ANDRE GILL
Avec sa chevelure en coup de vent, ses airs de d'Artagnan de Montmartre, poseur et bon enfant, Gill (1840-1885) s'est fait à la fois beaucoup d'amis et d'ennemis. Les amis sont restés, très fidèles, peut-être un peu enthousiastes ; quant aux ennemis, la mémoire de ce brave garçon, expansif, ardent, à l'esprit généreux, n'en doit pas conserver un seul, surtout après sa fin navrante.
Indépendamment des sympathies que sa ce nature y> pouvait inspirer, et qui ont été pour quelque chose dans son succès, pour quelque chose aussi dans sa perte, André Gill, né Gosset de Guines, avait de réelles qualités de caricaturiste. 11 possédait l'entrain, la vigueur, la clarté, la belle humeur. L'empire a ati sa plus belle période ; Gill a joué un rôle, certainement, un rôle politique avec les belles charges qu'il publia dans la Lune et dans l'Éclipsé. Ces grands portraits à la plume, rehaussés de teintes plates, ne furent pas seulement des caricatures, ce furent des pages de combat. Dans les uns, on sentait une véritable hostilité ; dans d'autres , malgré l'allure caricaturale, une profonde et communicative sympathie. Quand Gill dessina les hommes politiques adversaires du gouvernement, il contribua à leur popularité, tout en saisissant d'une manière remarquable ce qu'il y avait de saillant, de typique daus leurs physionomies, dans leurs attitudes.
C'était d'un art véritablement supérieur aux à peu près dont on se contente aujourd'hui dans la moyenne des caricatures politiques. Gill ne se contentait pas de dessiner une tête d'après une photographie plus ou moins ressemblante et de la placer sur un corps de convention. Il voulait que tout cela répondît à l'idée que l'on devait se faire du personnage ; il pénétrait sou esprit et ses tendances ; bref, il s'inspirait, avec conviction, du caractère de son modèle, et c'est en cela que certains de ses portraits, celui de Victor Hugo émergeant de l'Océan, pour n'en citer qu'un, et un très beau, furent véritablement des poj'traits de combat. Gill eut aussi, sous l'empire, des idées dignes d'un excellent satirique, et s'il ne put pas, à ce moment, donner toute sa mesure dans ce sens, c'est que la censure veillait, avec des bâillons tout i)réparés. Pourtant, le célèbre Melon aura sa place dans l'histoire de la caricature politique. De même, les amateurs et les curieux se disputeront les exemplaires de
ANDRÉ GILL. — L'oiseau stju la branche.
la planche Rocambole. C'était une excellente idée de satire, ce dessin qui paraissait
A N D n fc G I L L. — L' avenir lui sourit.
illustrer simplement le fameux roman de Ponson du Terrail, et qui, en réalité, allait souifleter l'empereur Napoléon III. Eocaml)ole, mi-parti gentleman et
mi-