plus effroyable satire qui ait jamais été imaginée, des tueries, des bestialités, des choses sans nom que multiplient ces intermittentes démences des hommes. Nous disions plus haut que sous le règne de Napoléon I"', il n'avait pas été publié de caricatures contre sa politique et ses gloires. La vraie caricature, cuisante, déchirante des guerres de l'Empire, ce serait cette série d'eaux-fortes. Ah ! dans Goya, cette vision de la mort, du massacre, de l'épouvante, cette confusion affreuse des viols, avec les convulsions pires encore chez le bourreau que chez la victime !

C'est encore vraiment le sublime dans la caricature sombre, et jamais, jamais artiste n'a atteint })arcille hauteur dans l'atrocité des cauchemars î

LA CAKICATUllE A L I,K.M A NDK. — DE ( ' IKHxj W I ECK 1 A KAIILI'.ACII

On voit de bien belles choses dans la fumée d'une pijx'; mais cl-s visions sent molles, indécises, fugitives. Elles invitent au rêve par leur contour changeant. On peut y voir, selon son caprice du moment, des figures ailées, suaves et mélancoliques, qui s'envolent en soupirant vers le ciel, ou des gnomes brumeux, aux barbes chenues, qui dansent, en riant silencieusement, des rondes mystérieuses. Et (pie ce soit une de ces vaporeuses apparitions de femmes, ou la difformité de ces nains railleurs que vous montre votre illusion, la passion ne va pas jdus loin (ju'un vague désir, la gaîté s'arrête à l'esquisse d'un sourire.

La caricature allemande, — nous ne parlons point de celle qu'inaugurèrent au milieu de ce siècle les humoristes de Munich, — s'est tenu avec quehj^ue j)rédilection dans cet indéterminé charmant de la fumée de pipe. Elle préféra le thème que l'on peut varier à l'infini, l'idée que l'on poursuit toujours sans complètement l'étreindre. Chaque objet, bien que nettement présenté, fut ])résenté de telle sorte qu'il donnât encore matière à maintes interprétations. 11 fallait pour les intéresser, (pi'un fait put se transformer en généralité. Dans l'amour, par exemple ce ipii lui plaira c'est le préliminaire sentimental, ou le souvenir doucement poignant. De toute façon, la bonne humeur allemande ne saurait s'accommoder de la sauvage et brutale épilepsie des pantomimes que nous avons vu se trémousser en Angleterre. L*éj)igramme, la satire ne sont pas cruelles, ni cinglantes ; elles sont allégoricpies et enveloppées comme le reste. Ce n'est point d'ailleurs (pie les caricaturistes allemands aient ignoré le gros bruyant éclat de rire ([ui dilate les rates, mais ce rire est profondément inoffensif. Il porte la marque d'heureux tempérament, d'une foncière honnêteté, et l'humoriste allemand est presque le seul qui ait le don de rire sans amertume, sans corruption ou sans préciosité.

Nous ne verrons donc pas dans la i-aricature aHeniande du siècle dernier Toutnince d'un llogarth, le déconcertant fantasti(|Ue d'un l'rueghel ; nous n'y trouverons ni la propreté sèche et coupante qui distingue notre satire, ni le tlegme carnavalesque des clowns d'outre-Manche. Cette caricature est en un "Mut, r/i,uanf: «die évo<pic

à son aide, en les adoucissant, les créations fantastiques du moyen âge, qui hantent les vieux burgs ou se sont fait des huttes dans la Forêt Noire, des tanuières dans les grottes moussues. Elle est de saveur à la fois sûre et fade, comme le Sauer Kroiit, doucement pétillante comme le vin du Rhin. Elle est, de plus, familiale, et locale. Elle sent, en quelque sorte, la province ; souvent elle ne dépasse pas en portée la frontière d'une principauté de second ordre, mais si l'on veut bien se laisser aller à son charme d'intimité, elle vous fait passer d'excellents moments.

Dans les âges précédents, pourtant, un grand courant d'opinions, un de ces événe-

JU tn/irucû'orL

Vignettes de C ho Dowi ecki.

meuts qui remuent l'Europe, avait parfois créé une vaste entité caricaturale. Ainsi la Réforme, que nous avons étudiée plus haut, fit circuler dans toute l'Allemagne et au dehors, des pamphlets et des images qui avaient une signification nette pour tous. De même, à la fin du moyen âge, l'esprit de critique et de révolte encore bégayant, encore enveloppé dans ses langes, 2)renait corps avec les créations de Til Euleuspiegel ou des Schildbourgeois. Til Eulenspiegel, c'était l'écolier fraudeur et sceptique, fécond en mauvais tours et en irrévérences, toujours à la recherche, comme notre génial et effronté poète Villon, d'une « repue frauche » ou d'un démêlé avec une justice pou tondre. Cet espiègle (ainsi s'est transformé son nom à travers les temps) représente l'esprit moderne, s'installant, d'une pirouette et d'un coup de coude, et disant, à l'esprit grave et ])énétré des époques de foi, révérence parler : « Ote-toi do là ((uo je m'y mette! » Eulenspiegel, c'est l'étudiant nouveau, que Méphistophélès, malicieusement afi'ublé du bonnet et de la robe fourrée de Faust,

LA CAUICATUIIE ALLEMANDE.

poudain dégrossit de f[ncl<|iies conseils ju'rfides, en même temps que, d'im frôlement de son ])ied de elievul, il a fait conrir dans les veines un san;^ qui bouillonne et (^ni hriMi!.

Quant aux ScIiildlM)iirf,a.'ois, ces antiques Gribouilles, ces vénérables empotés, à la bonne volonté épaisse, à la compréhension difficile, ce sont les bons vieux stationuaires, les conservateurs de ce t(!mps-là ; leur balourdise 8olenn(dle est crevée sur toutes les faces à petits coups d'épingles. C'est, entre les es[)iègle« nouveaux et les

Vigiitttjs de C H o D o w i e c k i.

habitants de la retardataire Schildbourg, une guerre effrénée dans lai[uelle les plus pesants resteront sur le carreau.

Et lorsque Luther, qui n'est autre chose <|u'iiii ICulcnspieiicl sérii'ux et passionnel, arrivera sur la scène, il trouvera la place nette pour entreprendre une guerre nouvelle.

Puis ce sont de longues et sombres convulsions ; tout est déchaîné ; sur le sol, ébranlé par les rencontres incessantes, c'est tout au plus si les monuments anciens I)euvent rester debout. Comment songerait-on, pour le moment, à en édifier de nouveaux ? La guerre de Trente ans marque un arrêt, une hu'une sinistre dans l'histoire de l'art et de la ])eusée. Ce n'est qu'au xviir" siècle que l'Allemagne, revenant de sou épuisement, recommence à nouveaux frais, par de timides imitations des pays voisins, comme si elle ne se souvenait ])lus de son passé et n'avait l)lus foi dans son génie. Il ne s'auit ici, bien entemlu, qu" des arts du dessin, (^ir n'est-ce jnis du siècle (pii produit Mozart, lîaclî et Beetli'>ve!i, (to.the et Schiller,

DU EIRE ET DE LA CAEICATTJRE.

que date l'Allemagne nouvelle, l'Allemag-ne grande dans l'histoire de l'humanité, qui recueille eu d'admirables gerbes toutes les épaves du moyen âge, se servant, pour les nouer et les rendre homogènes, de toute la passion du monde rajeuni ?

Quand de pareilles questions viennent à la pensée, la pauvre caricature se fait bien chétive dans son coin, et l'on est quelque peu embarrassé pour redescendre de ces hauteurs, et pour trouver une transition supportable de Gœthe à Chodo^^^ecki.

Mais simplement cela prouve que l'image n'est j^as toujours la manifestation la plus directe de la vie d'un peuple. (Jela dépend des occasions autant que des tempéraments. Il y a des époques, il y a des climats où les hommes, à choix, chantent, parlent, écrivent ou dessinent leurs impressions. Nous avons pu voir qu'en France, sous la Révolution, c'est le côté oratoire et graphique qui domine ; chez les Allemands, au xvin*^ siècle, c'est le côté littéraire et musical. Aussi n'y a-t-il pas alors, à proprement parler, chez eux, de gloires caricaturales.

Et pourtant, c'est un gentil peintre de mœurs, que Chodowiecki, un graveur à la pointe délicate et spirituelle; uue sorte de Cochin germanisé. C'est-à-dire que l'on sent l'influence des ravissants petits vignettistes français, avec un peu de moins légèreté et de grâce naturelle. Pour comj)enser, les vignettes de Chodowiecki révèlent uue observation plus profonde de l'homme, uue philosophie moins superficielle. Dans les nombreux almanachs ou livres illustrés par lui, oh trouve à chaque instant des rapprochements subtils, des inventions ingénieuses, et qui donnent à penser. Chodowiecki est adorable dans ces vignettes d'un pouce carré, médiocre dans les compositions plus sérieuses, comme lorsqu'il s'avise d'illustrer Shakespeare, assez mauvais dans les grandes })lanches,c:omme les trop célèbres. Ir/Zt'^w de Calas. C!e geure larmoyant ne convient pas à sou ironie douce, à son sens aiguisé, sans méchanceté, des prétentions et des travers. Où il est vraiment maître, c'est dans certaines suites parallèles, dont l'invention lui appartient bien en propre. Dans deux vignettes jumelles, il nous montrera une; qualité, une élégance, et en regard raftectatiou qui fait de ce don une caricature. Il suffit, pour cela, de changer très peu de chose : uu

Un traité de Paix. — Extrait des llév^olntious (Almanach 17!»!)^.

LA CARICATURE ALLEMANDE

loi

rien dans rajnstenient, qnelqiios millimètros d'anfçU'dans le port de la U^u-, nue niiancc à peine perceptible dans l'air du visage, et ce qui était gracieux et naturel devient maniéré et choquant. C'était une véritable trouvaille et une tentative non exempte de difficultés. Comment être sûr de rencontrer la véritable élégance da.is la série sérieuse, la véritable affectation dans la série bouffonne? 11 iallait pour cela autant de sûreté que de finesse, et c'est un étounement de voir que Chodowiecki n'ait jamais été influencé par le souvenir d'une caricature quand il voulut faire gracieux, porté à mettre plus de grâce qu'il ne fallait quand il avait résolu de faire caricatural.

Une autre idée charmante de ce graveur, que nous trouvons dans une suite du même genre. Ce sont des portraits, de mignons portraits de femmes, à la chair pleine et fraîche, au sourire luisant, aux yeux tendres ou malins ; et immédiatement au-dessous, se trouve la vieillesse de ce même j^ortruit. Oui, le dessinateur a déterminés aussi exactement qu'il l'a pu, ce que l'âge fera de ces belles ; dans quelle mesure ce nez si finement frémissant rejoindra ce menton poli ; quels seront le retrait des joues, les rides du front ; comment ces yeux admirables se caveront et s'entoureront de pli, faunes. Hélas ! il eu sera ainsi de vous toutes, ô exquises, mais quel triste courage il faut pour vous prédire cet avenir certain ! Nous avons connu un aimable garçon, dont le défaut était peut-être un peu trop de mélancolie. Il avait l'habitude, le tic, de promener ses doigts sur son visage, mesuraut les saillies, a])puyant sur les parties osseuses, fiiisant de sou index et de sou pouce, écartés en compas, des sortes de mensurations de ses orl)ites et de ses tempes. Et loi-squ'ou lui deuumdait ce que signifiait cette manœuvre, il répondait gravement : *( de cherche à me figurer quel aspect aura mon squelette. » Il appelait cela « se poori/oric/fer ». Chodowiecki n'a pas été jusque-là ; il n'a })Oussé que jus(iu'î\ la transformation fatale qui n'est mortelle (pie pour le désir. Les sculpteurs, au moyen âge, (piaud ils taillaient des etfigies pour une tombe, étaient plus sombres et plus cruels : ils couchaient sur la dalle supérieure la morte, belle, jeune et paraissant seulemeut endormie, ■ t ou dessons, ils

Confraternité. — Extrait des Révolutions. (Almanach 1799.)

DU RIEE ET DE LA CAEICATURE.

figuraient la même créature, décharnée, méconnaissable, travaillée par le ver... Sans nous attarder plus longuement à ces graves dissertations soulevées par de légères eaux-fortes, l'idée du portrait vieilli n'est-elle pas jolie et finement satirique. Si, avant de se laisser entraîner à entamer l'éternel roman, les amoureux s'avisaient de se représenter ainsi, parallèlement les deux portraits, présent et futur, de l'héroïne choisie.... Mais non, ce serait folie de se dire que ces fleurs parfumées qu'ils viennent de cueillir seront du foin desséché. Et c'est bien assez que parfois, sur le tard, rencontrant toutes changées, courbées, ridées ou engraissées celles qui firent leur joie, ils aient la vision inverse des doubles portraits de Chodowiecki : la vieillesse près

d'eux, et loin, déjà, dans un passé qui s'enfuit toujours, les yeux qui furent limpides et les sourires qui étincelèrent.

Après Chodowieclvi, il n'y a guère d'humoriste allemand du xv!!!*" siècle qui vaille bien la peine d'être cité. Von Goez, peut-être, qui recherche consciencieusement, mais avec quelque lourdeur, les « difierents caractères et formes humaines. » Quoi encore? On peut rappeler que le poète Schiller s'est exercé aussi à faire quelques caricatures. Elles ne sont point bonnes. M. John Grand-Carteret, qui en donne un spécimen dans son histoire, si complète et si informée, de la caricature allemande, convient lui-même que ce n'est qu'une curiosité.

Le véritable renouveau de la caricature, en Allemagne, date de la Révolution et de l'Empire. Les événements donnent comme un couj) de fouet à la verve des dessinateurs. Deux courants s'établissent, et l'image les interprète fidèlement : l'un d'ardente sympathie pour les idées nouvelles ; l'autre obstinément féodal et militaire. Les idées démocratiques, pendant des années, l'emportent. La sympathie pour la France persiste même pendant l'invasion napoléonienne. Pourtant, on ne se fait pas faute de produire quelques grosses charges sur l'armée envahissante ; l'état de dénûment des troupiers français en fait le fond en général. Peu à peu, d'ailleurs, l'hostilité de race et de nation ne tarde pas à s'accentuer. Ce sont des artistes de talent qui mènent le mouvement. Le Suisse Hess entreprend des campagnes contre l'esprit républicain et contre les conquêtes françaises. Ici, dans la lloUandia regenerata il raille les Provinces unies qui s'avisent, à l'exemple de la France, de s'ériger ea république. Là, c'est une série violente contre Napoléon P'" ; et, quand l'empire s'écroule, une des caricatures de cette série porte cette légende significative : c( Ktijin! ))

Les campagnes de Napoléon en Allemagne avaient d'ailleurs soulevé un flot d'images de toutes sortes et de toute valeur. Le statuaire Schadow avait étudié et

Un zopftrager.

LA CARICATURE ALLEMANDE

croqué le conquérant sur toutes les faces. Volz, clans de nombreuses estampes d'après nature, avait retracé les épisodes des batailles de 1805 à 1815 ; mais, quand l'étoile avait pâli, quand l'aventure touchait à sa fin, ces compositions devenaient de plus en plus agressives et plus satiriques. Geissler était aussi un des interprètes les plu.«» vigoureux du sentiment populaire.

Hoffmann lui-même, l'ingénieux et fantastique conteur, dessinateur à ses moments perdus, — et combien de moments n'a-t-il pas perdus à toutes sortes de choses? — traça quelques caricatures contre

« ces maudits Français » et leur chef. A ces feuillets ou préférera le fin grotesque, le fantastique attirant des contes inoubliables qui, tour à tour, nous ont égayés et attendris.

La chute de l'Emjnre eut dans toute l'Europe des conséquences profondes. En Allemagne, ce fut une réaction violente des petits princes contre les idées libérales. Mais une poussée se produisait, incessante, eu faveur de l'unité allemande, et tant qu'elle ne fut pas la plus forte, la caricature politique fut proscrite par une censure impitoyable. Il y a, en Allemagne et en France, un parallélisme curieux, dans le progrès de la caricature à cette époque. Comme la nôtre, la caricature allemande se réfugie dans l'étude de mœurs ; comme chez nous, elle trahit, en l'affaiblissant, à son désavantage, l'influence des grands rieurs anglais ; comme chez nous, elle n'est point bonne. Cependant, elle trouve le moyeu de faire quelque besogne et d'être plus satirique et plus démolisseuse qu'elle n'en a l'air. Si elle ne peut attaquer directement les principes des conservateurs, du moins, elle s'en prendra à leur perruque et à leur habit.

C'est alors que le vieux Schildbourgeois ressuscite sous un nom nouveau : il s'appelle maintenant le Zopftrager, et il })ersonnifie l'esprit réactionnaire des vieilles cités germaniques. La série des Zopftneger est inépuisable, et elle s'étend sur près de quinze années. On n'attendra pas, naturellement, que nous entrions dans le détail de cette histoire quelque peu fastidieuse pour le lecteur français. Il y a matière plus intéressante dans le mouvement nouveau qui se prépare.

Après de longs tiraillements, quand les Zopf, eu 1 833, paraissent être définitivement les maîtres du terrain, des artistes aimables entraînent la caricature, de nonveau, vers l'étude de mœurs, mais cette fois avec beaucoup de vervo. Ce sont les

iJlm^-'^

Kreisler, fou.

Fac-similé d'un dessin d"Hoffmann, qni der-.iit fijnirer sur le 3' volume de Kaler-ilurr.

peintres de l'école de Diisseldovf. et particulièi-emeut Hasenclever (1810-1853) et Eichter (1S03-1884).

Avant de dire quelques mots de ces fins humoristes, il faut régler le compte du

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