‹ L'art du rire et de la caricatureChapitre 34 sur 63 · C.vMrEXHArsr.N. — Los p.ùutres de Mimicli daus leur atelier · texte numérisé non relu

C.vMrEXHArsr.N. — Los p.ùutres de Mimicli daus leur atelier

bon luunlterg- (^1 :G3-1^40), qui n: vaut peut-être plus sa grande réputation. C'est de la caricature, si Ton veut, mais lîgée dans un dessin davidiste ou ingriste. On cite de lui ce tour de force d'avoir, après laclièvement d'une illustration de Vlliadc. dans le style sérieux, recommencé une autre illastnuiou complète dans le style comique. Il

LA CARICATURE ALLEMANDE

est bon de savoir d'avunce, ([uand on examine cette donble suite, quelle e«t la plaisante, et quelle la sévère. Quant aux autres planches de Raml>org, elh-s sont sans doute aj,'réal)les, mais peu <^'aies. L'artiste trouve le moyen de donner une tournure grecque à des soudards, dans un corps de garde. Tout cela, en un mot, sent

H A s s E N c L E V E R. — Scéne de la Jvh!sia<I<f.

son bouclier (rAcliille. Si nous n'avions pas peur d'être tro]) durs pour Hamberg, nous dirions qu'il est le Pinelli de l'Allemagne.

L'inspiration, dans ces caricaturistes allemands du commencement du siècle (et il est bien inutile d'éuunu'rer leurs noms), se ressent trop de l'influence étrangère ou lies réminiscences classi<{ues. Le grand mérite des Ilaseuclever, des Ritter, et en général de tonte l'école de Dusseldorf, c'est de faire appel à la vie, île retremiier l'art dans l'esprit national.

Une très jolie suite de grandes lithognipliies de Camphausen et Ritter. /«'."» Peintres de DusscUhr/ dmis h-ur atelier, nons les montre, avec nne bonne humeur douce, aimable, ])rofondément convaincus, entraînés par leur besogne, l'accomplissant dans un cadre significatif. C'est, par exemple, ce i>etit Jacqnes liohnen. non pas le

plus brillant de la pléiade, mais celui qui, prêtant le plus à la caricature, a été reproduit ici. C'est Hasenclever, gai compagnon, l'œil franc et cordial, le rire permanent et sonore, le verre en main, buvant à la santé de la santé, et bravant les imbéciles.

Hasenclever, en effet, a, dans une suite de tableaux, qui malheureusement aujourd'hui nous paraissent inférieurs en tant que peinture, retracé certains ridicules puissants en Allemagne. Il s'est attaqué au Spiessburgerthuin, qui est l'équivalent de notre esprit philistin ou bourgeois, dans le sens où les artistes prennent ce mot.

Hasenclever a illustré une des meilleures caricatures littéraires de l'Allemagne, le poème de la Johsiade, qui retrace la vie des étudiants dans les facultés allemandes, poème repris depuis par d'autres dessinateurs, Wilhelm Busch, par exemple. On sait que les diverses peintures qui composent ce poème burlesque en plusieurs tableaux retracent la vie des étudiants, qui pullulent dans les facultés allemandes. Job n'est pas, en apparence, le contemporain de son historiographe. Le poète et par suite son illustrateur le font se mouvoir vers la fin du xviii® siècle. C'est à une honnête famille du bon vieux temps qu'il doit la naissance et l'éducation. Job, suivant la formule, passe ses examens, apprend à se donner des airs de brise-tout, stupéfie par cette métamorphose sa candide parenté, et tout cela pour arriver à une modeste jîlace de gardien de nuit. Avoir pioché tous les systèmes, avoir soutenu des thèses, connaître à fond tous les mystères de l'objectif et du subjectif, telle est la préparation requise pour faire un bon sous-fonctionnaire. Il suffit d'exposer ainsi l'idée pour faire comprendre que Job n'était pas si xviii'' siècle que ses habits lui en donnent l'air.

Avec Richter, nous avons un illustrateur exquis, s'iuspirant plutôt de l'antique Allemagne, de celle des légendes, des vieux donjons rhénans. Ses traductions eu images des contes de Musœus, des chansons populaires, sont berçantes et aimables comme de vieilles ballades. Elles nagent en plein dans ce fantastique défini au début de ce chapitre : fantastique souriant, comme arrondi, jetant une couleur poétique sur les plus grosses gaietés. C'est ua défilé de nains vénérables, de gros bons vivants, d'ingénues très tendres, de châtelaines très nobles, de montagnes très déchiquetées, de pâtres très rêveurs. Cela est charmant, et ce serait peine perdue, de séparer, dans cette œuvre, ce qui est caricature et ce qui est sentiment ; la plupart du temps, la transition entre le rêve et le sourire est imperceptible.

Nous demeurerons sur cette impression, dût-on nous reprocher d'omettre bien d'autres humoristes allemands du commencement de ce siècle, et des plus subtils, des plus philosophiques, Kaulbach, par exemple, et sa capitale illustration du Renard. Mais voici que la troupe bruyante des journaux arrive au galop, et nous devons nous hâter de mettre à l'abri notre métaphysique, pour qu'elle ne soit pas bouleversée cul par-dessus tête.

CIIAIILET ET LA CARICATURE CHAUVINE

Il existe une jolie lithographie d'Hippolyte Bellangé, représentant une foule d'ouvriers, d'invalides, de vieux grognards de l'Empire, de gamins enfin, qui se pressent autonr d'un buste : un homme^déjà âgé, à l'expression un peu pensive, aux traits rudes d'un ancien militaire, mais ({ui a l'air d'un brave homme tout de même. Le socle porte cette simple inscrijjtion : « .1 Charlet, le peuple. »

Et en effet, si le peuple, aujourd'hui, n'est plus guère au chauvinisme, si la légende impériale a reçu de rudes atteintes, si on « n'en parle plus beaucoup sous le chaume d, au temps où Charlet publia ses ])reniières lithographies à la gloire de la Grande Armée et de l'homme au petit chapeau, il frappa un grand coup et devint un artiste po]»nlaire dans toute la force du terme.

C'était le chauvin, le patriote, le champion de ce qui restait de souvenirs révolutionnaires. Sous le règne de Charles X, les jdus avancés ne voyaient jdus guère la liberté qu'à travers l'Empire et les souvenirs qu'il évoquait. On était, en quelque sorte, républicain-im})érialiste ; c'était une opinion assez confuse qu'il serait pourtant difficile de qualifier autrement. Que l'on se reporte à l'époque, et l'on comprendra rimmeuse i)opularité de Charlet. Aujourd'hui, avec Baudelaire, on serait plutôt tenté de ne voir que le lithographe assez pâle, le dessinateur souvent lourd et embrouillé, et alors on serait injuste, car ou jugerait des passions d'une antre époque avec les indifférences d'à présent.

Oui, cela a vibré et fait vibrer. Cosaques, grenadiers, conscrits, invalides, jésuites, tout ce monde qui était encore vivant et déjà légendaire, tout ces ty])es éta»v'nt eu quelque sorte les marionnettes du peuple. C'étaient sans doute de gros effets, des gaietés j^u ratliiiées, un art de vingtième ordre i)0ur les délicats, mais ce n'était paa à eux (pi'il était destiné. C'était si l'on veut du lieu commun, mais du lieu commun comme il le faut pour concfuérir les succès de foule. Or il est peu d'artistes qui aient su mieux mettre en œuvre cette matière que le bon Charlet.

Tout en lui est peuple, dej)uis sa tournure d'esprit franche, sans malice, un peu déclamatoire, jusqu'à sa vie, jusqu'à ce nom de Cluirlet, d'une rondeur et d'une simplicité faubouriennes. Il naît en 1702 (20 décembre), à Paris. C'est un produit

du pavé, et un enfant de troupier. Son père, dragon de la République, lui avait laissé pour héritage, comme Charlet l'a écrit, « une culotte de peau, une paire de bottes fatiguées par les campagnes de Sambre-et-Meuse, et son décompte de linge, lequel se montait à neuf francs soixante-quinze centimes. » Sa mère l'avait élevé tant bien que mal ; impérialiste ardente, elle lui avait légué, elle, de sa passion napoléonienne.

Le petit Charlet avait gagné sa vie comme il l'avait j^u, parvenant un jour à décrocher un emploi médiocre, barbouillant à ses moments perdus, jusqu'à ce que vint le succès, gardant jusqu'à la fin de sa vie une grande simplicité d'esprit, beaucoup d'amour pour l'art qui l'avait fait sortir de la foule, mais toujours fidèle à ses origines. Comment aurait-on voulu que ce brave homme ne travaillât pas exclusivement pour le peuple et par le peuple ? Se montre dégoûté qui voudra. Pour nous, il nous semble que prononcer à propos de Charlet les mots de trivialité, de platitude, voire de flagornerie à l'égard de la foule, c'est faire un singulier pléonasme de pensée. Et puis ce n'est j^as si trivial que cela paraît. Il faut ne point s'arrêter à l'écorce, qui est rude, mais le cœur est plein de délicatesse. C'est un peu comme ces bonnes gens, précisément d'une naissance commune, qui ne savent peut-être pas faire de beaux discours, mais à qui personne n'en remontrerait quand il s'agit de bonnes actions. Le scepticisme nous gâte. Ne va-t-on pas faire un crime à Charlet d'avoir usé fréquemment des mots de patrie et de liberté, d'avoir prêché cette honnêteté courante, un peu sentencieuse, qui court les rues peut-être, mais qui en somme fait tout le fond de la morale ? On a envie d'abord de le traiter avec quelque dédain, puis, il vous désarme par sa sincérité ; peu à peu il vous attire, et ma foi, ou laisse pour un moment de côté les prédilections pour un art plus recherché ; on s'avoue si on est franc qu'on a pris plaisir à écouter la vieille rengaine j^atriotique et sentimentale, et môme, ce qui est plus grave, à entonner le refrain en chœur, — mais il est trop tard.

Les gens de 1830, au sortir des barricades, prirent un plaisir extrême à regarder les dessins de Charlet, qui retraçaient tantôt les gaietés des Trois Glorieuses, tantôt les ribottes des tourlourous, tantôt simplement les papotages de la rue, les conversations sur le pas de la porte. Cela manque d'esprit, dira-t-ou. Eh! ça n'a que l'esprit que ça doit avoir, et c'est déjà pas mal.

Ce qu'on ne peut refuser, c'est la vérité absolue du ton, le naturel du sentiment. Quand le lithographe nous introduit dans la caserne, à la cantine, ou bien sur le champ de manœuvre, quand les conscrits apprennent à se dégourdir sous l'œil « maternel » d'un brigadier beau parleur, il n'y a pas à dire, c''est tape. Pas de gros mots, ce qui a déjà son prix ; mais des remarques drôles, dans un style naïf. C'est par exemple la réflexion d'Hutinet, fusilier de la 3® du 2*^ du 43^, gravissant une montée avec armes et bagages : « Quand il a fuit les montagnes, le Père éternel, bien sûr que s'il avait pris l'sac sur le dos, y n'zaurait pas fait si hautes. » Ou bien encore ce dilemme d'un hussard en goguette (dame, il y beaucoup d'ivrognes dans Charlet,

Cu.v KL ET. — QiKiiul il ;i fait les monta^ies, le Pore Éternel, bien sur 411c s'il avait pris l'sac sur le doa,

y n'zaurait pas fait si hautes.

mais ou n'est pas déshonoré pour ça, pas vrai ?), dilemme extrait d'un discours à un poteau : « Tu es Français ou tu n'es pas Français ; si tu n'es pas Français, je t'enfonce. »

Le plus grand défaut de ces lithographies, c'est de manquer de couleur; Charlet ne sait pas le maniement des couleurs ; souvent les scènes sont confuses et empâtées de gris. Pourtant chaque type, pris à pari:, ne manque pas de caractère. Se rappeler par exemple la scène du conscrit que l'on fourre à la salle de police : <c Je suis innocent, dit le conscrit ! — Par le flanc droite ! dit le caporal. » Cela est très large, très amusant. Sans doute, nous ne rions plus beaucoup du Premier coup de feu, qui force un conscrit un peu trop ému à s'arrêter derrière un arbre, mais V Appel du contingent communal est encore une planche excellente de mise en scène et d'observation à la bonne franquette ; l'ahurissement des paysans gauches, mais qui seront bientôt assouplis par l'exercice, est rendu avec beaucoup de bonhomie, sans exagération trop facile. Si cela fait sourire, ce n'est par aucun moyen artificiel. C'est très vivant.

Nous nous amusons, maintenant, nous trouvons quelque plaisir de curiosité, à remarquer le style pompeux de certaines légendes, comme celle où un menuisier enjoint à un frère ignorantin de faire « chanter la Colonne » à ses enfants. Ou bien encore ces deux lithographies qui se font pendant : « Le laboureur nourrit le soldat. — Le soldat nourrit le laboureur. » Tout Charlet et tout son temps se trouvent làdedans. Victoire rimait avec gloire, guerriers avec lauriers. Que j)our notre compte cela ne nous fasse ])lus tressaillir, c'est un fait certain, mais ne traitons pas de bêtes ceux que cela émut. Qui sait par où nous prêterons à rire ?

D'ailleurs ce chauvin, ce pontife n'était point un sot, croyez-le-bien. Il était un peu emphatique dans sa gaîté, mais il y avait en lui un philosophe très indulgent et très fin. Les albums qu'il a consacrés aux enfants des rues renferment souvent des choses délicieuses. Cette scène entre trois gamins à la sortie de l'école : Toi t'es riche, mais t'es bête... lui pas riche... mais fièrement malin, qa fiait chacun mon compte. » N'est-elle pas là tout entière, la diplomatie du gamin de Paris ? Et ce charmant grouillement des moutards enthousiastes se pressant dans les jambes d'un bataillon en marche : « Ali ! moi! moi! moi! m'sieu le grenadier, que j vas tous V porter, vot'fiusil;jai de la poigne j moi! ... j suis joliment r aide des reins, allez! » Ces légendes sont fort gentilles, avec leur attendrissement, leur observation d'ofiicier retraité, qui n'a de meilleur plaisir que de réchaufîer parfois ses rhumatismes sur un banc de promenade, en regardant les petits polissons jouer au soldat... Et les discussions politiques entre révolutionnaires de huit ans, comme cela vit î « JHe parie deux sous tout de suitCj qu c'est moi et le p'tit Pannotet qu'a proclamé la République et qu'a demandé la tête des tyrans.... même que fiai acheté deux sous de pommes de terre firites, à preuve. » On se passerait de dessin avec des légendes comme cela, car elles sont vivantes encore, tandis que le dessin a un peu %'ieilli. L'allure et le type de ces gamins, avec leur petite blouse à ceinture, leur collerette, leur petite frimousse

CUAULKT. — Les Pén'ibl«:s adieux.

joufflue et leurs cheveux bouclés, ne sont malheureusement pas aussi creusés et aussi observés que leur esprit. Sans cela, ces albums seraient des chefs-d'œuvre. Il faut donc les entendre jacasser, mais ne pas trop les regarder. Ce sont à chaque instant des trouvailles de ce genre : « Si les mieux habillés veut toujours être les générais, j'ieur z'y fiche des calottes ! » On en citerait comme cela pendant toute une page. Parfois, bien que La Fontaine ait dit que cet âge est sans pitié, le bon Charlet recueille des mots qui prouveraient le contraire : celui-ci par exemple d'un enfant à un autre qui fait l'aumône à des mendiants endormis et va pour les tirer par la manche : « Ceux à qui l'on donne faut pas les réveiller. » Mais je me défie, et je crois que c'est un mot qui sort plutôt du cœur de l'artiste que de la bouche de ses modèles, cette fois. En revanche, je ne jurerais pas que Charlet n'ait pas réellement entendu cette question posée par de petits garnements à un pâtissier sur le seuil de sa boutique : « Mettez-vous les petits voleurs en pinson chez vous ? »

Et qu'on ne dise pas que c'est surtout en mettant les enfants en scène qu'il s'est montré aussi spirituel et aussi profond. A l'autre pôle de la vie, il a trouvé de ces mots qui résument toute la philosophie de la vieillesse, et qui nous font, hélas ! faire de mélancoliques retours, si humbles que soient les vieux que Charlet a étudiés avec une sorte de piété bourrue. « L'appétit, elle est bonne, dit celui-ci ; c^est les jambes qui va mal! » Et cet autre : « Jeune, j'avais des dents et pas de pain; vieux, j'ai du pain et pas de dents. »

Enfin faut-il rappeler qu'à la veille de 1830, Charlet résumait dans cette légende toute la morale des révolutions : « Ceux-là qui se bat pour la galette, c'est pas celui-là qui la mange ? »

Allons ! on a été injuste pour notre brave homme de caricaturiste. On Ta traité de culotte de peau, alors qu'il était très bon et très ardent Français ; on n'a pas voulu voir, sous la vulgarité de certaines inspirations, un fond de bonté, de sagacité et de tendresse. Si les critiques, un peu gâtés par trop de goût, n'ont pas compris tout cela, la foule ne s'y est pas trompée. Lorsque Charlet mourut, le 30 octobre 1845, ceux que Bellangé a mis en scène dans sa lithographie se pressèrent par milliers derrière son cercueil.

Une seule chose prêterait à la caricature dans la vie de ce moqueur bienveillant. Il voulut un jour être de l'Institut! D'ailleurs, la fièvre verte ne lui dura pas longtemps.

Ne craignez pas d'aimer Charlet, dussiez-vous passer pour un peu prud'homme. Vous y trouverez grand plaisir, et... vous vous sentirez presque aussi fiers d'être Français, en feuilletant son œuvre, que si vous regardiez la Colonne!

L'ÉCOLE DK 1830. — EUGÈNE DELACROIX. LES CARICATURISTES DE LA CARICATl RE. — DECAMP.S. — KAFFET.

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