PIGAL ET TRAVIES. — TRIMOLET
Pigal et Traviès ont eu aussi leur heure de célébrité. Il faut en rabattre, et l'on peut sans inconvénient les renvoyer dans la pénombre.
Le premier est vulgaire, terne, arcbi-médiocre, assez gai. Le second est impersonnel et lourd. Il ne se sauve que par sa création de Mayeux, et encore nous dirons franchement ce que nous pensons du trop fameux fantoche.
On peut chercher longtemps dans Pigal (1794-1872) une scène de mœurs qui vaille la peine d'être analysée, une i^laisanterie qui amène le sourire aux lèvres. Scènes de société. Mœurs parisiennes. Scènes populaires, autant de titres ambitieux, autant d'œuvres qui manquent d'accent et de couleur. Des bourgeois effacés, doucement ahuris, pas drôles, parce qu'ils n'ont pas cette gravité profonde que Daumier ou Monnier ont donnée aux leurs ; des ivrognes qui n'ont pas le vin gai ; des passants quelconques. Cela sent sa conventionnelle gaieté de barrière, en vogae à cette époque médiocre. Quand on feuillette Pigal, on croirait sentir une fade saveur de gibelotte dont la sauce accusatrice miaule doucement, et qu'on arrose de vin bleu. Impossible d'envier ceux qui s'en régalent.
Pigal, avait, à la vérité, quelque facilité, et peut-être aurait-il pu, en travaillant avec conscience, en serrant son dessin, en épurant son observation, arriver à un talent de second ordre.
Certaines scènes bourgeoises, un peu plus accentuées, seraient plaisantes; une, entre autres, représente un couple quinquagénaire arrêté devant une statue de l'Hercule Farnèse dans une attitude admirative. Le mari est quelque peu honteux des comparaisons qui s'établissent dans l'esprit de sa compagne. Patience ! monsieur aura sa revanche devant la Vénus de Médicis.
Pigal a fait aussi quelques peintures. Il en est une qui a échoué au musée de Lille ; elle représente la Fontaine de Jouvenjc, comprend un grand nombre de personnages et semble quelque peu fade. Une autre fut célèbre : elle représentait un retotir de partie de campagne, avec le trop spirituel divertissement des échanges
PIGAL ET TRAVIES.